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Tristes tropiques ou carnet d’un routard ‒ 1. Des perles de la Lagune aux cailloux des Rivières du Sud
Saidou Nour Bokoum Samedi, 22 Décembre 2012 10:30
De Paris (Per Isis, la maison d’Isis), je suis allé aux Perle des Lagunes, présider le Jury du Festival international des films de la Lagune initié par la grande actrice Naky Sy Savané qui en est à sa cinquième édition, qui rapatrie ainsi ce grand moment de l’image et du miroir qui renvoie l’Afrique à elle-même, pleine de bruits et de fureurs. Grands hôtels flambant neuf – où sont donc passés la guerre et ses ravages ? – J’étais d’abord logé au Marly, jouxtant la résidence de Yacé (Philippe) et les pieds dans la lagune. Le grand luxe. Mais il y en a partout. De la Zone 4 à Treichville, de Marcory à Abobo même, en passant par les 2 Plateaux, où la Caisse de stabilisation, les gratte-ciels administratifs dressent toujours leur orgueilleuses tours.
Je ne reconnais presque plus Abidjan, tellement tout s’est remis à grouiller dans le luxe, la pauvreté, l’insolence, la bouffe et la rareté des tais-toi (10 000 CFA), du moins pour Moussa de Côte d’Ivoire. Cependant seuls les initiés voient les séquelles de la guerre. La RTI que chacun a vu décomposée, que moi-même j’avais laissée ça et là salpêtreuse, est devenue un vrai bijou, meublé, équipé, avec de nouveaux studios. Et les cadres et techniciens sont devenus plus studieux. On ne peut plus passer aux émissions gratis ou avec un « coutcha » (dessous de table).
« Bokoum, tout est devenu maintenant clair, il faut payer et on te donne une facture », me dit un peu nostalgique, Ricardo Somoune, devenu patron des réalisateurs alors que je l’avais laissé en 1991 simple réalisateur de la messe du 20 heures. Le CAFAC dont j’ai participé à la création et où j’ai avec d’autres assuré la formation de cinq promotions d’acteurs du développement culturel, le CAFAC est devenu l’INSAC qui a avalé l’INA, l’Ecole des Beaux-arts, l’Ecole de musique, etc.
Les étudiants du CAFAC sont tous devenus des « patrons » aujourd’hui, me dit un préposé à la santé des voyageurs de l’aéroport qui n’a jamais été un hangar et qui est devenu un aéroport répondant aux standards internationaux. Il voulait à tout prix me faire vacciner pour la deuxième fois de la fièvre jaune en moins de trois ans. Il affirma que je l’avais recalé à l’entretien pour postuler à la candidature au CAFAC ! Et que donc je devais accepter une seringue dans un cagibi des tropiques. Abidjan n’est pas Conakry, mais tout de même !
Tout Abidjan est pratiquement cisaillé de larges artères bitumées. La Riviera en est à ses 4e ou 5e avortons. Les immeubles Elias, autrefois fleurons des appartements de Côte d’Ivoire, font presque triste mine à côtés des palaces à la nouvelle architecture afro-orientale, comme à Bamako, au Sénégal, etc.
Il reste que matin et soir il y a le cantique de la réconciliation nationale. Ce ne sera pas pour demain. Il y faudra plusieurs « Allocodrames » (1) pour éviter la résurgence des irrédentismes politico-revanchards.
A suivre.
Salut de soleil, salut de fatigue !
Depuis l’Hôtel Sébroko,
Wa Salam.
Saïdou Nour Bokoum
Note 1 : Titre de la dernière pièce de théâtre que j’ai créée en Côte d’Ivoire.
Commentaires
Une question mon Beau:que reste-il encore du structuralisme dans les sciences humaines ?
Tu as été très bien inspiré avec le titre "Tristes tropiques" relatant les voyages de Claude Lévi-Strauss dans surtout les civilisations amérindiennes menacées par l'impact de l'Occident.Idem pour nos "Perles des Lagunes" ou "les cailloux des Rivières du Sud" ,pays plombés par une gestion post coloniale à bien des égards catastrophiques pour nos populations.Le structuralisme n'est pas loin avec les expériences totalitaires des pères fondateurs et les réformes du FMI.Qu"en penses tu? Le structuralisme des années 30 avait déteint sur les maths aussi notamment avec l'expérience avortée du groupe Bourbaki.
Je laisse le structuralisme à ta porte car tu es mieux qualifié pour en parler...
Sacré veinard qui comme Ulysse est en voyage dans des sociétés trisqtement déstructurées et qui raconte lui-même ses odyssées pour notre plus grand plaisir.
Ciao !
Et au delà de l'art, quelles bonnes nouvelles pour la CI malgré, le piétinement de la réconciliation nationale. Je suis persuadé qu'Ouattara y arrivera perce qu'il y met du coeur.
Bon séjour , TONTON, du coté de la lagune « ebriée » qui mele luxe et mouise sur des airs de changement le vrai c’lui-là , jusqu’aux pénibles cailloutis des rivières du sud à un jet de pierre, susceptibles de vous happer comme des trous noirs .
De bidjan à Conakry , la dichotomie est palpable,mais , in fine, deux bleds loin de tourner en plein leurs potentialités .
« Des perles de la Lagunes aux cailloux des Rivières du Sud », périple exotique que bigarré, fresque mitigée d’une Afrique à la peine qu’un nectar de plume nous restitue.«Triste tropiques» qui me rendent à la fois nostalgiques et colériques !
On est déjà prêt à casquer pour le second episode du genialissime road movie à la Frank capra ( it happened one night) New-york –Miami .
Allo! Bidjan -Conakry
A suivre …
Cordialement
Merci mon Beau pour ce bijou de mini reportage sur la Perle des Lagunes.Attendons impatiemment la suite :"Les cailloux des Rivières du Sud".Tu nous manques! Que Dieu te protège !
Doumba
Passez mon petit bonjour avant de revenir au prof de math, votre beau frère, le doyen Doumba.
PS : Le boubou politique ôté, vous devenez un sacré. (Modestement !)
CTrop!








