Thierno Fodé Sow Jeudi, 01 Mai 2014 16:52
Ils étaient parmi les acteurs des accords dits du 3 juillet, mais aujourd’hui ils se muent tour à tour en observateurs tacites au motif d’éviter « toute ingérence dans les affaires intérieures de la Guinée ». Les diplomates occidentaux, en l’occurrence ceux de la France et des Etats-Unis – en attendant celui de l’UE – égratignent en cadence l’opposition républicaine. Celle-ci ne doit plus compter sur ces anciens alliés ou supposés comme tels à un moment crucial de la vie politique nationale. Sidya et ses pairs sont manifestement floués. Certainement à dessein.
Pour ceux qui rêvaient encore gagner une certaine garantie – dans la correction de la gouvernance d’Alpha Condé – avec cette fameuse « communauté internationale » ne doivent plus avoir que leurs yeux pour pleurer. Ils sont floués ! Floués ? Le mot est loin d’être très fort. En effet, l’ambassadeur des USA, Alexander Lascaris, estimait récemment que les débats doivent désormais se tenir au parlement et non dans les rues. Quoi de plus normal et souhaitable si toutes les parties prenantes respectaient au moins les accords signés le 3 juillet dernier sous l’égide, tenez-vous bien, de ces diplomates. Selon l’ambassadeur des USA, « La Guinée a besoin d’un gouvernement qui réponde aux besoins de son peuple. Et, elle a besoin d’une opposition loyale qui le conteste constamment, offrant constamment une alternative. Ce débat doit être ici (l’Assemblée nationale, NDLR) et non dans les rues. » Il faut le lui concéder. Seulement il semble vite oublier la pression qu’il a menée sur les uns et les autres afin de ramener les acteurs principaux autour de la table. La même pression devrait être menée pour l’application des accords qui en ont découlé : en finir depuis mars dernier avec tout ce qui est élections communales et communautaire, ainsi que l’indemnisation des victimes de la barbarie des forces de l’ordre et autres infiltrés à la solde d’extrémistes du RPG et assimilés.
Cette déclaration de Lascaris intervient au moment même où l’opposition fait feu de tout bois afin que les accords de juillet soient respectés. Il y a juste quelques jours, son homologue français, Bertrand Cochery, disait dans une interview qu’il a accordée à des confrères : « Non, il n’y pas de retard, dans la mesure où l’accord ne comportait pas de dispositions spécifiques. Mais de toutes les façons, le plus important c’est que les choses soient faites dans l’ordre, correctement et, encore une fois, c’est de la compétence de l’Etat guinéen. Si les partenaires internationaux sont sollicités par le gouvernement pour aider, ils peuvent bien entendu étudier ces demandes du gouvernement », dira en substance Bertrand Cochery, avant d’ajouter que l’organisation des élections, c’est d’abord une affaire de compétence gouvernementale. Et d’ajouter : « S’il y a des réformes qui doivent être engagées, et si elles doivent donner lieu à des discussions, dans ce cas, c’est au parlement de les examiner. Mais encore, ne mettons pas les partenaires internationaux à une place qui n’est pas la leur. Ils n’ont pas à se substituer aux principaux acteurs que sont un gouvernement et les partis politiques. Sinon, on est dans une confusion des genres qui n’est profitable à personne. »
Il reste que l’opposition républicaine ne se laisse pas distraire. « Il ne sera pas question pour nous de se croiser les bras et de s’assoir. Nous allons reprendre les manifestations pacifiques sur les voies publiques. Nous n’allons pas laisser les dérives du pouvoir s’instaurer dans ce pays, et laisser une fraude électorale s’organiser en Guinée », a prévenu le porte-parole de l’opposition en mars dernier. Et de prévenir : « Nous n’irons pas à l’élection présidentielle de 2015, alors qu’il y a encore à la tête des collectivités locales des personnes qui ne sont pas l’émanation du peuple. Ils ont été nommés en toute illégalité, il n’est pas question qu’on accepte que ces gens organisent les élections de 2015 », enfonce Aboubacar Sylla.
En analysant le retournement de vestes de ces seuls diplomates, on donnerait fort aisément raison à un certain Faya Millimouno, alors n’appartenant à aucun parti politique. L’actuel leader du Bloc libéral avait tenu mordicus ceci en parlant entre autres du maintien de Waymark : « La communauté internationale n’offre pas de garanties ». Très sceptique depuis, Faya Millimouno a juste rappelé la révocation du Groupe international de contact dissout dès l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir. De longues années après, cette sage prédiction de Faya Millimouno fait de ce leader politique – discernements et conjonctions de circonstances aidant – l’un des plus intelligents de sa génération.
On se demande donc aujourd’hui, avec les sorties presque simultanées de la France et des USA, comment va rebondir l’opposition, manifestement lâchée et sans doute lassée de l’indifférence coupable du pouvoir. Quoi qu’il en soit, on en convient, le non-respect des accords du 3 juillet pourrait constituer une réelle poudrière que le pouvoir néglige et que des diplomates occidentaux arrosent avec leurs armes : l’hypocrisie dans la dentelle.
Thierno Fodé Sow
pour GuineeActu
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