L’Afrique entre paradoxe et présidence à vie

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DIALLO_Amadou_Saikou_2_01Le continent africain vient de souffler la 51e bougie de l'Union africaine (OUA pour les anciens) dans un cycle de violences, de misère, de pauvreté, d'instabilité, de mauvaise gouvernance, de présidence à vie... et j'en passe !

Universellement, la démocratie est reconnue comme un idéal et un but ; elle est basée sur des valeurs communes partagées par les peuples du monde malgré leurs différences culturelles, politiques, sociales et économiques. Cette définition claire entraîne pourtant des confusions, dans la pratique et dans les analyses, puisque ce concept désigne trois faits différents que mêlent les uns pour des raisons politiques et les autres par soucis de performance scientifique :

la démocratie comme processus implique les mécanismes, les procédures et les formalités de l'organisation politique aux Ã©lections ;

la démocratie comme un Etat implique une société civile et sa gouvernance ; et

la démocratie comme un résultat découle d'un Etat ou est un produit du processus démocratique en soi.

Développer la démocratie dans le monde, est une injonction de la communauté internationale et une exigence de la bonne gouvernance. Or en Afrique, les relations complexes entretenues entre opposition et pouvoir d'une part, et d'autre part entre les différentes communautés ethniques, nécessitent un compromis gagnant-gagnant sur le pouvoir. Or, depuis l'instauration des démocraties en Afrique, de nombreuses guerres civiles à connotations politico-ethniques naissent dans le continent, mettant ainsi en panne le fonctionnement démocratique.

En Afrique, il nous faut distinguer deux Afriques, celle où la démocratie s'enracine progressivement, et l'autre, celle tenue par les dictateurs et les présidences à vie. C'est cette deuxième catégorie qui nous intéresse dans ce qui suit.

Du Maghreb à l’Afrique australe en passant par l’Afrique de l’ouest, de l’est et centrale, les constitutions subissent une chirurgie dramatique perpétuelle, comme pour mieux les adapter aux souhaits de ceux qu’elles servent. Si elles ont officiellement tué le monopartisme, elles ont en revanche institué une technique, celle de la conservation du pouvoir.

Le fait est là, et indiscutable pour l'ensemble des Etats africains : des présidents puissants, dotés d'importants pouvoirs, bien souvent au-dessus de tout contrôle et de tout contrepoids, même si quelques exemples aujourd'hui viennent nuancer cet état. La constitution, considérée dans un environnement démocratique comme moyen d'organisation et de limitation du pouvoir, ne l'est ici, en général, que de façade puisque facilement manipulable.

L’Etat de droit, corollaire de la constitution, et désormais leitmotiv dans tous les discours, mais aussi dans la plupart des textes constitutionnels, reste encore, à bien des égards, incantatoire. Analysant cet état de fait, on peut constater que malgré la proclamation solennelle d’adhésion directe ou indirecte à l’Etat de droit dans les constitutions des Etats d’Afrique, les écarts ou dérives, les perversions restent nombreuses. On assiste au regain de la violence et de la voie des armes comme procédure de changement politique (Burundi, Rwanda, Congo-Kinshasa, Côte d’Ivoire, Congo-Brazzaville, Libye, Centrafrique, …) et au recul du bien-être social. Souvent en Afrique, la vitrine extérieure ne correspond pas à la réalité interne.

Les récents évènements en Centrafrique ne doivent pas nous laisser indifférents. Les Africains ne cessent de se découvrir, et pourtant, le principe de la démocratie est simple, le pouvoir d'un dirigeant ne serait qu'un pouvoir délégué par le peuple souverain, dans ce sens, le pouvoir devrait prendre l'apparence d'un pouvoir sans domination et sans écrasement du peuple souverain. Le respect de la reconnaissance du peuple souverain est un des fondements des libertés du peuple. Le pouvoir perd ainsi son autonomie et dépend du peuple. En finalité, l'avantage de la démocratie permet une compétition démocratique et honnête, dont il sortira de l'émulation (vote) due au peuple souverain, le moins mauvais qui assurera la destinée nationale. En Afrique, ce principe élémentaire a laissé la place à la confiscation du pouvoir par le biais des armes, par la corruption des consciences et par les modifications des constitutions. Ainsi l'honneur laisse la place au déshonneur. Résultat, la crise de confiance en politique prend effet en même temps que le déficit démocratique. Comme exemples, en Guinée-Conakry, la constitution a été modifiée en 2002 dans l'intention d'autoriser feu le président Lansana Conté à se représenter, à la fin de son second et dernier mandat aux Ã©lections présidentielles. Nous l’avons vu avec le Tchad avec sa constitution modifiée en 2005 et qui a permis à Monsieur Idriss Déby de se maintenir au pouvoir depuis son coup d’État de 1990. En Tunisie, la constitution qui a été modifiée en 2002 pour permettre à l'ex président Zine Abidine Ben Ali de se représenter à l'élection présidentielle de 2004 qu’il a remportée par un suffrage avec 94,48 % de voix exprimées en sa faveur pour un quatrième mandat. Pourtant, lorsqu'il avait destitué en 1987 le premier président tunisien malade, Habib Bourguiba, 84 ans, Ben Ali avait promis de mettre fin à la présidence Ã  vie.

Dans la même foulée, le Togo a modifié sa constitution en 2003, en faveur d’Eyadema, 36 années au pouvoir jusqu’à sa mort en 2005. Au Gabon, la constitution a été modifiée en 2003, en Ouganda, modifiée en 2005. Au Cameroun, Paul Barthélémy Biya en a fait autant, la Mauritanie en 1991, ainsi qu'au Sénégal de Abdoulaye Wade. Même scénario au Burkina Faso avec un subtil jeu de levée de la limitation du nombre de mandats en 1997, puis de restauration de cette limitation en 2000. Blaise Compaoré est au pouvoir depuis son coup d’État de 1987. En 2015, aura passé 28 ans au pouvoir dont 23 en tant que président élu et se trouve actuellement en campagne pour une autre modification de la constitution, etc.

Le constitutionnalisme a perdu ses caractéristiques anciennes pour acquérir des traits nouveaux. Au lieu de remplir un rôle de limitation du pouvoir, il sert plutôt, au contraire, à justifier un système de gouvernement autocratique, pratiqué dans tout le continent. Dans un tel système, la démocratie est confisquée, toutes les atteintes sont possibles.

On a tous compris que l'alternance démocratique a cédé sa place à la présidence à vie, dont la conséquence est l'usure du pouvoir. L’usure du pouvoir se caractérise par la perte du contact avec la réalité, et se traduit le plus souvent par une perte de légitimité vis-à-vis des citoyens. Un pouvoir usé ne se rend plus compte de son bilan catastrophique, généralement, il se fonde sur des jugements insensés et la fuite en avant devient l'ultime bataille. Or, gouverner un pays nécessite la crédibilité et la légitimité populaire.

La longévité du pouvoir, l'articulation des différents comportements autour du pouvoir, les ambiguïtés qui existent parfois dans les discours, témoignent résolument, de la complexité des pouvoirs politiques usés et l'analyse autour de leur personnage décrit, généralement, des hommes d'état qui deviennent progressivement monarques. En Afrique ce rêve de pouvoir illimité a maintenu les anciens rapports sociaux du monopartisme, entrainant, ainsi, à l'illusion d'un pouvoir politique héréditaire et l'illusion de nation démocratique. Il se passe, donc, en Afrique, un conflit entre « l'ordre ancien », qui puisait ses excuses dans les sociétés traditionnelles africaines, où le pouvoir est absolu, non partagé et non critiqué, et « le nouvel ordre » qui est l'aventure dans le temps et l'espace et les libertés fondamentales en utilisant les moyens modernes que nous offrent les nouvelles technologies. De ce conflit, naissent des rébellions qui ont pour principal objectif, de briser le monopole du pouvoir détenu, injustement, par un clan, et de mettre fin à l'usure du pouvoir. Aujourd'hui la démocratie a été acceptée dans tous les pays africains, et dans ces nouvelles luttes contre les pouvoirs usés, des chefs d'Etat ont préféré lâcher du lest, sous la pression de la rue, pour préserver leur vie et celle de leur progéniture ; c'est le cas de la Tunisie, l'Egypte, la Libye, etc... Néanmoins, il existe encore sur le continent, plusieurs foyers de pouvoirs usés, où les nouvelles luttes n'ont pas encore créé de forces centripètes et coercitives, pour permettre l'éclosion de l'alternance. Ces foyers de pouvoirs usés sont des foyers de tensions futures, allant du compromis sur l'organisation des élections aux compromis des résultats des élections. On a compris qu’un régime s'use dans le temps, pour permettre au mieux l'alternance des régimes usés, qui ont l'illusion du pouvoir à vie. Il convient de limiter les mandats présidentiels et instaurer des principes et valeurs de gouvernance démocratiques orientés vers un développement durable comme moyen de répondre aux alternances, aux usures de pouvoir et permet de faire vivre la démocratie. Tous les pays engagés dans cette voie, sont engagés sur le chemin de la paix à court terme et pendant très longtemps. Il ne reste, donc, aux Etats dirigés par les dictateurs qui se réclament pour la paix, qu’à suivre cet exemple, qui est un gage de paix et de bonne gouvernance. Ainsi, ils montreront leur volonté pour la paix et la bonne gouvernance.


Amadou Saikou Diallo

Washington DC


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Commentaires  

 
0 #4 Doya Malal 30-05-2014 14:23

Le problème de l’Afrique c’est l’ignorance dans tous les domaines: l’ignorance de soi, de l’histoire, du monde...Etc. Partout où l’ignorance existe, le culte de l’homme, la haine, l’ethnocentrisme et la superstition gagnent du terrain. C’est dans ce terreau fertile en ignorance que les despotes africains comme AC réalisent leurs rêves d'assujettissement et d'abâtardissement des peuples. Conséquence, AC qui marchait hier en s’arcboutant clopin-clopant (Seydou Badian Kouyaté ?) dans le Marché aux Puces St-Ouen de Clignancourt est aujourd’hui élevé en dieu. Il crée sa propre sous-préfecture, nomme même les plantons, jette des maires et des chefs de quartier à la porte, tue 58 enfants guinéens qui manifestaient pour une élection libre et transparente, condamne un opposant encombrant à la prison à vie avec saisi de tous ses biens, et risque de mettre deux autres leaders encombrants en prisons avant l’élection de 2015. A cause d’ignorance le peuple est terré dans un violent mutisme. Combien d’entre nous ont eu la chance de lire le poème de Martin Niemöller ?
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+2 #3 Doya Malal 30-05-2014 12:36

Le problème de l’Afrique c’est l’ignorance dans tous les domaines: l’ignorance de soi, de l’histoire, du monde...Etc. Partout où l’ignorance existe, le culte de l’homme, la haine, l’ethnocentrisme et la superstition gagnent du terrain. C’est dans ce terreau fertile en ignorance que les despotes africains comme AC réalisent leurs rêves d'assujettissement et d'abâtardissement des peuples. Conséquence, AC qui marchait hier en s’arcboutant clopin-clopant (Seydou Badian Kouyaté ?) dans le Marché aux Puces St-Ouen de Clignancourt est aujourd’hui élevé en dieu. Il crée sa propre sous-préfecture, nomme même les plantons, jette des maires et des chefs de quartier à la porte, tue 58 enfants guinéens qui manifestaient pour une élection libre et transparente, condamne un opposant encombrant à la prison à vie avec saisi de tous ses biens, et risque de mettre deux autres leaders encombrants en prisons avant l’élection de 2015. A cause de l’ignorance, le peuple est terré dans un violent mutisme. Combien d’entre nous ont eu la chance de lire le poème de Martin Niemöller ?
Quand ils se sont accaparer la ferme avicole de Barry,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas un fermier.
Quand ils ont condamné Bah Oury à perpétuité par contumace
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas politique
Quand ils ont condamné AOB, fatou badiar etc…
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas concerné
Quand ils sont venus faire tomber la maison de Cellou et de Sydia
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas propriétaire de terrain de l’état
Puis c’était mon tour de justifier comment j’ai eu mon terrain
Et il ne restait personne pour protester
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+3 #2 Féla Barry 30-05-2014 02:36

L’Afrique est dans un tel état d’ensauvagement politique que les animosités religieuses et incivilités ethnocentriques conjuguées avec l’arbitraire et l’incompétence crasse de ses élites et présidents, ont fini de clochardiser et d’éteindre le bon sens, de pans entiers de la population, au grand risque de cataclysmer les ressorts ancestraux qui rendaient jusque-là possibles la coexistence pacifiques des peuples, des ethnies et leurs religions. Ainsi n’importe quel dictateur peut défaire les règles et les refaire au gré de son humeur ou humour du jour, pire suivant son destin de président dans une gouverne-mentalité à la fois tribale et frivole, d’une cruauté qui n’honore pas nos peuples aux yeux de l’humanité entière. Aucun dictateur africain n’est rattrapé par la sagesse africaine des peuples, encore moins pris à parti par la volonté démocratique des peuples à autodéterminer tant le sens de leur destinée économique que de leur histoire pour faire court. L’imposture confond désormais la destinée de tout un peuple entre les mains d’un seul individu concentrant tous les pouvoirs soit un monarque-président, abruti par l’exercice solitaire du pouvoir au grand mépris de la lettre et esprit de nos constitutions. L’hypocrisie collective grosse des ruses et lâcheté des élites religieuses et intellectuelles, a accouché de monstres politiques, en la petite personne de présidents incontrôlables par les urnes encore moins par la rue : ils ont droit de vie et de mort sur leurs propres concitoyens, ils sont désormais les pilleurs et oppresseurs politique de leur propre peuples, à faire pâlir d’effroi les anciens colons. Entendu que toute résilience citoyenne est noyée dans le sang et les larmes, sans autres formes de procès, sans que la conscience civique et morale de quiconque, ne soit écorchée ou souillé, en son âme et humanité. Nous sommes des civilisations en danger de mort, de mort certaine des incivilités ethno-fascisant qui sont devenues les horizons indépassables de notre époque : depuis qu’Alpha Condé a décidé de diriger la guinée dans la haine des uns des autres pour s’assurer une longévité présidentielle jusque dans son lit de mort, il a semé la haine il moissonnera la déconfiture !!! La concurrence mémorielle sur les morts de la première et deuxième république comme pour se dédouaner de toute responsabilité historique est loin de relever la dignité de notre peuple. L’adversité politique ne se dénoue pas par la mort, c’est un crime contre dieu que d’enlever une vie que dieu à créer !!! Par ces temps d’inquiétudes et d’incertitudes avec le gros temps présidentiel qui pointe à l’horizon 2015, ce n’est plus ce qui adviendra de la guinée qui angoisse, mais plutôt quels type de guinéens sommes-nous désormais : nous avons tous une obligation envers les uns les autres, c’est l’éthique de la responsabilité religieuse ou civique qui le commande car le véritable humanisme, c’est celui qui est vécu !!! Pour clore le messianisme politique hérité de l’ère des indépendances, déconstruire l’idolâtrie débile des héros de la décolonisation, érigée en philosophie politique et convertir les présidents à la religion de l’intérêt général, un second procès sans complaisances ethnocentriques aucunes, des indépendances s’impose à nos démocraties bananières.
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+2 #1 Féla Barry 30-05-2014 00:47

Il n’y a rien d’étonnant que l’Afrique entière soit infestée de dictateurs après cinquante années d’indépendance. En vérité les peuples africains manquent cruellement de courage et de lucidité si ce n’est de bon sens politique. Ils ne sont plus portés par un projet moderne de civilisation. Ils ont littéralement perdu le fil conducteur de l’histoire, à forcer d’incantations stériles sur un passé sur-idéalisé, sans doute pour compenser leur impuissance à inventer le futur : nos habitudes de penser ont coagulé en « mythes sociaux » voués à un déterminisme historique, à vouloir reproduire tout à l’identique en tout temps et lieux : l’Afrique des empire est bien morte, elle fera place nette à des républiques modernes et démocratiques. Si nous ne voulons plus de président à vie, la règle est très simple et d’une redoutable efficacité économique pour tous, pour avoir en fin des présidents qui travaillent prêt à servir leur peuple en lieu et place de les asservir à leur destin de président à vie. Il faudra tout simplement inscrire une réglé d’or dans la constitution. Si le président n’honore pas ses promesses de campagne à hauteur de 75%, il n’aura pas le droit de se représenter, auquel cas il réussit son mandat et est réélu il devra se heurté à la limitation fatidique de deux mandats pour le prémunir de toute usure et sauvé le peuple de toute tentative d’abrutissement. Car président ce n’est pas un métier mais une mission de service publique. Personne n’est indispensable au plus haut sommet de l’état : les présidents meurent mais la guinée demeure à jamais. Une autorité administrative indépendante devra recueillir tous les projets de campagne, placé sous la tutelle du conseil constitutionnel qui définira les modalités de contrôle tout au long du mandat. Ce sera un exercice exemplaire pour enraciner un nouveau modèle de développement à l’africaine !!! En espérant que nos Honorables soient sensibles aux doléances citoyennes de leurs compatriotes.
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