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Jonas Mukamba rattrapé par sa gestion : où sont passés les cinq milliards GNF du Comité d’audits ?

Talibé Barry  Jeudi, 29 Mai 2014 22:57

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BARRY_Talibe_01Serait-il temps d’auditer l’ex-auditeur en chef de la République de Guinée ? La question ne devrait certainement pas se poser au regard des informations accablantes qui soupirent sur la gestion de Jonas Mukamba Diallo, l’ex président du Comité national d’audits.

En effet, de sources généralement bien informées, proches du ministère de l’Economie et des Finances, l’actuel directeur général du Patrimoine bâti public serait parti du Comité d’audits en y laissant un trou financier de cinq milliards de francs guinéens. Vous avez bien lu 5.000.000.000 GNF ! Le défaut de la cuirasse aurait été découvert au terme de l’exercice budgétaire de 2012. Le ministère de l’Economie et des Finances en aurait eu le souffle coupé. Jonas Mukamba Diallo aurait décaissé cette manne financière sous la rubrique « Assistance technique-expertise-audits » de sa structure. En tant que service rattaché à la présidence de la République, le Comité d’audits ne relève pas du budget de souveraineté du palais Sékoutouréya. Ce comité doit donc rendre compte de la gestion des fonds mis à sa disposition.

Seulement voilà, à la fin de l’exercice budgétaire de 2012, l’homme et son équipe n’auraient pas été capables d’en justifier l’utilisation. Faut-il d’ailleurs parler d’équipe sous le magistère de Jonas Mukamba Diallo au Comité d’audits ? Assurément non, à en croire un interlocuteur qui a requis l’anonymat. Puisque, dit-il, « Jonas avait renvoyé les bons cadres du service pour s’entourer de personnes peu compétentes et totalement acquises à ses agissements ». Conséquence, en près trois ans de gestion du Comité d’audits, « lui et son équipe ont été incapables de produire le moindre rapport exploitable », assène le contempteur de la gestion de l’ex-président du Comité d’audits.

Et à défaut de mener la vie dure aux bandits à col blanc et autres prédateurs des deniers publics du pays, M. Diallo n’aurait pas fait dans la dentelle. A part le trou de cinq milliards de francs guinéens, l’ardoise de l’ex-président du Comité d’audits porterait aussi des interstices qui se chiffreraient à plusieurs centaines de millions au compte des dépenses de la même année 2012. Il s’agit de montants successifs de 159.719.000 GNF, 199.649.000 et 279.509.000 GNF. Des dépenses que le sieur Jonas aurait également échoué à justifier auprès du ministère de l’Economie et des Finances.

Devant ce mur d’opacité, le ministère de l’Economie et des Finances décide alors de lui serrer la vis, avant de lui couper les vivres. Selon nos sources, l’institution de M. Jonas aurait été sevrée de tout fonds l’année suivante. 2013 aurait donc été une période de disette totale puisque « aucun franc n’a été débloqué pour le Comité d’audits. Il a été sommé de justifier les différents montants qu’il a sortis en 2012. » nous confie notre source sous le sceau de l’anonymat.

Et tout porte à croire que le président d’alors du Comité de d’audits n’a pu piper mot de sa gestion de ces deniers publics jusqu’à sa nomination comme directeur général du Patrimoine bâti public.

Aujourd’hui, il y a forcément lieu de se demander comment M. Jonas a pu échapper à la plus petite des sanctions : son limogeage. Au contraire, l’homme est plutôt retombé comme un chat sur ses pattes, en se faisant nommer au poste de directeur général du Patrimoine bâti public. Qui, faut-il, le souligner, à l’instar du Comité d’audits, est un service rattaché à la présidence de la République.

Certains connaisseurs de l’homme et de son histoire jurent que c’est à son feu père que Jonas Mukamba Diallo doit sa résilience aux scandales qu’il traînerait comme un boulet. En effet, le défunt Sékou Prince Diallo a été l’un des barons du RPG, le parti de l’actuel président de la République. Selon certaines mauvaises langues, Alpha Condé aurait certainement éprouvé de la pitié pour M. Jonas dont le père est décédé à la fin de l’année 2013. Le président de la République se serait-il abstenu d’en rajouter au choc du fils qui venait de perdre son père de compagnon de lutte du Pr Alpha Condé ? Durant combien de temps le chef de l’Etat continuera-t-il à couvrir voire couver l’enfant terrible de feu Sékou Prince Diallo? Enfin, subséquemment, combien de temps faudra-t-il attendre pour voir M. Jonas rendre compte de sa gestion antérieure ? Notamment devant une équipe d’audit. L’histoire d’un ex-auditeur audité. En quelque sorte…

Affaire à suivre!


Talibé Barry


Petit récit complémentaire 

« …Vous irez en prison », menace Jonas Mukamba Diallo

Vendredi 23 mai 2014. Il est 12h 01mn quand nous appelons au téléphone l’ex-président du Comité d’audits. « Bonjour monsieur ! Est-ce Monsieur Jalloh ? », lui ai-je posé la question. « Vous êtes qui monsieur ?», me rétorque-t-il. Nous nous présentons et lui expliquons que nous voudrions le rencontrer. « A quel sujet souhaiteriez-vous me voir ? », dit-il. « Je souhaiterais échanger avec vous sur des informations qui vous concernent », avons-nous indiqué. « Des informations sur ma personne ? », questionne-t-il. « Il s’agit plutôt d’informations sur votre gestion quand vous étiez président du Comité d’audits », avons-nous précisé. « Vous êtes donc en train d’enquêter sur ma gestion au Comité d’audits ? », interroge M. Jonas. « En fait, nous avons besoin de recouper des données portant sur votre gestion », avons-nous insisté. « En tant qu’homme public, si des citoyens désirent me rencontrer, je ne peux pas refuser. Mais, je n’ai pas le temps de rencontrer un journaliste qui prétend enquêter sur ma gestion parce qu’on lui a donné de l’argent », lâche l’ex-président du Comité d’audits. « Pourtant, nous voudrions avoir votre version sur des dépenses que vous n’auriez pas réussi à justifier lors de votre passage au Comité d’audits », avons-nous poursuivi. «Je n’ai pas le temps de vous rencontrer. Publiez vos informations, mais sachez que vous irez en prison. » martèle l’ex-président du Comité d’audits. « Ah bon ! », avons-nous interjeté. « Si des gens vous ont donné de l’argent pour publier des choses sur ma gestion quand j’étais au Comité d’audits, sachez que je ne cède pas au chantage. » enchaîne notre interlocuteur à l’autre bout de la ligne téléphonique. Et M. Jonas d’enfoncer le clou sur fond de leçons de professionnalisme : « Essayez de vivre dignement de votre métier. D’ailleurs, je trouve que vous n’êtes pas un journaliste professionnel. » Nous lance-t-il. « Justement, si nous avons souhaité vous rencontrer, c’est parce que nous voulons respecter la démarche professionnelle qui voudrait que l’on recoupe nos informations à la source », avons-nous expliqué à l’actuel directeur général du Patrimoine bâti public.

Mais, l’homme qui ne veut rien comprendre, revient à la charge, peut-être nuancé, mais pas pour le moins sentencieux : « Je souhaite que vous ayez raison, sinon vous irez en prison ».

A la question de savoir si nous pouvions nous contenter de cette réponse, M. Jonas glisse: « Faites comme bon vous semble ! ».

T.B


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