Dodo Dimanche, 21 Octobre 2012 17:15
Septembre 2009. Nous sommes à Moro. Il est 14h30. Dans un grand stade de la capitale, comble à craquer, des citoyens animés par leur volonté de défendre la nation contre la dictature scandent en chœur : « vive la liberté », « à bas la dictature », « nous voulons de la démocratie ».
Convaincus que chaque citoyen doit être un rempart contre la dictature, ces citoyens se sont massivement mobilisés à l’appel de l’opposition moronaise. A tour de rôle, les chefs de file de l’opposition viennent de faire les louanges de la démocratie et fustiger la dictature que l’on s’apprête à installer à Moro.
Tout à coup, c’est la cacophonie totale : des hommes puissamment armés viennent de faire irruption dans le stade ; ils ouvrent le feu sur les citoyens, sur leurs concitoyens dont ils ont la responsabilité juridique et morale de défendre l’intégrité et la sécurité.
Quelques instants après, c’est la catastrophe, la désolation : plus de 150 citoyens viennent d’être froidement assassinés par l’armée formée et payée grâce à leurs contributions fiscales. Des femmes dont on ne connaitra jamais le nombre sont violées en plein air ! C’est l’horreur dans ce stade de Moro.
Sur le plan international, tout le monde est choqué et scandalisé. Partout ce sont les mêmes condamnations. En Amérique, on parle de « crime contre l’humanité ». En Europe de « crime horrible et inhumain ». Dans les pays de la sous-région de « déshonneur pour le continent africain ».
Partout la même question se pose : comment cela a-t-il pu arriver ? Personne ne semble trouver la réponse. Pourtant, elle est bien là, cette réponse. Seul un homme semble la connaitre. Cet homme est un capitaine de l’armée moronaise à la retraite.
Pour ce capitaine, toute la réponse se trouve en ceci :
« Ces horribles crimes auxquels nous venons d’être contraints d’assister sont la résultante d’une situation qui a trop perduré au sein de l’institution militaire moronaise : c’est le fait qu’à Moro, l’armée est devenue le dépotoir des soudards et des incultes. Actuellement, dans sa majorité écrasante, l’armée moronaise est constituée au mieux par des individus qui ont échoué à l’école, au pire par des anciens coupeurs de routes et brigands, dénués de toute culture et de tout savoir-vivre.
Comment voulez-vous qu’un homme sans culture, sans éducation, fasse la différence entre le bien et le mal ? Comment un individu qui ignore tout des droits de l’homme peut-il respecter ces derniers ? Comment un homme qui n’est pas humain peut-il respecter l’humanité ? Donc ces crimes sont l’œuvre de cet homme. Car c’est cet homme qui est le prototype de l’armée à Moro.
La cause : à Moro, les intellectuels, les brillants étudiants, les personnes dotées de morale et d’humanité, bref les bons citoyens, n’intègrent pas l’armée : soit ils en sont empêchés par le clientélisme ambiant qui sévit dans toutes les institutions à Moro, soit, et c’est le cas le plus fréquent, ils détestent et fuient l’armée comme la peste ! Dans ces conditions peut-on s’attendre à une armée républicaine qui respecte et protège la vie humaine ? La réponse est naturellement non.
Son importance dans l’Etat fait de l’armée une institution qui doit compter parmi les plus pourvues, non seulement en ressources matérielles, mais aussi et surtout en ressources humaines : elle doit être composée d’hommes intelligents, cultivés et hautement imprégnés des valeurs humaines. Et pour cela, il faut que les Moronais arrêtent d’abhorrer l’armée ; il faut qu’ils se disent : l’armée est le lit de notre sécurité ; nous devons la rendre républicaine en en délogeant les loubards qui la fourmillent ! »
Voilà l’explication que notre capitaine à la retraite donne de ces assassinats odieux des courageux citoyens, des combattants de la liberté moronais.
En attendant que les auteurs de ces crimes qui ont choqué le monde entier paient leur forfait, nous devrons tous réfléchir à cette analyse de notre capitaine à la retraite si nous voulons éviter que cela ne se reproduise ! N’acceptons pas que notre armée (car elle nous appartient, à nous Moronais) soit infectée des cancres et des individus sans culture ni éducation.
C’est aussi une façon de rendre hommage à nos martyrs tombés pour nous protéger contre la dictature !
Dodo
Etudiant guinéen au Maroc