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Prélude à une révolution islamique en pays malinké : Qui était Mory-Oulen Cissé ? (2e partie)
Boubacar Doumba Diallo Mardi, 29 Mai 2012 13:59
Tu as mission d’agir… L’homme qui, surmontant tous ses désirs, va, libre d’attachement, et ne dit plus : « c’est à moi », ni « je », celui-là accède à la paix. Accomplis la tâche de ce jour. Car l’action est supérieure à la passivité.
(Bhaghavad Gita)
Dans le premier quart du 19e siècle, aucun nuage ne semblait planer entre les minorités musulmanes et leurs voisins et compatriotes animistes en pays malinké. Le grand chamboulement était pourtant proche. Il ne viendra pas de Kankan comme on aurait pu s’y attendre, mais de beaucoup plus au sud. Les premiers rôles revenaient à un illustre personnage Mori-Oulen Cissé. Cet article sera donc consacré aux Cissé qui furent les premiers précurseurs à frapper et à ouvrir les hostilités et surtout parce que leur épopée est inséparable de celle de Samori qui fut à la fois leur sofa, leur adversaire et leur continuateur. Sans l’œuvre fondatrice des Cissé, le conquérant Samori Touré n’allait sans doute pas faire une grande carrière… C’est grâce à l’armée bâtie par les Cissé que Samori poursuivra sa lutte et ses conquêtes.
Les origines de Mori-Oulen Cissé
Les Cissé qui allaient bouleverser les contrées au sud de Kankan, n’étaient pas des autochtones des riches colonies dioulas de la région pré-forestière, mais originaires du Baté. Ils ne provenaient d’ailleurs pas de la métropole Kankan, mais du village de Bakongo, situé à 40 km plus au nord, sur la rive ouest du Milo.
Cissé est un dyamou illustre qui fut porté initialement selon la tradition Sarakholé, par les six premiers souverains du Wagadu, autrement dit les empereurs du Ghana. Leur islamisation très précoce explique que leur patronyme ait été adopté par une grande partie des Chérifs de Tombouctou. Une autre assimilation encore aussi glorieuse, est celle des Peuls du Macina qui ont admis que Cissé était l’équivalent de Barry, à tel point que Chaïkou Amadou et ses successeurs à la tête de l’Empire peul du Macina, une théocratie, s’en sont réclamés à partir de 1818.
Cependant nos Cissé sont d’authentiques Sarakholés. Les Fofana et Cissé qui fondèrent Bakongo seraient venus de Niara, au Sahel à une date assez éloignée puisque leur village est, avec Binko, l’un des plus anciens du Baté. Il remonterait au 16e siècle et il est par conséquent bien antérieur à Kankan. Bakongo semble avoir joué un grand rôle dans la diffusion des Cissé, car la plupart des lignées commerçantes et maraboutiques se réclamant de ce nom, du Haut Niger jusqu’au fleuve Bandama, en proviennent. Aussi il aurait été tout à fait naturel que Mori Oulen quittât le Baté pour aller chercher fortune dans le Konyan. Il n’en fut pas ainsi.
Les années d’études de Mori-Oulen Cissé
Né vers la fin du 18e siècle, Moren Oulen débuta ses premières études islamiques à Kankan et les poussa aussi loin qu’il était possible de le faire. Ayant entendu parler du célèbre Karamogho-Ba « le grand professeur », c'est-à -dire Ladji Salimu Gasama, fondateur au cœur du Fouta Djallon du centre islamique de Touba, il se rendit à ses côtés et passa de nombreuses années à s’instruire dans la ville des Dyakhanké, un ilot mandingue dont la spiritualité islamique irradiait la société peule. Mori-Oulen, qui semble avoir atteint un très haut niveau intellectuel, s’était abreuvé aux sources les plus pures de la spiritualité qadiri et Karamogho-Ba lui avait transmis le wird de la confrérie.
C’est donc porteur des lumières de l’Islam et non en conquérant que Mori-Oulen quitta les montagnes du Fouta pour celles du Konyan au début du second quart du 19e siècle. En quittant Touba, Mori-Oulen n’était plus un étudiant, mais un maître déjà célèbre, accompagné de nombreux disciples (taalibu).
Fondation de Madina
La rive gauche du Sankarani était pratiquement déserte tout comme elle l’est encore aujourd’hui. C’est là que Mori-Oulen et ses fidèles décidèrent de se fixer pour se consacrer à la piété et à l’adoration loin de toute souillure animiste notamment des bruits de célébration du Komo. Mori-Oulen obtint sans peine la cession des terres voisines du marigot Boya auprès du Mansa Mari Kourouma. Mori-Oulen construisit ainsi un village non loin de celui de ses cousins Cissé de Gbéléban. Il appela ce village Madina, ses diverses pérégrinations symbolisant une certaine hégire car il avait émigré loin de son Baté natal. Au bout de quelques années, l’agglomération grandit très vite car Mori-Oulen accueillait tous ceux qui étaient attirés par sa réputation de sainteté.
Devenu riche, Mori-Oulen achetait des esclaves qui cultivaient ses terres, ainsi que des fusils et des chevaux pour armer ses partisans. Après ces années obscures, Mori-Oulen se décida à utiliser la force armée pour imposer l’Islam à ses hôtes et à invoquer la religion pour justifier son hégémonie politique.
La première guerre
La révolution débuta vers 1835 alors que Mori-Oulen venait d’avoir 40 ans, l’âge idéal… Il prétexta un incident anodin pour prendre d’assaut le village de Gbamani qu’il rasa. Il y exécuta son chef et vendit les prisonniers. Mari Kourouma ayant demandé des explications, il se heurta à un refus méprisant et il apprit que Madina ne lui verserait plus de tribut désormais, à moins qu’il se convertisse à l’Islam.
C’était là un défi sans précédent et le Mansa appela au secours son parent Nyumagbè-Sori, le chef du Sabadugu. Il rassembla donc ses guerriers afin d’éliminer « ces hôtes ingrats ».
Il mit le siège devant Madina avec une armée dont la supériorité numérique était écrasante. La place était défendue par une palissade (sanyé). Mais les musulmans dotés de beaucoup de fusils possédaient une puissance de feu plus grande. Parmi eux, il y avait aussi de nombreux chasseurs traditionnels et ils purent donc repousser tous les assauts. Les animistes finirent par reconnaitre leur défaite. Cette victoire suscita un cortège de ralliements spontanés, parmi lesquels celui du chef de Mbarena, Taramba-Féré Traoré ainsi que celui de Gbéléban dont les hommes allaient suivre jusqu’au bout les Cissé.
La soumission du Badugula allait étendre la nouvelle hégémonie des Cissé jusqu’aux rives du Dyon et même au-delà . Mais il ne put jamais atteindre Kankan, son pays natal.
Organisation d’un Etat
Le noyau du royaume était désormais constitué et demeurera stable tandis que variait sans cesse l’étendue des pays soumis à sa souveraineté. Il prit le nom de Moriulédugu.
La forte personnalité de Mori-Oulen s’exprima surtout par ses efforts pour bâtir un véritable Etat en remaniant les anciennes institutions. Il reconstruisit sa capitale Madina qu’il entoura de fortes palissades (sanyé) et qu’il pourvut d’un tata central. Il islamisa le rituel du dégè qui garantissait la soumission et la fidélité des vaincus et il prit le titre de Faama. Il s’entoura d’un conseil où se côtoyaient ses fidèles amis, des religieux et les principaux chefs militaires.
L’armée fut répartie en bolo d’une centaine d’hommes et ceux-ci regroupés en kélès, ou colonnes. La principale innovation fut d’ordre technique. Grâce à ses relations étroites avec les milieux dioulas, Mori-Oulen parvint à se procurer de nombreux chevaux et à doter en fusils presque tous ses soldats.
A l’époque, c’était une véritable révolution dans le domaine militaire, car les armes à feu étaient avant tout le privilège de quelques chasseurs. Son armée gagna ainsi une nette supériorité qui compensa son infériorité numérique. Toute cette organisation sera détruite par Samori Touré, 50 ans plus tard sous le règne des successeurs de Mori-Oulen : ses deux fils Séré Burlay et précisément Séré-Bréma. Madina sera complètement rasée et ses habitants déportés à Bissandougou, la capitale samorienne. Seuls les vestiges et les ruines de Madina subsistent de nos jours. Mais le grand conquérant Samori Touré devra énormément aux Cissé surtout sur le plan militaire.
Wa salam !
Diallo Boubacar Doumba
Note : Le Touba des Dyakhanké au Fouta Djallon (région de Gaoual), tout comme ses homonymes au Sénégal, au Sahel ou au Mahou en Côte d’Ivoire, est ainsi nommé d’après l’arbre du Paradis dont l’ombre est si vaste qu’un cavalier au galop mettrait 500 ans ou plus pour la franchir (Marty, 1921). Cette légende islamique qui évoque un caravanier accablé par le soleil a suggéré aux saints fondateurs d’installer leurs disciples dans un Touba terrestre en attendant celui des cieux.
Commentaires
Les chants épiques qui célèbrent l'Almamy Samory Touré disent essentiellement: "Le Sanankoro-Faama porta la guerre au Wasolon qu'il conquit..." Ensuite: "Il(Samory) rassembla tous les peuples alentour du Wasolon." En fait, plus vaste que le Toron, le Batè, le Sankaran, le Hamana ou le Konya, le Wasolon(ou Wassulu) s'étend de la Guinée au Mali en passant par le nord de la Côte D'Ivoire, d'où peut-être l'idée d'en faire le centre du vaste Empire que sera l'Empire du Wassulu.
Mes amitiés...
@ Karifa! voici un second lien conduisant à un article très facile à lire
Bonne lecture !
Merci pour ton intérêt à cet article.Répondre à tes questions serait un peu long.Je vais te proposer un lien du site SONIKARA.COM
Essaie de lire sans préjugé ce texte d'un administrateur colonial ARCIN qui a étudié ces questions et publié un livre vers 1911.Tu pourras en récolter quelque chose si tu es patient.Le même site fournit d'autres articles qui pourraient t'intéresser.Je reste à ta disposition
http://www.soninkara.com/histoire-geographie/histoire/les-soninke-sarakhole-dans-lhistoire-de-la-guinee.html
Vois-tu mon frere , ton ami ( j' en ai aussi eu TIMBO a KABADA a KARFAMORIYA ) s' est " arrete " en Chemin .
KABA , DYATE , rapide pronunciation de DIAKITE qui est BAH ( ou DOUKOURE ) chez les SARAKOLLES du DYAAFUNA !
Tu as raison , si seulement on otait cet " accoutrement " ethnique on se porterait bien mieux . Malheureusement , ce qui " SAVENT " et qui ont la voix au chapitre tiennent les autres dans le noir . Dommage ! Esperons qu ' un jour tout ce I ne sera qu ' un lointain cauchemar !
Bien a toi mon frere !
En 2010, lors d'un sejour en Guinee, j'ai fait une observation a un ami d'enfance (amitie de plus de 40 ans) de la famille Kaba de Kankan; pourquoi dis tu "i diayte" a tes cousins, oncles et parents qui sont Kaba comme toi? A cela mon ami repliqua: tu as raison Thierno, mais vois tu c'est parceque l'aieule des Kaba est une "Diakite". C'est pourquoi tu m'entends souvent saluer mes parents en disant "I diayte-kaba".
Le jour que l'on comprendra que la cause nationale est de loin plus importante que l'appartenance communautaire en Guinee, alors ce sera le premier pas vers l'amelioration de la condition de vie de chacun et de tous les guineens.
Bien a vous.
Thierno.
"KO teea ka kamiloure wo , dho moyyi " !
Tout ce qui est tire du CORAN est bon !
Ses SOURATES et ses NOMS !
Mais bcp confondent " LES 99 NOMS " aux NOMS ARABES .
Vous avez raison quant a " TRADITION MUSULMANE "
Bien a vous !
Avec les patronymes , on revient a la 1ere prtie de ton brillant expo : les DJAFOUNBHES !
Le nom , a la limite , devrait peut importer .
Ce qui me "frappe " , c' est l' abandon de nos NOMS PEULHS au profit de ceux SEMITES ( HEBREUX OU ARABES ) . Nos noms PEULHS , on les " collent " aux CAPTIFS , comme pour bien montrer notre " ASSIMILATION " .
YERO ,SAMBA , KALI ... et autres sont NOS NOMS .Pas IBRAHIMA ou MOUSSA ...ISSAGHA !
Bon ,c'est peut-etre comme ca un peu partout . J'ai u copain d' enfance, il s'appellait THIERNO ( de KEBALI ) . Quand il est devenu FRANCAIS , on a Franciser so nom , et il est devenu THIERRY ! LE NOM du MAITRE !
Dommage !
Il est bien vrai que ce ci ne s'applique pas au cas du frere Paul car c'est une ethnie a une autre...
Ils leur a fallut présenter des excuses pour leur libération sauf un qui resta camper sur sa position. Voilà une des explications de certains forestiers qui ont des noms Cissé, Traoré etc..
Nous avons vraiment besoin de connaître de notre histoire. J’aimerais aussi connaître sur l’islamisation en forêt ; mon grand père paternel était Zogomou( prêtre du culte ancien) ; ma famille paternelle est chrétienne et celle maternelle musulmane. Mon grand père maternel qui fut l’un des premiers islamisés à Kpaya (village à 10km de N’Zérékoré), avait comme les autres, changé de nom de Famille ; un Lamah devenu Cissé.
Ce fut le cas aussi de feu Amara Nokè (ancien sage de N’Z). Pourquoi ils avaient choisi de changer de nom de famille ? Sais pas.
Plus nous aurons notre histoire moins il y aura la haine ethnique chez nous.
Bonjour mon frère!Merci pour ta contribution car j'étais vraiment en panne d'idées au sujet de l'islamisation de la Guinée forestière. Ton commentaire ouvre une fenêtre qu'il ne faut pas refermer.Je cherche justement des infos à ce sujet.Merci encore!
Assalamaleykoum ! Dans nos programmes d'histoire Morioulén Cissé est en effet occulté comme beaucoup de nos illustres personnages d'ailleurs. c'est dommage. Et pire, on a effacé à dessein son oeuvre et celle de ses fils pour ne retenir que la razzia au cours de laquelle Sérè-Bréma prit en captivité Soghona Camara. Et pourtant, sans les Cissé l'Empereur du Wassolon aurait connu un tout autre destin. J'ai lu Yves Person, c'est vrai, mais revisiter ensemble notre passé commun et en discuter m'apporte d'avantage... Encore merci Mr Diallo Boubacar Doumba...
Mr Mamadou Saliou Bah...
J'avoue qu'à mon niveau je suis aussi entrain de reconstituer mon "puzzle"... En ce qui concerne les liens entre Cissé et Tounkara, j'ai lu ceci: Tounka, signifiait "Roi" en sarakollé ancien. Ainsi, ce sont les enfants directs de chaque empereur Cissé qui prenait le patronyme de "Tounkara", "Fils de Roi". C'est comme plus tard, le patronyme "Mansa-den" ou "Mansarén" à Niani, chez les Mandén-Mansas: Les Keita. (Aly Bocar Cissé- Gbassikolo.com) Par ailleurs je ne saurais dire exactement si les sarakollés de Badougoula à Mali-Yembering sont les descendants de ceux du Baté. Il est établi en tout que beaucoup de sarakollés ont du fuir le Baté lors de la croisade anti-musulmane du puissant chef Wassolonfoula Kondé-Bréma Diakité, notamment au cours du sac de Kankan. Ils se refugierent dans le Woulada, la Basse-côte, le Foutah et pourquoi pas à Mali- Yembering ??? Histoire à suivre...
Bien vu Jowlol!
Je lis les meilleurs historiens.Pour tes efforts de recherche, bravo!Fais nous profiter à l'avenir tes lectures;;;;
Merci Mawdhö (pour votre sagesse) DOUMBA. Mais, vous êtes le meilleur avec Koto Mamadou Saliou BAH à pouvoir nous retranscrire notre histoire, l'histoire de la Guinée avec grand H.
Tous mes égards, surtout ne baissez jamais les bras, car vous participez à la conscientisation de la jeunesse guinéenne, une jeune droguée par l'ethnoicentrisme et tous les mauvais "isme" des dirigeants sans programme et projet de société viable pour notre pays.
Qu'Allah vous recompense pour tout et sauve notre pays.
CISSE , a l' origine etant un TITRE ( ROI ) et TOUNKARA etant " petit ROI " ou fils du roi ou successeur du ROI , est ce qu' il y a un lien de parente entre les 2 ?
Les SARAKOLLES de BADOUGOULA , a Mali-Yembering ( dougountounny ) serait ILS DES descendants de ceux du BATE ? Si oui , qu' est-ce qui les a pousse a s'y installer ?
J' ose esperer que Alahaji Cisse ( ou tout autre le sachant ) m' aidera .
Mon " puzzle " est pour le moment incomplet !
Bien a Vous !
Les Souare et Fofana sont nos premiers cousins, et les Camara nous sommes lies par alliance. Le malheur chez nous est que nos ancetres, commercants, souvent s'installaient dans des zones souvent hostiles,pour faire du commerce, et parfois ils disparaissaient sans trace...Mes cousins Toure a Beyla, n'ont pas probleme de retrouver les trace de leurs ancetres car ils sont descendants de Samory. A l'occasion, je contacterai le seul grand pere qui nous reste, pour plus de details, mieux saisir les liens des Cisse de gnozomrydougou et ceux de Bakongo et surtout, les differents sejours de mon grand pere au Fouta. Il est vrai qu'etant l'un des plus jeunes, j'ai moins de connnaissace.
Assalamaleykoum !Je suis heureux de rencontrer un descendant de Mori-Oulen Cissé même si c'est virtuellement.J'espère que nous ferons plus ample connaissance pour partager l'héritage que nous a légué ton illustre ancêtre.C'est grâce à l'oeuvre monumentale de l'historicien français Yves Person que j'ai découvert récemment Mori-Oulen.Je ne sais pas si dans nos programmes d'histoire cet illustre marabout est mentionné.Il y a encore beaucoup de choses à faire pour découvrir notre véritable histoire et surtout celle de la spiritualité islamique.C'est cela qui a uni nos ancêtres à tous.Si on place le voile sur cet aspect, toutes les aventures sont possibles surtout le communautarisme qui divise artificiellement nos peuples à l'instigation de certains politicards.Que Dieu nous dirige sur le droit chemin ! Amine
Voici mon email:diallobacar
gmail.comJe lis les meilleurs historiens.Pour tes efforts de recherche, bravo!Fais nous profiter à l'avenir tes lectures;;;;
Mori-Ulé, qui paraît avoir atteint un haut niveau intellectuel, s'abreuva ainsi aux sources les plus pures de l'Islam Kadiri et Karamagho-Ba lui transmit le Wird de cette confrérie. Il est évident que sa carrière ne peut s'expliquer sans cette période studieuse où ses idées prirent forme. Le jeune savant découvrait un pays dont les maîtres animistes venaient d'être éliminés mais cela ne signifie pas qu'il ait déjà décidé de se lancer dans la « guerre sainte » (dyaadi). Celle-ci s'était éteinte au Futa-Dyalõ et la patrie de Mori-Ulé, qui venait de conquérir son indépendance grâce à l'appui des Peuls, se conduisait alors avec prudence. L'enthousiasme conquérant avait cédé partout la place à l'avidité d'une nouvelle aristocratie nantie que les savants de Tuba considéraient avec peu d'indulgence.
C'est donc en porteur des lumières de l'Islam, et non en conquérant, que Mori-Ulé quitta les hautes terres du Futa, au début du second quart du siècle et c'est par pur hasard qu'il se dirigea vers les montagnes du Konyã. Son meilleur camarade d'études était en effet Arafãn-Séku Swarè, originaire du village dyula de Nyõsomoridugu, qui tient l'un des cols du Fõ au-dessus de la vallée étouffante du Dyani. Koñyé-Morifiñ, frère aîné d'Arafãn-Séku, était le marabout le plus respecté du Konyã, même si sa science n'atteignait pas la norme des grands centres du Nord. Les savants ne manquaient pas à Kankan, aussi est-il naturel que Mori-Ulé ait suivi son ami dans son pays natal pour porter la culture aux musulmans peu éclairés du Sud.
Quand ces hommes quittèrent Tuba, ils n'étaient plus des étudiants mais des maîtres déjà célèbres, suivis de nombreux disciples (taalibu) dont ils devaient assurer la subsistance matérielle comme la vie spirituelle et qu'ils pensaient utiliser au rayonnement de leur influence. » Yves Person, Samory, une révolution dyoula








