Comprendre l’immigration clandestine

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DIALLO_Ousmane_2_01Aux sources de toute forme d’immigration, il y a la recherche du mieux-être. Les principales causes de l’immigration clandestine peuvent être politiques, économiques ou socioculturelles. Pourtant, durant les dernières décennies, l’immigration clandestine a pris des dimensions aussi inquiétantes que spectaculaires à travers le monde. Des millions d’Africains (Guinéens, Sénégalais, Maliens, Mauritaniens, etc.) risquent leur vie pour gagner l’Occident. Les données compilées par le collectif The Migrants Files sont alarmantes : depuis 2000, plus de 22000 migrants ont trouvé la mort en essayant de traverser la Méditerranée. Nonobstant cette réalité, aux yeux des candidats aux déplacements clandestins, l’Occident demeure un eldorado qu’il faudrait à tout prix gagner. Quant aux pays occidentaux, ils ont adopté, et continuent de renforcer, des mesures de plus en plus restrictives relatives à l’immigration.

En effet, « la crise économique a conduit les gouvernants européens à tenter de limiter les flux d’immigration et à favoriser la participation des populations déjà installées » (page 127, L’Europe des immigrés, Dominique Shnapper, 1992). Saturés d’étrangers dont la majorité est sans papiers, les Européens ne cessent de durcir leur politique d’immigration. Parmi les causes politiques, nous avons aussi l’instabilité politique et les conflits identitaires inhérents aux pouvoirs dictatoriaux dans les pays de départ des immigrants clandestins. Dans la majorité des pays de départ, l’enracinement de l’État de droit tarde à se concrétiser. Comme le rappelle A. Adepoju : « De 1969 à 1990, elle a connu 17 des 43 guerres civiles dénombrées dans le monde, … Angola, Libéria, Mozambique Rwanda, Sierra Leone, Soudan, Somalie » (page 436, Les migrations internationales en Afrique subsaharienne, problèmes et tendances récentes, dans Revue internationale des sciences sociales, no 165, sept 2000).

Ensuite, nous avons les causes économiques de l’immigration clandestine qui, tout comme les causes politiques, sont des facteurs déterminants. L’extrême pauvreté catalysée par un chômage extraordinaire fait de l’Afrique un gigantesque réservoir de candidats potentiels à l’immigration clandestine. Ici, force est de noter qu’avec la mondialisation économique, le sud est pratiquement réduit en simple fournisseur de matières premières et en consommateur. Ce qui, au lieu d’amenuiser l’écart entre riches et pauvres, l’accentue certainement.

Enfin, nous avons les causes socioculturelles des migrations clandestines de l’Afrique vers l’Occident. Ici, les médias jouent un rôle central dans la mesure où ils permettent aux Occidentaux d’idéaliser leur culture. Avec l’essor des nouvelles technologies de l’information tels que la télévision, l’internet, les cellulaires, le monde est comparable à un «petit village» où toutes les grands évènements culturels peuvent être suivis par tous au même moment. La facilité d’acquérir et de diffuser l’information via Internet a clairement contribué à la multiplication des réseaux d’immigration clandestine. Par exemple, si dans les années 80, seuls les intellectuels africains savaient qu’il est aisément possible d’accéder à l’Espagne en passant par le Détroit de Gibraltar, de nos jours, cette information est à la portée de tous.

« Excellences, messieurs, membres et dirigeants de l’Europe ; …si nous avons risqué notre vie, c’est parce que nous souffrons trop en Afrique et que nous avons besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et la guerre » (cité par Aderanti Adepoju, Revue internationale de sciences sociales, no 165, septembre 2000). Ce passage, extrait de la lettre écrite par deux Guinéens qui ont été retrouvés morts dans le train d’atterrissage d’un avion belge débarquant à Bruxelles résume bien les principales causes de l’immigration clandestine.


Ousmane Diallo
Ottawa, Canada


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