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Afrique : pourquoi l’alternance démocratique a-t-elle du mal à se concrétiser ?
Noël Kodia Lundi, 15 Décembre 2014 19:21
En voulant modifier la constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir, le président Blaise Compaoré s’est confronté à un soulèvement populaire qui l’a contraint à quitter le pouvoir. Si le Burkina Faso est sur la bonne voie, d’autres pays africains, malheureusement, n’ont pas encore pu goûter aux bienfaits de l’alternance démocratique. Pourquoi celle-ci a-t-elle du mal à prendre racine en Afrique ?
Deux causes essentielles pourraient se dégager quand on étudie l’histoire sociopolitique du continent qui n’est pas la même avant et après la colonisation.
Le découpage à l’équerre du continent consécutif à la Conférence de Berlin de 1885 a donné naissance à des Etats interethniques où cohabitent majorités et minorités n’ayant pas le même fondement social et sociétal. Ce découpage est source de division ethnique et raciale. On voit par exemple comment les Kongos en Afrique centrale, formant l’entité de l’ancien royaume kongo avec une organisation policée, se retrouvent éparpillés dans trois États limitrophes (Congo, RD Congo et Angola) pour cohabiter avec d’autres peuples et d’autres races. Ce découpage devient source de tension et de conflits à cause des nouvelles frontières aléatoires, ce qui rend l’acceptation de l’autre plus difficile. Un même peuple pouvant se retrouver à cheval sur des frontières héritées de la Conférence de Berlin. Dans ces nouveaux États créés artificiellement, les autochtones n’acceptent pas d’être commandés par les « nouveaux arrivés » qu’ils considèrent comme des étrangers et vice-versa.
Quand on y a imposé la démocratie pluraliste, s’est réveillée la conscience tribale et ethnique souvent « soutenue » par la complicité des Occidentaux. Ceux-ci pratiquent la politique de « diviser pour régner » en complicité avec les dictateurs qui veulent se pérenniser au pouvoir tout en sauvegardant les intérêts économiques et géostratégiques des Occidentaux. Aujourd’hui, force est de constater par exemple, que les peuples du sud du Mali comme les Bambaras, les Malinkés et autres n’arrivent pas à s’entendre avec les Touaregs du nord qui luttent pour la libération de l’Azawad. Pour des raisons géostratégiques, l’Occident est obligé de faire respecter les frontières définies par la Conférence de Berlin pour garder la mainmise sur les richesses des ex-colonies. Malgré la démocratie pluraliste qu’ils veulent imposer aux Africains, les Occidentaux soutiennent les dictateurs africains quand ceux-ci préservent leurs intérêts. Ils ont, à cette occasion, le privilège d’avoir accès aux matières premières et à l’énergie ; à cela s’ajoutent les contrats militaires mirobolants et certains avantages dans les commandes et les marchés publics. On l’a constaté au Tchad et au Mali où le président Hollande est intervenu militairement pour protéger les mines d’uranium au Niger, frontalières du Mali. Cette situation encourage les dictateurs à ignorer l’alternance démocratique puisqu’ils sont protégés par la bénédiction des Occidentaux. Certains dictateurs du golfe de Guinée se pérennisent au pouvoir en tripatouillant les élections et en voulant modifier leur constitution sans être inquiétés par les Occidentaux qui exploitent outrancièrement leur pétrole. Mais, à ces causes exogènes qui expliquent les difficultés de concrétiser l’alternance politique en Afrique, peuvent s’ajouter celles qui prennent naissance au sein même de la structure sociale du continent.
Ainsi, l’Afrique souffre d’un manque de culture et de maturité politiques. Car une fois au pouvoir dans des conditions souvent peu démocratiques, le dirigeant africain se montre possessif en pratiquant souvent le tribalisme et le népotisme pour se pérenniser au pouvoir. L’armée et l’appareil de l’Etat sont au service de la classe politique dirigeante pour s’enrichir et se maintenir à vie au pouvoir. En outre, on constate la défaillance des partis politiques en Afrique qui n’arrivent pas à inculquer à leurs membres le respect des valeurs démocratiques. Et malgré la démocratie pluripartite, les ethnies minoritaires, quand elles accèdent au pouvoir (souvent par force), bafouent les valeurs démocratiques pour éviter l’alternance comme on le constate au Rwanda où la majorité hutu est écrasée par la minorité tutsi.
Les partis politiques et les élections se fondent majoritairement sur l’ethnicité. On remarque aussi au niveau des partis politiques le non-respect des valeurs démocratiques. Souvent il y a dysfonctionnement des institutions qui organisent le jeu politique pour saboter l’alternance. On pratique la corruption des électeurs et des commissions électorales ainsi que l’appareil judiciaire pour gagner les élections. On tente de modifier la constitution pour se pérenniser au pouvoir comme l’a voulu faire le président Compaoré. Mais comment faire pour que l’alternance politique n’ait plus de difficultés à se concrétiser sur le continent ?
Il faut restreindre les pouvoirs des présidents qui apparaissent comme des monarques et qui se croient inamovibles car pratiquant le tribalisme, le népotisme, la corruption et la concussion pour se maintenir au pouvoir. Le pouvoir ne devrait pas paraître héréditaire comme l’ont montré le Gabon, le Togo et la RD Congo : Ali Bongo, Faure Gnassigbé et Joseph Kabila ont remplacé leur père sans le consentement de leur peuple. Et ces situations politiques qui empêchent l’alternance sont en général provoquées par la faiblesse des institutions politiques : régime présidentiel, constitutions fragiles, assemblée pratiquement monolithique sans contrepoids solides.
Les impératifs de la démocratie pluraliste exigent une culture de l’alternance politique qui devrait se fonder sur l’indépendance de la justice, la liberté, l’égalité devant la loi, la règle de la majorité et la consultation du peuple par voie électorale comme dans les démocraties occidentales. A la nouvelle génération africaine de provoquer le changement de mentalités. Aux politiques qui ne veulent pas de l’alternance au pouvoir de savoir que la jeunesse africaine est en train d’émerger comme un sérieux contrepoids pour se dresser contre leurs caprices. La jeunesse burkinabé l’a démontré.
Noël Kodia,
Analyste pour Libre Afrique
Article publié en collaboration avec Libre Afrique
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Commentaires
merci AOT Diallo. Ces negres au lieu de travailler passent tout leur temps a pleurnicher et mettent tous leurs problemes sur les colons. ils y voyent tous les maux de l'afrique alors que les pires ennemis ont ete les africains eux meme.
Vraiment tres bien dit... !
L'essentiel pour l'Africain noir c'est arrive au pouvoir et tant pis de quelles manieres ou des consequences!!!!!
Plus l'armée guinéenne composée de criminels et de va-nu-pieds est tenue à l'écart du pouvoir mieux c'est. Avec les forces de sécurité en général (police et gendarmerie), elle n'a qu'à laisser le peuple décider pour lui-même ce qu'il veut. Nous lui en serons reconnaissant, mais il ne faut pas rêver.
Mr. Barry, encore une fois, je ne m’adressais pas particulièrement à l’armée guinéenne, mais plutôt aux armées africaines en général. Par contre, je suis d’accord avec vous, la Guinée, comme tout autre pays Africain, n’a point besoin d’un régime militaire ou militaro-civil. Mais je suis certain que la société civile à elle seule ne pourrait mettre fin à un régime dictatorial, sans l’appui de l’armée républicaine.
Mais puisqu’un régime dictatorial est un danger pour une république, il est du devoir d’une armée républicaine d’assumer sa responsabilité pour sauver une république des mains d’une dictature.
Plus l'armée guinéenne composée de criminels et de va-nu-pieds est tenue à l'écart du pouvoir mieux c'est. Avec les forces de sécurité en général (police et gendarmerie), elle n'a qu'à laisser le peuple décider pour lui-même ce qu'il veut. Nous lui en serons reconnaissant, mais il ne faut pas rêver.
Faut pas rêver non plus, l'armée défend surtout des intérêts catégoriels et n'a rien à faire au pouvoir. On n'intègre pas l'armée pour accéder au pouvoir, mais pour défendre son pays, point barre.
Ici, je ne parlais pas de la participation de l’armée à la gouvernance d’une république ! Certes, le rôle d’une armée républicaine est la défense de l’intégrité territoriale; donc la défense des citoyens. Mais puisqu’un régime dictatorial est un danger pour une république, il est du devoir d’une armée républicaine d’assumer sa responsabilité pour sauver une république des mains d’une dictature. La démocratisation de l’Afrique se ferrait inéluctablement avec l’apport de sa jeunesse républicaine, civile et militaire.
Ne faut pas oublier le rôle de l’armée dans l’alternance démocratique en Afrique. La jeune génération d’intellectuels au sein des armées est à féliciter et encourager pour leur rôle républicain à travers le continent. Sans eux, ils n’y auraient jamais d’alternance ! De l’Egypte...
Le cas de L'Egypte est certes un mauvais exemple. Le regime du dictateur Moubarak est revenu sans Moubarak par la benediction de l'armée.
Ne faut pas oublier le rôle de l’armée dans l’alternance démocratique en Afrique. La jeune génération d’intellectuels au sein des armées est à féliciter et encourager pour leur rôle républicain à travers le continent.
Faut pas rêver non plus, l'armée défend surtout des intérêts catégoriels et n'a rien à faire au pouvoir. On n'intègre pas l'armée pour accéder au pouvoir, mais pour défendre son pays, point barre.
Dans ce cas, il n'y a pas ni "autochtone" ni "nouveaux arrivés". Il y a peuples auxquels il a été imposés de vivre ensemble, alors qu'ils ne l'ont pas choisi. Justement dans l'ideologie diabolique de Alpha et sa bande, il font des exclus en créant des "nés en Guinee, mais non guineens". JMD a une fois dit que ce qui est convenu d'appeller aujourd'hui Guinee n'a pas toujours existé, ou alors seuls les basse cotiers l'ont été avant en se referent au nom du golf de guinee. La haute guinee a appartenu au soudan francais et la foret au liberia.
Alors, suite au "découpage à l’équerre du continent", comment parmi ceux qui se sont retrouvés ensemble dans le meme espace geaographique, sans le chosir, les uns peuvent appeller les autres des étrangers!! Si Alassane Condé et Facinet étaient au gnouf pour leurs propos anti-republicains, le vivre ensemble serait plus sure.
Au dela meme des questions d'alternance, la question qui se pose est de savoir si en Afrique le model occidental ( copié-collé)est ce qu'il nous faut.
- Kabila, Faure et Ali Bongo n'ont pas connu la colonisation mais sont des dictateurs bon teint.
- les africains anglophones ont été colonisés et découpés en pays comme nous et pourtant les pouvoirs institutionnels, surtout la justice sont indépendants.
- l'Asie a été colonisée et a connu des dictateurs mais ceux-ci ont tous avant tout bloqué leur opposition (opposées) pour développer leurs pays (Singapour, Malaisie, Corée du Sud...)
- la majorite des présidents actuels n'ont pas connu la colonisation et pourtant certains qui l'ont connu comme Ouattara ne sont pas des dictateurs.
- la jeunesse actuelle s'en fout totalement de la colonisation - quand elle en a marre elle sort dans la rue et les démagos politiques sortent en se cachant derrière elle.
- Aucun de nos pays actuels ne sont viables, même si les frontières avant la colonisation étaient restées - sans ensemble économique avec des marchés de centaines de millions de consommateurs nous serons bouffés et écrasés comme des moustiques.
- Nos problemes sont dus a l'absence de résistance réelle et l’impunité due a la peur et la lâcheté de nos élites.
Tant que nous raisonneront comme dans cette analyse nous ne feront rien, comme actuellement d'ailleurs - mais Dieu merci les jeunes ne réfléchissent plus comme cela....
"Le découpage à l’équerre du continent consécutif à la Conférence de Berlin de 1885 a donné naissance à des Etats interethniques où cohabitent majorités et minorités n’ayant pas le même fondement social et sociétal. Ce découpage est source de division ethnique et raciale."
Malheureusement, on ne peut plus retourner en arriere et nous sommes condamner a vivre avec les consequences de la conference de Berlin qui divisa l'Afrique sans tenir compte des realites historiques des populations locales qui y vivent sur le terrain. Sa me rappel le partage des moutons et le destin que leur reserve les bouchers et clients a l'approche de la Fete de Tabaski.
Ceci étant, il me semble que les découpages (territorial et ethnique), dont le continent africain a fait l'objet, ne suffisent pas pour expliquer pourquoi l’alternance démocratique a du mal à s'y concrétiser.
Les pays asiatiques, tout comme les pays africains, ont connu la colonisation. Comparez les deux continents aujourd'hui et vous verrez que le grand problème de l'Afrique repose sur la médiocrité de ses dirigeants politiques africains qui sont supposés montrer l'exemple en matière de gouvernance politique. Le bon exemple.








