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Souvenirs d’enfance d’un exilé
Moussa Bella Barry Mercredi, 09 Mai 2012 09:36
Pour orienter le lecteur, j’essaye de préciser là la différence entre le fantasme et le souvenir. Le fantasme désigne le rêve qui peut ou ne peut pas se réaliser, il réveille les envies, les désirs, les pulsions, et ainsi de suite. C’est une production de l’imagination qui correspond à un désir. Le souvenir est défini quant à lui comme l’impression, l’idée que la mémoire conserve d’une chose.
On peut dire que le souvenir fait ressurgir ce qui n’est plus, et recrée en esprit un monde disparu, insuffle de la vie là où ne règne que le néant qui fait prévaloir le silence et l’oubli, alors que le fantasme est vu dans le sens courant comme une fixation mentale ou, une croyance instinctive par laquelle le Moi cherche à échapper à l’influence du réel.
Alors, l’exilé-ci ne parlera inclusivement que de ses souvenirs. C’est bien de mes souvenirs d’enfance, dormant depuis toujours quelque part dans ma cervelle, qu’il s’agit ici. Je suis né à Dalaba, sur le haut plateau du Foutah-Djalon, ce très particulier pays aux hauteurs vierges au doux climat tempéré et refuge de prospérités, c’est là que j’ai passé mon enfance, et où j’ai fréquenté l’école. Ma mémoire reconnaissante a gardé toutes ces années passées intact mes impérissables souvenirs d’enfance.
Oh le dimanche à Dalaba ! Choses de mon enfance, quel charme vous m’avez laissé ! Dimanche est toujours encore jour de marché à Dalaba-ville. On y rencontre des gens le dimanche dans la ville plus nombreux que d’habitude. C’est l’image qui m’assailli l’esprit très souvent. Ces agréables images ensevelies au fond de ma mémoire resurgissent miraculeusement à chaque fois pour le besoin de la cause, je comprends à l’occasion, que je n’ai pas oublié ces choses-là , c’est le coté charmant de souvenirs heureux.
Je revois mon Dalaba natal, mon terroir ancestral, j’examine dans mes souvenirs les collines et plateaux couverts de sapins et pins, et tant d’autres grands arbres et arbustes, la brousse habitée d’une multitude genre de singes, de divers oiseaux et insectes. J’observe en l’air le brouillard frais de l’hivernage qui couvre la ville de Dalaba à partir des hauteurs du mont Diaguissa, et, ceux des monts Yimbili et Tinka. Les versants de toutes ces montagnes sont ombragés et fleurissants toute l’année. Je vois la route sinueuse rampant le mont Tinka jusqu’à Pellal en passant par Sebhori, les rosées trempent mes pantoufles dans mes souvenirs. Je revois la bananeraie et l’orangeraie qui abritent notre maison; je ressens encore aujourd’hui les plaisirs que m’éprouve cette sensation.
La solitude d’exil
Durant toutes ces années d’absence au bled je n’ai cessé de cajoler mon Dalaba natal. Lorsque la solitude de l’exil m’assaille, cela me fait penser très souvent à mon enfance dans ce pays de montagnes, le Foutah-Djalon. Je revois les sentiers entre les habitations closes (hoggo) entourées de jardins (sunture). Ces concessions-jardins représentent une valeur de spécificité sociale et de souvenir que les descendants héritent de leurs lignages paternels. Ces différentes concession-jardins closes (sunture, galle) de Pellal ne peuvent être connues que de ses seuls habitants. Ce trait de génie me fait savourer le soleil et l’essence des fleurs et fruits de notre verger, j’entends le fond sonore prolongé produit par l’eau des rapides coulant entre les blocs de rocher, je sens l’odorat des fleurs et agrumes de notre jardin. Je vous assure, aucun arbre du verger que je n’escalade pas à mon aise, aucun fruit que je ne goûte pas à ma convenance.
Pour moi, chaque arbuste, chaque portion de haie de notre agglomération a sa valeur, son sens et son histoire, tout ce petit monde constitue un espace où mes souvenirs ont une vie particulièrement agréable. Je ressens toute la consistance de la familiarité suscité par la sensation imagée d’être chez-moi à la maison, ce réveil de mes souvenirs ressort en moi une satisfaction et, un bonheur calme sans mélange d’inquiétude.
L’exilé que je suis, revoit dans ses souvenirs la cohue de personnes au marché de Dalaba, l’ombre des maisons complètement ensoleillé, la silhouette des flamboyants de l’école du centre, des orangeraies et des bananeraies des vergers, etc. Surtout ma pensée tourne vers l’ombre du grand-oranger, (au moins, de ce qui en restait de cet arbre fendu en moitié), de notre cour, et cet oranger ne me quitte pas à l’esprit. Chacun de ces objets-là est très chargé d’essaim de mes souvenirs ; ensuite de quoi et à l’aide de tous mes sens, je m’abreuve la joie de diversités de la magie d’être à la maison, de la connaissance de tous les coins, et, du bien savoir de tous les recoins de cette contrée de mon enfance. Je me donne à boire l’air de bien se souvenir de la camaraderie avec ma famille et avec mes copains d’âge. Je me souviens de chaque bout de chemin et de chaque bloc de pierre de contusion sur mon chemin du village à l’école, et inversement. Dans ma pensée je me suis assis très souvent sur une natte sous l’ombre du grand-oranger de notre cour, ce célèbre oranger d’âge indéfini doit être planté par le grand père du père de mon père, qui sait ?
Pauvre de moi ! Que vous me croyez ou pas, dans ma famille, personne n’est en mesure de dire avec exactitude, qui a planté cet arbre grand-oranger sans âge. Dans ma solitude d’exile j’écoute les voix des causeries d’autrefois avec mon père, ma mère, ma grand-mère, mes frères et sœurs. Je revois mes camarades de promotion d’âge, avec ces camarades-là la tradition veut que nous nous donnons conseils et assistance la vie durant. De nos oiseaux de la basse-cour j’entends le coq chanté et la poule gloussée, je perçois par l’ouïe, la vache pousser ses beuglements et les piaillements de canards et des oiseaux, je déguste du lait fraichement trait des pis de vaches, ou des fois, je mange du lait caillé tout simplement… Je sens l’odeur de la sauce en cuisson dans la cuisine de ma mère, je goûte goulûment les fraises, les mangues, les oranges, tant d’autres agrumes et fruits de notre verger.
Ma pensée fait très souvent ce rebond de trois cent soixante degrés, et je revois tout autour de moi ce splendide paysage de mon enfance, je refais du vélo sur les pistes sinueux d’autrefois, je revisite chaque centimètre des collines que je connais parfaitement très bien, mon cœur se sent plein d’énergie par la bouffée de mes souvenirs radieux. En définitive je me sens très bien dans mon monde, et cela est toujours pour moi, une façon de briser le cocon de ma solitude en exile. Tous ceux-ci contribuent généralement à étouffer ma solitude d’exilé.
Moussa Bella Barry
Commentaires
L ' exile , volontaire ( comme pour la plupart d' entre nous ) ou force ( Samory , Alpha YAYA ...Napoleon et autres ) est le PIRE DES MAUX !
En guerrira-t-on ? Ces " galledji , suntuudje , dimborkoy , gatoy..." seront- ILS encore la a notre RETOUR ( si Allah jaami ) ? Ne seront-t-ILS plus qu' un lointain souvenir ? Puisse DIEU les preserver ! Amina !
Permettez , Mr Barry que je Vous dise , après une vingtaine d ' annees , je me suis retrouve dans mon village de LABE en famille . Une après midi , je demandais le silence a tout le monde dans la cour . Ma chere mere demanda POURQUOI ?
" N' entendez Vous pas les oiseaux " ! Et tout le monde Parti dans un éclat de rires et ma mere de soupconner que " haray , o wemboyike ton " !
Souvenirs du FOUTAH , qu ' en reste -t - il , labas au FOUTAH ?
Vivement chez nous ! Home sweet Home !








