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Après le blocage, l’échec ?

L'oeil de GuineeActu  Lundi, 16 Janvier 2012 14:25

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Après une année de tergiversation, le pouvoir d’Alpha Condé a décidé de suspendre pour deux semaines, les opérations de la Commission électorale nationale indépendante pour aller au dialogue avec l’opposition. A l’issue de nombreuses tractations souterraines, de rencontres informelles et publiques entre le Président Alpha Condé et ses opposants, les négociations officielles ont débuté le mardi 27 décembre 2011.

Après une ouverture expéditive des assises par Monseigneur Albert Gomez et Alassane Condé, le dialogue a d’abord été bloqué par la volonté du pouvoir de « noyer le poisson » en transformant ses anciens alliés, Kassory, Jean-Marie Doré, Mamadi Diawara et certains de ses nouveaux alliés (Boubacar Barry et compagnie) en une force politique du milieu. Pour orchestrer la manœuvre d’encerclement et de noyautage de l’opposition, le pouvoir s’est « aménagé » les services de Monseigneur Albert Gomez.

Feignant d’oublier le cadre du dialogue politique que sont la restructuration de la CENI et l’audit du fichier électoral, Mgr Gomez, après avoir réuni 17 acteurs, fait voter une soixantaine de « militants et miliciens » du pouvoir, invités de dernière minute. Au second jour du dialogue national (le 27 décembre), il annonce la suspension des négociations pour régler des « problèmes de procédure ». Au troisième jour, le prélat lit un arrêté ministériel qui fait du Secrétaire général du ministère de l’Admiration du territoire et son directeur des affaires politiques et juridiques des nouveaux membres du comité de médiation. Et puis, il demande d’ouvrir la discussion sur la représentation des trois groupes politiques (l’opposition, le pouvoir et le centre). Après la certitude de cette forfaiture, l’opposition décide de quitter la salle avec à la clé, l’échec du dialogue politique guinéen.

Pour donner une explication plausible à l’échec (l’auteur n’est ni un opposant, ni un membre de la mouvance présidentielle, ni un « faux » neutre), je vais émettre une hypothèse. L’échec du dialogue politique guinéen s’expliquerait par le poids électoral du RPG. En effet, ce parti, qui est celui du Président de la République, pèse au maximum 25% de l’électorat guinéen et perd, de façon continue, des plumes en Haute Guinée, son bastion traditionnel, avec l’offensive de Lansana Kouyaté, le président du PEDN.

Il me semble que l’arrêt des activités de la CENI et l’ouverture des négociations ne garantissaient pas la bonne foi du pouvoir et n’exprimaient pas sa volonté de faire des concessions. A mon sens, l’ouverture des négociations était destinée à la communauté internationale afin d’accréditer l’idée d’ouverture du pouvoir guinéen pour mieux refuser les concessions sur la CENI.

Après une année à la tête de l’Etat guinéen, le président du RPG et de la République sait qu’il n’a aucun bilan à présenter aux électeurs pour gagner les législatives sans fraude. Pourtant, il souhaite ardemment les gagner pour au moins deux raisons :

1) Il considère que son échec aux élections législatives (avoir autour de 25% des voix) serait de nature à discréditer sa victoire à la présidentielle de 2010. Un score égal ou inférieur à celui du 1er tour de juin 2010 pour le RPG lors des élections législatives serait une confirmation du hold-up électoral lors du second tour.

2) La Constitution guinéenne est écrite de sorte que l’absence d’une majorité du Président en exercice l’obligerait à une certaine cohabitation avec son opposition, ce qui est contraire à la culture « démocratique » d’Alpha Condé. La vision totalitaire du pouvoir exclut toute idée de cohabitation.

En fait, l’équation des élections législatives pour Alpha Condé et le RPG est simple : « être minoritaire dans l’électorat guinéen et gagner les élections législatives ». Pour dominer cette équation, depuis une année Alpha Condé et ses stratèges réfléchissent. En voici les différents scénarios utilisés.

Dans un premier temps, juste après l’arrivée au pouvoir, son équipe était confiante. Ils se disaient de ne pas se précipiter pour aller aux élections. Il s’agit d’avoir quelques résultats dans les services sociaux de base (eau et électricité) pour transformer les législatives en plébiscite. Ils comptaient alors sur la communauté internationale qui allait, pour donner une prime à la démocratie, déverser des milliards en aide au développement, en allègement de la dette extérieure et en investissements directs dans les mégaprojets miniers.

Malheureusement, l’unique professeur de la Sorbonne en Guinée, grisé par sa victoire, entre en Seine au bord de l’Atlantique, juste pour retrouver ses discours « trotskistes » des années 60. Pour honorer son pacte avec ses extrémistes, il a fait de la discrimination ethnique le moteur de sa gestion. L’Occident, se souvenant du génocide rwandais, a pris peur et a retenu son argent. Une année plus tard, son bilan est inférieur à la première unité du chiffre arabe.

Retrouvant son réflexe de vieux politicien, il échafaude une seconde stratégie : mettre en place un Parti-Etat qui gagnera les élections par le contrôle de l’Etat.

Pour mettre en œuvre cette nouvelle stratégie, il demande et obtient des « partis-individus » de son alliance « ethnique » l’absorption dans un nouveau RPG, dénommé « RPG-Arc-en-ciel ». Pour avoir une coloration nationale du nouveau « parti-ethnique », on fait appel aux cadres de l’administration publique débarqués de leur poste par les décrets du « remplacement national de tous par une ethnie ». En effet, pour récupérer certains cadres, on les débarque de leur poste et on leur demande de militer dans le nouveau parti pour bénéficier d’une nouvelle nomination. C’est la politique « du garant-gagnant. » Après plusieurs réunions, conciliations et tractations, le projet d’un grand parti national a accouché d’une souris. Les leaders qui pèsent ont refusé, les cadres débarqués vaquent à leurs occupations et le « RPG-Arc-en-ciel » ressemble à lui-même : des militants sans cadres et des cadres sans compétences.

La dernière stratégie trouvée est la plus simple : avoir une CENI aux ordres et obtenir de l’opposition le boycott des législatives. Pour atteindre ce double objectif, le pouvoir d’Alpha Condé mise sur trois manœuvres. La première consiste à lancer officiellement le dialogue national et à s’assurer qu’il traîne en longueur. D’où la nomination d’un intendant et l’obstruction à la restructuration de la CENI, la demande principale de l’opposition.

Mais pour rendre probable la non-participation de l’opposition, le pouvoir a besoin de leaders en provenance d’autres ethnies, peulhs en particuliers, qui iront aux élections législatives. C’est dans ce cadre qu’il a été demandé à un certain Ousmane Kaba de sonder la disponibilité de Mamadou Ditinn Diallo, Baadiko Bah, Boubacar Barry, à aller aux législatives sans l’UFDG. Pour optimiser le bassin de candidats peulhs, des « dissidents » sont créés à coup de francs guinéens et d’autres sont encouragés à créer des partis de substitution pour pallier les insuffisances des partis cadavériques comme l’UPR. C’est la seconde stratégie.

Pour compléter cette seconde stratégie, le pouvoir utilise le parti « Guinée Pour Tous » de Kassory Fofana pour effrayer et déstabiliser l’UFR de Sidya Touré. A chacun, on offre la primature et même la possibilité de conduire la liste RPG-Arc-en-ciel. On attise en passant l’animosité entre les deux rivaux du gouvernement Conté de 1996. Et puis, on fait valoir à Sidya Touré la possibilité de récupérer des voix « peulhs » en cas d’absence de l’UFDG dans la course vers l’hémicycle. Les stratèges du RPG, fidèles à la logique de la « contradiction principale et la contradiction secondaire », chère à Karl Marx, entendent utiliser le GPT de Kassory pour détruire l’UFR de Sidya dès le retrait de l’UFDG.

Enfin, le RPG, doutant de sa popularité, aurait demandé à certains partisans du second tour de prendre de la distance avec lui pour essayer de « capter » les voix de leur communauté. C’est le cas de Jean-Marie Doré de l’UPG, de Jean-Marc Telliano, après la fusion-absorption de Papa Koly Kourouma. GPT et consorts, à vos calculettes ! La mesure vous concerne aussi.

Pourtant, d’autres objectifs sont poursuivis à travers ces négociations politiques actuelles. Le premier est de satisfaire une demande pressante de la communauté internationale, même si le Président clame sur tous les toits qu’il ne veut pas entendre parler de celle-ci. C’est pourtant dans ce cadre qu’il faut situer, en partie, l’arrivée d’Abdou Diouf qui doit, au nom de l’Internationale Socialiste dont il est membre avec Alpha Condé, permettre d’accréditer les concessions du pouvoir guinéen. Abdou Diouf devrait profiter de son séjour guinéen pour proposer les services techniques de l’OIF pour aider à l’organisation des élections législatives. Si l’opposition accepte, le pouvoir ne courra aucun risque pour sacrifier la CENI actuelle. Il aura la certitude de s’attacher les services des professionnels de la fraude au sein de la CENI. La présidentielle de 2010 est encore fraîche dans les mémoires.

Avec l’arrivée de Diouf, il atteint un second objectif : empêcher l’arrivée des Nations-Unies, de la CEDEAO et des autres acteurs internationaux avec notamment le retour du groupe de contact international sur la Guinée. Le président Alpha Condé apprécie à sa juste valeur l’aide de Bernard Kouchner pour son accession au pouvoir et sait que le retour des Occidentaux dans les affaires politiques signifierait une réduction drastique de sa marge de manœuvre politique.

Le troisième objectif poursuivi par ces négociations politiques est d’occuper la classe politique guinéenne en attendant que le pouvoir soit prêt à aller aux élections avec des chances raisonnables de gagner. Qui est fou ?


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