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Alpha et le Fouta : des passes d’armes de marbre ?

Thierno Fodé Sow  Mercredi, 12 Octobre 2011 20:06

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SOW_Thierno_Fod_3_01Pour les uns, un mauvais vent venu du Fouta souffle sur Sékhoutouréya pour gripper la machine du changement dont le géniteur déjà agacé en contemplant depuis peu l’actualité guinéenne, est soupçonné par des adversaires politiques d’entretenir des rapports plutôt troubles et tendus. Pour les autres, l’heure est venue de se libérer du ventre mou, de sortir du mutisme, pour interpeller le pouvoir sur un certain nombre de choses du reste assimilables à des préalables à toute réconciliation nationale.

Le gaz détonnant ‒ qui couvait jusque-là entre les sages du Fouta alors entre méfiance et fatalisme, et Alpha Condé à qui ils imputent toutes les divisions du tissu social ‒ est aujourd’hui remis au goût du jour avec l’audience accordée aux sages du Fouta. Une audience qui s’est vite muée en choc de passes d’armes qui, il est vrai, cristallisent davantage des positions presque tranchées. Tout de même, rappellent les sages du Fouta, « Pour éviter que cette démarche de réconciliation ne soit qu’une simple vue de l’esprit et qu’elle ne se limite à une manipulation politicienne, il nous est apparu l’impérieuse nécessité d’engager une réflexion pour en définir les préalables, les modalités d’application et les objectifs recherchés. » C’est ainsi que les hôtes d’Alpha Condé ont dénoncé et cela pas du tout dans la dentelle reconnue par ailleurs à cette communauté, ce qu’ils ont appelé "la marginalisation des cadres peuls dans les emplois publics, para publics ainsi que dans les forces de défense et de sécurité, l’indexation des commerçants peuls dans la hausse des prix sur le marché et aussi l’indifférence des autorités locales face à la destruction du patrimoine bovin des Peuls à Beyla et Lola". Dans la même logique, il demande de fait à ce que le président de la République engage des actions concrètes et urgentes pour corriger les effets négatifs des points ci-évoqués.

Une sortie ‘’sectariste’’, faite d’exclusion, crient en somme, certains proches du pouvoir ou supposés comme tels. Une simple réponse du berger à la bergère, répliquent sans cesse des analystes évoquant d’ailleurs l’autre démarche inélégante de la coordination mandingue. Une coordination on se rappelle, reçue par Jean-Marie Doré, alors Premier ministre. Celle-ci exigeait en effet la satisfaction de toutes les requêtes formulées par Alpha Condé pendant l’entre-deux-tours, « sinon, nous retirons notre candidat », menaçaient les vieux pères. Vu aujourd’hui la nouvelle configuration des rapports entre lui et l’autre quatrième ‘’roue de la voiture’’ Guinée, Alpha Condé, bien que paraissant plus zen, risque pour autant de lancer comme Phèdre avec Racine « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ». Mais, vraisemblablement, imbu d’un certain dédain, il ne saurait plier et il le fait d’ailleurs savoir à ses hôtes. Sans ménagement : « C’est la Guinée qui compte et non des cadres qui passent leur temps à critiquer afin d’obtenir une promotion. (…) Avec moi, ils n’auront jamais de poste. (…) Je n’ai pas eu peur du président Sékou Touré, personne ne peut donc m’intimider encore moins m’impressionner. Si je pose des actes injustes, ma porte vous est largement ouverte. Mais cette fois-ci, vous n’avez pas raison. (…) la réconciliation entre les leaders politiques, laissez tomber ça. Occupez-vous de la réconciliation de tout le peuple de Guinée. » Les sages du Fouta à qui des esprits malins reprochent dores et déjà d’avoir délibérément occulté les autres mouvements qui se sont soldés parfois par morts d’hommes (Galakpaye, à Saoro, notamment), pouvaient-ils s’attendre mieux de la part d’Alpha Condé ? A priori, non !

Pourtant, le 25 août 2011, s’est tenue à Labé une rencontre entre les sages de la Haute Guinée conduits par El hadj Ahmadou Cherif, grand calife de Kankan, et les sages du Fouta, en présence des sages de la Guinée Forestière et des sages de la Basse Guinée conduits par le grand imam de la Mosquée Fayçal, El hadj Mamadou Saliou Camara. Et chacun désormais habité par une lassitude qui ne dit pas son nom, avait parié sur la réussite de la démarche, visant à jeter les bases mêmes d’une réconciliation nationale des plus réussies. Une démarche aujourd’hui vite galvaudée, tronquée. Avec en filigrane, de nombreux amalgames. C’est ce qui justifie en partie les ubuesques passes d’armes que les Guinéens vivent, excédés, les yeux hagards, sur les antennes des médias d’Etat. Pour ainsi aplanir les différends, « qui ont contribué et qui contribuent encore à l’exacerbation des tensions », les barbes blanches surmontées de leurs mythiques bonnet ‘’puuto’’ auront voulu bien faire sensation.

Reste que le fragile fil du dialogue ‒ que sages, ‘’gnaarii’’ ou faiseurs de rois, gouvernement, leaders politiques, société civile et les restes des survivances des institutions républicaines font semblant de sauver ‒ menace de s’interrompre, complaisamment, exposant du coup le pays à des affrontements sans précédent. Les hôtes de Condé ne s’avouent tout de même pas vaincus, assurés comme Abraham Lincoln (1809-1865), 16e président américain que « (…) Sans l’opinion publique, rien ne peut réussir. » Quant à Alpha Condé, déjà probablement sur un autre registre, lui pense certainement comme Paul Valéry (1871-1945), poète et auteur français que : «La politique (…) sert à empêcher les gens de prendre part à ce qui les concernent directement. » Les passes d’armes ne font donc que commencer. Elles promettent de rester de marbre. Du moins, au vu de ces dernières joutes discursives. Ce qui est sûr, le duel engagé entre Alpha et le Fouta ne fera qu’affaiblir, voire détruire des rapports déjà malades et … en phase terminale.


Thierno Fodé Sow


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