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Londres et les Jeux Olympiques : Analyse de l'histoire de l'avènement des Noirs au sein de l'événement le plus suivi au monde
Papa Attigou Bah Vendredi, 03 Août 2012 14:26
En effet, depuis le vendredi 27 juillet écoulé, la vasque olympique illumine le stade d'athlétisme des Jeux de la XXXe Olympiade de l'ère moderne. Pendant plus de 15 jours, Londres se retrouvera projeté au cœur de l'actualité. L'année 2012 représente la troisième fois de son histoire, après 1908 et 1948, de bénéficier du privilège d'organiser les Jeux, la manifestation la plus suivie au monde : 4,7 milliards de téléspectateurs regarderont au moins une fois les Jeux Olympiques. En 2008, à Pékin, la seule cérémonie d'ouverture des Jeux avait enregistré l'attention de 2 milliards de personnes. Ces chiffres illustrent la dimension du comité d'organisation des JO. Celui-ci doit relever un formidable défi : organiser 26 « championnats du monde » en deux semaines et gérer un budget de 14 milliards d'euros (9,5 milliards de livres).
Deux semaines durant, les citoyens du monde admireront des athlètes dont jusqu'ici, et pour la plupart d'entre eux, nous ignorions l'existence. La magie des Jeux, comme le désigne une mythologie de trottoir, a le pouvoir de transformer en or des sportifs brillants, enfouis au plus profond de nos préoccupations, avant parfois, de les oublier aussitôt. Ces athlètes recevront davantage d'attention qu'au cours des quatre dernières années de leur carême cathodique. Ils seront magiques. Par définition, la magie permet à des sportifs d'entrer dans l'intimité des peuples, des familles et des individus par une petite lucarne qui, en dehors des horaires olympiques, leur est totalement fermée. Elle réunit aussi dans le même village olympique et à la même cantine, des athlètes multicolores, rêveurs, pourfendeurs et vainqueurs.
D'autre part, dans l'incantation patriotique, la magie ramènera le sport à des valeurs anciennes (nation, patrie honneur et bonheur collectifs). Elle rappellera qu'un patriote doit privilégier le devoir à la place du bonheur personnel. Cette magie demeura un éloge généreux et bon marché sans arrière-pensée. Par le canal des Jeux, elle incite à la continuité au nom du droit à la liberté, à l'expression, à la promotion, la paix et à la conquête.
Une des nombreuses disciplines des Jeux Olympiques est couronnée « Reine ». C'est le sprint. Sa magie a traversé toutes les époques. Des auteurs attestent l'existence de courses de sprint datant de 2788 ans. En 2012, la chronique s'extasie devant les exploits du Jamaïcain Usain Bolt. Mais en 776 avant Jésus-Christ, le maître du sprint était un Grec. À Olympie, Koroibos d'Elis remportait sur 192 mètres la première course disputée dans un stade.
La victoire de Karoibos d'Elis marque, selon les écrits, le début de l'histoire du sprint il y a 2788 ans. La couleur de peau et le statut social n'étaient pas dans ces temps anciens une question que l'on se posait. Cette thématique a surgi le siècle dernier avec l'outrageante domination des Noirs sur l'épreuve reine de l'athlétisme. Une question s'est alors tout naturellement posée ces dernières décennies. Pourquoi les sprinters noirs sont-ils plus rapides que les blancs ?
Pourquoi n'y a-t-il seulement que deux Blancs sous les 10 secondes sur 100 mètres contre 700 Noirs venus des Etats-Unis, d'Afrique, les Caraïbes et d'Europe ?
À rappeler que le dernier recordman blanc fut l'Allemand Armin Hary il y a 52 ans. Le dernier médaillé blanc aux Jeux Olympiques fut le Britannique Allan Wells en 1980, une année où les Américains n'étaient pas au rendez-vous en raison du boycott décidé après l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques. Mais certaines réponses apportées aux questions posées ont malheureusement inspiré quelques chapitres les plus sombres de l'histoire de l'humanité.
Les débuts du sprint moderne datent du XIXe siècle. Ils étaient marqués par l'absence des Noirs. En effet, les Britannique ont organisé les premiers 100 mètres dans le cadre du sport universitaire qui rassemblait toute l'élite de l'empire. Une élite à laquelle aucun Noir n'avait pratiquement accès.
L'apparition des premiers athlètes noirs aux Jeux Olympiques date de 1932 à Los Angeles. Ces athlètes remportaient le 100, le 200 mètres et la longueur. Quatre ans plus tard, à Berlin, Jesse Owens signait le premier grand exploit d'un athlète noir. La ségrégation battait alors son plein aux Etats-Unis. Owens était contraint de dormir dans d'autres chambres que ses coéquipiers blancs. Au base-ball, les Noirs n'étaient pas autorisés à jouer dans la ligue professionnelle. Dans les bus, ils devaient s'asseoir à l'arrière.
La supériorité visible des athlètes noirs devait offrir un terrain fertile aux fantasmes. Bien que des préjugés trouvaient une explication scientifique. Longtemps accusé d'être stupide et fainéant, le Noir pouvait désormais combattre ce cliché à la faveur de ses succès sur la piste. Mais le racisme était toujours bien présent, comme l'atteste l'édifiante confession de Dean Cronwell, responsable de l'équipe américaine d'athlétisme aux Jeux de 1936 : « Le Nègre brille au sprint et à la longueur pour la simple raison qu'il est plus primitif que le Blanc, écrivait-il. Le temps n'est pas loin où courir vite et sauter loin était pour lui une question de vie ou de mort dans la jungle. »
Il a fallu attendre l'écroulement de la dictature nazie marquée par sa folie raciale, pour que des scientifiques, notamment des Américains, préfèrent sagement éluder la question de la supériorité athlétique des Noirs. Le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis dans les années cinquante et soixante, qui devait permettre aux Noirs de disposer les mêmes droits que les Blancs, a pratiquement « tué » ce débat, comme le précise l'auteur américain Jon Entine : « Débattre sur les groupes ethniques a une signification métaphysique. Aux Etats-Unis, le mythe que tous les citoyens sont nés égaux est très fort. Alors souligner des différences entre groupes ethniques est dangereux. » Jon Entine a toutefois pris le « risque » de se pencher sur la question il y a douze ans dans un essai intitulé « Taboo ». Dans sa thèse, il soutient des discours alambiqués selon lesquels, les sprinters noirs bénéficient d'un avantage génétique. Se basant sur une vision différenciée de nombreuses données statistiques, son résultat produit un chiffre frappant. Il s'agit d'un 1 avec 43 zéros après la virgule. D'après le chercheur, ce chiffre équivaut à la probabilité que les 40 finalistes du 100 mètres de 1984 à 2000 ne soient pas des Noirs d'origine ouest-africaine. Des peuples qui ne représentent que 8% de la population mondiale. Leur domination est de plus en plus marquée, dans la mesure où aucun Blanc n'a disputé les deux dernières finales olympiques du 100 mètres à Athènes en 2004 et à Pékin en 2008.
Un autre aspect intervient, selon Brooks Johnson, un entraîneur noir renommé. Pour lui, la différence s'explique en grande partie par un facteur psychologique. « Les Blancs ont subi un lavage de cerveau, lance-t-il. Ils croient que je cours plus vite qu'eux pour la simple raison que je suis un Noir. Ainsi, dès leurs premières courses, ils sont intimidés par la présence d'un Noir dans le couloir voisin. Ce complexe que les Blancs accusent donne un avantage décisif aux Noirs. » Johnson aurait aimé confirmer sa théorie en recherchant un Carl Lewis blanc. Il ne l'a pas encore trouvé.
Jadis, la pratique du sport de haut niveau offrait en URSS et dans l'ex RDA, une énorme reconnaissance sociale au temps de la guerre froide. Malgré ce contexte et un suivi médical extrêmement « poussé », aucun athlète de l'Est, n'est parvenu à descendre sous la bannière des 10 secondes. Il a fallu attendre l'avènement du Français Christophe Lemaitre, un garçon timide et presque frêle, il y a deux ans, pour qu'un Blanc abatte enfin ce mur des 10 secondes. En Asie, personne n'a, en revanche, été encore capable de courir aussi vite.
Il est toutefois acquis que les raisons socioculturelles évoquées en termes crus par John Smith pèsent dans le débat. Beaucoup de champions sont issus d'un milieu défavorisé et ont trouvé avec leurs qualités physiques le moyen de gagner très bien leur vie. Leur réussite a été un moteur pour leurs cadets. L'exemple de la Jamaïque le démontre bien avec cet engouement extraordinaire pour le sprint lors de compétitions locales et scolaires.
La finale du 100 mètres est prévue le dimanche 05/08 à 20 heures 50 GMT et le 200 mètres pour le mercredi 08/08 à 19 heures 55.
Usain Bolt avait sans doute imaginé une tout autre marche d'approche sur Londres. Le sprinter a été bousculé aux trials jamaïcaines, battu tant sur les 100 que sur les 200 mètres par son camarade d'entraînement, Yohan Blacke. Le champion du monde sera bien le rival No 1 de Bolt à Londres. Il aura comme atouts, son toupet et sa fraîcheur. Mais tenant du titre, Bolt, peut, lui, s'appuyer sur une expérience qui fait encore défaut à son rival.
Christophe Lemaitre est, quant à lui, l'espoir blanc du sprint aux Jeux de Londres. Il vise le record d'Europe de Pietro Mennea sur 200 mètres. Un record qui se situe à 19''72 et qui est vieux de trente-trois ans. Ce Savoyard de 22 ans, devenu l'éclair européen, a déjà fait ses preuves. Il a fallu attendre plus d'un demi-siècle pour qu'il reprenne le flambeau du record du monde de 100 m en 10'' détenu par l'Allemand Armin Hary. En 2010, il est devenu le premier athlète blanc à courir sous le mur des 10''. Il a également fait oublier les 10'' réussies par le Polonais Marian Woronin en 1984.
Lemaire honore aussi l'école française du sprint qui a brillé bien avant son avènement. Les Français furent les recordmen du monde du 4x100 mètres entre 1990 et 1992. En 1998, Christine Aron avait battu le record d'Europe du 100 mètres en 10''73. Un record qui tient toujours.
Christophe Lemaitre sait que les performances et les records peuvent être battus. Il a ouvert une nouvelle frontière pour le sprint européen et est entré dans l'histoire. Pourra-t-il entrer dans la légende en remportant les épreuves du sprint à Londres ? En tous les cas, rien n'est impossible dans cette vie. Pour atteindre un objectif, dit-on, « il suffit souvent de le vouloir avec la ferme conviction de l'obtenir, et d'en payer le prix. »
Des Jeux, des vrais, sont des moments qui changent un homme pour l'éternité et procurent à l'humanité un immense bonheur notamment celui qui permet aux autres humains d'admirer autrement leurs semblables. La Charte olympique finira-t-elle un jour par triompher ? Elle prône l'unité et la solidarité entre les peuples du monde et impose la neutralité en matière de religion, politique, statut social ou toutes autres appartenances.
Suisse, le 03/08/2012
Papa Attigou Bah
Président de l'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG)
Commentaires
Je suis absolument de l'avis de Mory Diakité ! Comme quoi...
Kylé








