Mines: la crise de Friguia et la politique de valorisation des ressources minières

Facebook Imprimer    

 

KPOGHOMOU_Edouard_Zoutomou_2_01L’usine d’alumine de Friguia est la première de son genre en terre africaine. Dans un passé lointain, elle faisait bien la fierté de la Guinée et des Guinéens. Cette perle industrielle, du moins ce qui en était resté, est à l’arrêt depuis un an. Plusieurs raisons, certaines tangibles et d’autres anecdotiques ont concouru à cet état de fait, du reste déplorable.

Il y a d’abord la chute de l’aluminium primaire sur le marché international. Cette tendance qui a commencé depuis la fin de 2011 se poursuit encore de nos jours. En effet les projections du marché de l’aluminium indiquent que l’approvisionnement en aluminium primaire va excéder la demande d’environ 690.000 tonnes en 2013. En 2014, cet excédent est projeté à environ 714.000 tonnes. Une telle performance conduit éventuellement à une baisse considérable du cours du métal, phénomène qui peut aboutir à la réduction de la production et à la fermeture de certaines unités dans les cas extrêmes.

A ceci s’ajoute l’augmentation du prix du mazout sur le marché pétrolier. Il convient de préciser que l’industrie de transformation de la bauxite en alumine repose, en plus de la bauxite qui est la matière première, sur deux substances fondamentales: la soude caustique et l’énergie électrique. Dans le cadre spécifique de Friguia, le mazout qui est un produit dérivé du pétrole, est le fuel utilisé dans la centrale thermique encore appelée chaudière ou chaufferie, pour produire l’énergie électrique nécessaire au processus de transformation. Plus précisément, la chaudière comporte des bruleurs de mazout qui produisent de la chaleur qui, au contact d’un réseau complexe de tuyauterie dans lequel circule de l’eau en continu, produit de la vapeur. Celle-ci, mise sous pression, est dirigée pour faire tourner des turbines connectées à des alternateurs qui produisent enfin l’énergie électrique. Le coût élevé du mazout est un facteur de réduction, éventuellement d’arrêt des activités de production.

Un élément qui a aussi contribué à cette crise est bel et bien la vétusté des installations. En effet depuis la reprise de Friguia par Rusal, les installations n’ont pas connu d’effort massif de rénovation et de mise en état de la machinerie essentielle. Il y a donc que le vieillissement des installations ne se prête plus à une stratégie de réduction des coûts de production qui permettrait de faire tourner l’usine même au ralenti, et d’absorber ainsi les fluctuations liées au cours de l’aluminium et au prix du mazout. Dans le cadre de cette raison plutôt opérationnelle, il faut signaler qu’avant l’apparition de Rusal dans la gestion opérationnelle de l’usine de Friguia, la formation des ouvriers qualifiés de maintenance était assurée par le Centre de formation professionnelle CFP, un centre intégré au fonctionnement de l’usine et doté de cadres techniques expatriés et guinéens qualifiés. A ce que je sache, le CFP a fermé ses portes avec pour corollaire, le ralentissement voire l’absence du processus de renouvellement de la main d’œuvre qualifiée nécessaire pour assurer la disponibilité opérationnelle de l’usine.

Une autre raison qui semble être plus ou moins anecdotique serait liée à la reprise Friguia par Rusal. Certains courants de pensée attribuent l’arrêt de Friguia à la volonté manifeste de Rusal d’avoir créé toutes les conditions pour forcer Friguia à l’arrêt afin d’utiliser ce créneau et forcer la main au gouvernement guinéen pour lui attribuer le projet Dian-Dian, avec à la clé des concessions substantielles. Je dois reconnaitre que je n’ai pas d’éléments d’appréciation par rapport à cette situation anecdotique. Ce qui reste certain, Rusal qui aurait arraché le projet de développement du projet de Dian-Dian, semble subordonner le redémarrage de l’usine de Friguia au démarrage du projet minier de Dian-Dian.

Finalement, même si elle semble ne pas être la raison déterminante, la grève déclenchée par les travailleurs de Friguia, particulièrement dans une conjoncture défavorable pour l’industrie de l’aluminium, apparait comme le phénomène qui a précipité la crise qui perdure encore à Friguia. Même si le droit de grève est reconnu aux travailleurs come un véhicule de revendication légale pour l’amélioration de leurs conditions de travail, il faut avoir le courage de dire que de telles revendications syndicales doivent évaluer et accepter certaines mesures d’austérité en échange du maintien des avantages liés au fonctionnement même limité de l’usine.


Conséquences socio-économiques et politiques de la crise

Dans le contexte sociopolitique actuel, les conséquences de l’arrêt de l’usine de Friguia sont énormes, les coûts en termes réels, incalculables.

Au plan local, il y a que 120.000 âmes, qui vivent dans la ville de Fria et qui dépendaient des rémunérations issues de l’emploi de leurs pères, de leurs mères, de leurs enfants pour se nourrir, se loger et s’habiller, sont maintenant abandonnées à elles-mêmes, dans un contexte économique global paupérisant où franchement les revenus des exploitations minières n’ont encore pas eu d’impact dans leur vie.

Il y a que l’arrêt de l’usine marque aussi l’arrêt des services de fourniture d’eau et d’électricité assurée par le groupe énergétique de l’usine Friguia à la ville de Fria. Juste à titre d’illustration, une centrale thermique de 20 Mégawatts plus ou moins similaire à la taille de celle de Friguia, demande la bagatelle de 70.000.000 GNF de mazout par heure de fonctionnement. Il faut tout de suite faire remarquer que le faible niveau de recouvrement des paiements de facture d’électricité ne permet pas à EDG de soutenir des efforts de subvention de la fourniture de mazout pour un approvisionnement de la ville de Fria en eau et électricité.

Il y a aussi que l’arrêt de l’usine de Friguia exacerbe le problème crucial du chômage en Guinée en général, dans cette localité en particulier. Il en résulte des troubles sociaux des suites de l’expression parfois véhémente des frustrations d’une population désœuvrée. Les spectacles offerts par ces manifestations contribuent souvent involontairement à ternir l’image de la Guinée, en relation avec l’appréhension grandissante de la volatilité du climat des investissements.

Au niveau de l’Etat, approximativement 70% des recettes d’exportation en Guinée proviennent du secteur minier de la bauxite et de l’alumine. A en croire les données disponibles, Fria contribuerait à cet effort à hauteur de 11%. Il y a donc un sérieux manque à gagner du fait de l’arrêt de l’usine de Friguia.

Au cours des 15 dernières années, les recettes minières ont représenté en moyenne 22% des recettes globales de l’Etat Guinéen, bien en deçà de la moyenne de 40% observée dans la décennie des années 80 à 90. En dépit du faible niveau de participation de Friguia qui se chiffrerait à moins de 5%, il n’en demeure pas moins que l’arrêt de l’usine de Friguia pèsera lourdement sur les recettes minières.

Finalement, il y a les risques de déflagration sociale du fait des manifestations publiques à fort potentiel de conflit qui suscitent toujours l’intervention policière de l’Etat, que les « politiques Â» n’hésitent pas à récupérer pour des raisons évidentes. Malheureusement, cette atmosphère de conflit n’est pas de nature à créer un environnement politique favorable à l’instauration d’un climat de confiance et à l’attraction des capitaux nécessaires pour la mise en valeur des énormes potentialités minières de la Guinée.


Propositions de solutions élargies à la politique de valorisation des ressources minières.

Il serait utopique de penser qu’il existe une formule magique pour résoudre la crise multidimensionnelle de l’usine de Friguia. Avant de faire des suggestions de possibles solutions, je pense qu’il est nécessaire de faire un petit rappel de l’évolution historique du cadre juridique de Friguia qui à mon avis, établira le contexte des solutions à envisager, ainsi que la responsabilité et même le comportement de toutes les parties concernées par cette crise.

Au départ, l’usine d’alumine de Fria était une compagnie privée appartenant à 100 % au consortium Frialco composé de la firme américaine Olin Matheison Chemical Corporation, du groupe français Pechiney et Ugine Kuhlman, de l’anglaise British Aluminium Company, de Aluminium Suisse et de la compagnie allemande Vereinigte Aluminium. Suite à l’avenant juridique signé en 1973 par le gouvernement de la première République et le consortium Frialco, la Compagnie d’alumine de Fria fut transformée en Société d’économie mixte Friguia où l’Etat guinéen détenait 49% des actions, les 51 % restants étant répartis entre les partenaires fondateurs.

Confronté à des difficultés financières en 1998, le groupe Frialco offrit ses actions au gouvernement de la deuxième République pour la somme symbolique de 1$ US. En 2000, une demande d’assistance formulée par le gouvernement guinéen à « Reynolds Metals Â» déboucha sur la création de la Compagnie d’alumine de Guinée CAG, chargée de la gestion de l’usine de Friguia. Il est important de rappeler que le gouvernement guinéen avait maintenu ses droits de propriétaire de l’usine d’alumine en plus d’une participation de 15% dans la CAG.

En décembre 2002, Reynolds cède ses actions à « Rusal Â», le géant russe et leader mondial de l’aluminium qui en devient l’opérateur. Enfin en avril 2006, Rusal achète les droits de propriétaire de l’usine de Friguia ainsi que les 15% des actions appartenant au gouvernement guinéen, dans des conditions opaques décriées qui méritent d’être élucidées pour le plus grand bien de la nation. C’est donc dire que depuis avril 2006, Rusal est le propriétaire légal et juridique à 100% de l’usine de Friguia, confrontée aujourd’hui à une crise aigüe.

A mon analyse, les propositions de sortie de crise doivent tenir compte de cette réalité juridique dans le cadre de l’usine de Friguia, même si elles doivent garder un œil attentif et une vision pour le long terme. Pour le gouvernement guinéen, les propositions de solution à la crise de Friguia doivent aussi s’inscrire dans la logique d’une stratégie adéquate et d’une politique minière cohérente dans la mise en route de l’ensemble des projets miniers en gestation. Mon souhait serait que celles qui suivent fassent de la crise de Friguia une plateforme pour l’élargissement du débat sur la mise en valeur des ressources minières de la Guinée.

1- Subordonné à l’existence d’un cadre juridique favorable, le gouvernement guinéen devrait renégocier avec Rusal la possibilité d’une rétrocession, même partielle au gouvernement guinéen des actifs vendus à Rusal en 2006. Par l’entremise des éminents avocats dont elle peut s’offrir les services, Rusal jouit à mon avis d’une position juridique suffisamment solide pour ne pas être inquiétée par une quelconque menace de poursuite judiciaire. La méthode forte ne semble donc pas appropriée dans ce cas d’espèce. Au terme d’une négociation réussie, le gouvernement rechercherait alors de nouveaux partenaires pour boucler le financement du redémarrage de Friguia, le découplant ainsi du démarrage du projet minier de Dian-Dian qui semble être la voie privilégiée par Rusal.


2-
Parallèlement à cette initiative, je propose que le gouvernement impose un moratorium sur la construction de nouvelles unités minières dans le secteur de la bauxite et de l’alumine, jusqu’à la complétion du barrage hydro-électrique de Kaleta dont les travaux semblent progresser à une allure relativement satisfaisante. Trois raisons supportent cette proposition:

  1. Avec une puissance installée de l’ordre de 240 MW, et en supposant que sa gestion opérationnelle sera « professionnalisée Â», le barrage hydro-électrique de Kaleta permettra au gouvernement guinéen de résoudre le problème crucial du manque d’électricité à travers un réseau d’interconnexion en Guinée et de satisfaire ses obligations dans le cadre des organisations sous-régionales et régionales comme l’OMVG, la Mano River Union et la CEDEAO.
  2. La finition du barrage de Kaleta permettra au gouvernement guinéen de disposer de la puissance énergétique nécessaire à l’industrie de transformation de la bauxite en alumine et même de l’alumine en aluminium. Un seul Kaleta peut supporter un minimum deux unités de la dimension de Fria et une raffinerie d’aluminium de 100.000 tonnes de capacité annuelle et posséder un excédent de puissance énergétique pour satisfaire la consommation domestique et dans une certaine mesure, les obligations sous-régionales de la Guinée.
  3. Avec l’exécution du barrage de Kaleta, et en interconnexion avec d’autres centrales hydro-énergétiques en projet, la Guinée sera en position de force pour négocier et vendre de l’énergie électrique aux unités industrielles minières. Cette nouvelle donnée qui amplifie l’attractivité des ressources minières, allégera non seulement les dépenses d’investissement dans les nouveaux projets, mais aussi et surtout entrainera la réduction substantielle des coûts de production avec l’élimination des coûts d’approvisionnement en mazout et avec elle, l’élimination des transferts injustes de prix que beaucoup de compagnies pratiquent astucieusement sur l’échelle verticale de la création de la valeur ajoutée.


3-
Rusal pourrait être unilatéralement amenée à envisager le redémarrage de l’usine de Friguia en dehors des deux premières suggestions. Cette option appelle la nécessité, je dirai même l’impérieuse nécessité de faire une expertise technique de l’usine en vue d’évaluer et procéder à la rénovation des équipements vétustes et au besoin de procéder à des travaux de modernisation. Pour les besoins de la cause et à titre purement indicatif:

  1. La chaudière ou chaufferie qui produit l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement de l’usine n’est pas conçue pour être en arrêt prolongé sans exposer le réseau complexe tuyauterie interne et les bruleurs à des risques de fuite de vapeur et de mazout au redémarrage.
  2. Selon que l’arrêt de l’usine se fît par un scénario opérationnel contrôlé ou pas, les décomposeurs qui sont les gros réservoirs de 20 - 30 m de haut dans lesquels l’alumine précipite, ne doivent non plus pas être arrêtés sans avoir été vidés de leur contenu d’alumine en émulsion. Ces mêmes dispositions s’appliquent aux décanteurs et aux laveurs à contre-courant. Dans le cas contraire, un travail manuel excessivement coûteux devra précéder une quelconque expertise et les travaux de réparation et de modernisation.
  3. D’importants travaux de maintenance et de rénovation éventuelle sont aussi à entreprendre au niveau des concasseurs et broyeurs, des cuves d’attaque, des filtres (côté rouge et côté blanc), des fours de calcination de l’alumine ainsi que des installations de contrôle et régulation.

Dans le pire scénario, la durée optimale d’une telle expertise assortie de maintenance et de modernisation éventuelle peut varier entre un et trois ans, avec un devis estimatif minimum qui se situe entre 50 -100 millions $US. Rusal serait favorable à une telle approche dont elle voudrait subordonner l’exécution au démarrage du projet minier de Dian-Dian. Rusal aurait déjà empoché le contrat du projet Dian-Dian dans une version qui ne prévoit nullement une production intégrée à la verticale pour transformer la bauxite en alumine dans les premières années de son fonctionnement. Si l’absence de la clause de production intégrée se confirmait, rien n’empêchera alors Rusal de se limiter à la simple extraction de bauxite pour l’exporter dans ses usines d’alumine situées en Ukraine, privant ainsi toute la Guinée des retombées socio-économiques de l’échelle de transformation verticale. Il en a été ainsi depuis plus d’un demi-siècle d’existence de la nation guinéenne.

A ce que je sache, les études détaillées d’engineering du projet minier de Dian-Dian ne sont pas faites. En supposant que cette étude puisse être accélérée et le financement rapidement bouclé sur fonds propres par Rusal, la construction d’une usine d’alumine d’une capacité de 1,2 millions de tonnes prendra un minimum de trois ans. Si techniquement il est acceptable de coupler le redémarrage de l’usine Friguia au démarrage du projet Dian-Dian, le gouvernement ne devrait pas permettre à Rusal de concentrer uniquement ses efforts sur Dian-Dian au détriment de Friguia dont la reprise accroitra la capacité de production d’alumine en Guinée. Je souhaite que le gouvernement revisite le contrat du projet Dian-Dian signé avec Rusal, pour exiger l’inclusion d’une clause obligatoire de transformation verticale de la bauxite en alumine, ce dès le démarrage des travaux. Cette stratégie de développement aura beaucoup plus d’impact, surtout en prévision de la fourniture d’énergie électrique provenant du barrage hydro-électrique de Kaleta.


4- En élargissant le débat je dirai que la stratégie de développement minier du gouvernement devrait être axée sur la création de la valeur ajoutée qui seule peut avoir un impact positif sur le développement socio-économique de la Guinée. J’omettrai ici la problématique de la gestion des valeurs créées qui est un problème de gouvernance, donc politique, pour me concentrer pour le moment et prioritairement sur la création de ces valeurs :  

  1. La première étape de ce processus c’est l’intégration transversale des ressources que la nature a mises à la disposition de la Guinée sous forme de ressources en eau, de ressources minières, de ressources énergétiques et qui forment la fondation dont le développement supportera la croissance macroéconomique du pays.
  2. La deuxième étape de ce processus et la plus importante, privilégie la transformation sur place et par étape des ressources naturelles de manière à leur conférer une plus grande valeur. Dans le cadre des projets miniers de bauxite, la création de la valeur ajoutée à la verticale passe par la transformation sur place de la bauxite en alumine et en aluminium. Elle nécessite la construction d’usines d’alumine et d’aluminium qui créent ainsi des milliers d’emplois directs contribuant ainsi à la résorption du chômage, endémique de nos jours.
  3. Dans un processus adjacent, ce sont des villes nouvelles qui se créent pour abriter des populations dont la diversité des activités débouchera impérativement sur la création d’un nombre encore plus important d’emplois indirects. Il en est ainsi pour chaque étape de la chaine verticale de transformation.

A mon avis, le gouvernement guinéen devrait donc viser des unités industrielles intégrées et ne pas simplement avaliser l’extraction et l’exportation de la bauxite à l’état brut. Dans le contexte actuel, une telle stratégie s’aligne parfaitement avec la réalisation du barrage hydro-électrique de Kaleta, ainsi que celle d’autres entités similaires en projet.

5- Dans un cadre encore plus élargi, le gouvernement guinéen dans sa politique minière, devrait cesser de considérer le développement des mines comme une question purement commerciale. Si besoin en est, cette approche a fait ses preuves et les résultats étalés tout au long des cinquante dernières années sont suffisamment évocateurs pour être énumérés. A ce titre, il me semble plus accommodant de me limiter aux observations suivantes :

  1. Un projet minier est un ensemble d’activités techniques complexes qui doivent d’abord être « techniquement Â» bien ficelées pour permettre au dit projet d’être exécuté dans les normes requises pour enfin produire des biens dont la commercialisation devra générer des revenus, bénéfices, dividendes, etc.
  2. L’exécution d’un projet minier exige une discipline rigoureuse de suivi du projet dans sa conception, son élaboration, sa mise en chantier, son exécution et sa gestion. Dans le cadre spécifique de la Guinée, il est honteux de constater que les institutions que l’on crée souvent pour les adapter à des hommes au lieu de l’inverse, ne sont pas suffisamment outillées pour soutenir tout le professionnalisme méticuleux nécessaire à ce travail de suivi.
  3. Dans l’alignement des solutions politiques, il ne suffit pas pour le gouvernement d’obtenir des avantages certains sur papier fussent-ils énumérés dans un code minier ou dans des contrats. Il s’agit à mon sens de démontrer la discipline et la rigueur professionnelles exigées par le suivi et l’application des clauses du code minier et des dits contrats. Ceci passe par une restructuration de la cellule gouvernementale chargée de la gestion des ressources minières.

Il est extrêmement important pour le gouvernement guinéen de se convaincre que certaines grandes compagnies minières qui pourraient bien être représentées sur le terrain de la concurrence autour des grandes potentialités minières de la Guinée, possèdent toute l’expertise technique pour pratiquer de la manipulation comptable aux fins de dissimuler leurs bénéfices réels par le phénomène astucieux de transfert des prix. Cette dissimulation n’est pas une simple question d’arithmétique ou de simple comptabilité. C’est une question profondément technique d’intégrité des chiffres souvent dissimulés dans les chainons de transformation incorporés à des processus technologiques complexes. C’est à ce niveau technique que se trouve la solution du problème de suivi dans la conception, la gestion et le contrôle de la création des valeurs.


Edouard Zoutomou Kpoghomou, Ph.D.
Président de l’UDRP


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
0 #9 Gandhi 19-04-2013 13:29

Edouard, l'objet de mon commentaire n'était pas d'exonérer les gouvernements précédents concernant leur politique ou leur absence de politique, mais de rappeler que le régime actuel n'est pas là pour se plaindre de la situation qu'il a héritée (on suppose qu'il la connaissait), mais pour trouver des solutions aux problèmes posés, quand bien même il n'y serait pour rien. Alpha Condé a voulu être PRG, il en hérite les avantages et les inconvénients.
Personne ne demande à l'État de remettre en cause la privatisation de Friguia (même si toute la lumière devra être faite sur cette affaire), bien que Alpha Condé ait révoqué par décret le directeur d'une entreprise privée, ou annulé ici un bail, là un contrat, ce qui aurait pu l'inspirer pour en faire autant avec Rusal (lol).
Je considère en revanche que l'État a abandonné les travailleurs de Friguia, car s'il n'assure pas leurs salaires (n'étant pas leur employeur), il aurait du au moins, à l'occasion de la négociation avec Rusal sur Dian Dian, imposer par exemple la reprise en tout ou partie du personnel de Friguia, ou la prise en charge d'une formation leur permettant éventuellement de se réorienter. Si l'on considère que ce personnel est quasiment l'un des seuls qualifiés, il y a de quoi enrager d'un gouvernement qui a prôné (de façon déclamatoire) l'éducation comme étant sa priorité.
Par ailleurs, ce gouvernement a lâchement abandonné le projet intégré avec usines d'alumine puis d'aluminium, et n'a donc imposé aucune contrepartie (sauf dessous de table éventuels) à une entreprise, qui n'a pourtant pas fait ses preuves (loin s'en faut) en Guinée jusqu'à présent. Le tout en toute opacité, avec le blanc seing d'un CNT discrédité, qui obligera un futur gouvernement à renégocier, voire à annuler ce contrat.
Quant à créer simplement les conditions d’une croissance économique, permettant au secteur privé de créer les emplois, je suis entièrement d'accord avec vous. Là encore vous oubliez de préciser que ce régime a annulé un bail par décret présidentiel (ferme avicole), mais également un contrat par décret présidentiel (Getma), a nationalisé certaines entreprises privées par décision du Conseil des ministres (Soguiplast, Soguirep et Sanoya), a laissé brûler les champs de certains investisseurs agricoles, a laissé piller les boutiques de commerçants, bref... tout un tas de décisions qui empêchent les investisseurs sérieux, de venir investir en Guinée, une république bananière. Même les grandes compagnies minières ont jeté l'éponge.
Je m'étonne donc, puisque vous vous placez également sur le plan politique, que vous occultiez la politique actuelle (la seule qui nous intéresse vraiment), qui consiste à prendre des commissions avec différents partenaires potentiels (à l'image d'un propriétaire de terrain à Conakry, qui le vend à 5 personnes différentes), mais qui en aucun cas n'a de politique minière à long terme, qui passe par la filière intégrée. La majorité de la population est concentrée sur ses besoins primaires, et il est normal que les politiciens s'y intéressent (comme dans tous les pays du monde d'ailleurs). Je doute d'ailleurs que vous ayez demandé aux Guinéens si ce régime s'occupait de leurs conditions d'existence (eau, électricité, transport) et de leur pouvoir d'achat.
Enfin, oui la Guinée a besoin d'une nouvelle génération (mais elle n'est pas spontanée, contrairement à ce que les rêveurs croient), mais elle n'a pas besoin d'un ingénieur (pas de messie), mais de développeurs et d'entrepreneurs.
Citer
 
 
0 #8 Edouard 19-04-2013 10:46

Sekou, Gandhi,Thierno Bah, AOT Diallo, Le Voyant.
En toute objectivité si je devais critiquer (de façon plus caustique) le gouvernement du Président Alpha Condé eu égard à sa politique minière, je ne devrais non plus pas occulter le gouvernement du Général Lansana Conté autour du même sujet. Je voudrais préciser que l’origine des problèmes de Friguia remonte en réalité au fait bien établi que le gouvernement du Général Conté avait vendu les actifs de l’État Guinéen dans Friguia à Rusal en 2006 et avait de facto perdu tout contrôle dans la gestion de Friguia. C’est la raison pour laquelle le gouvernement actuel, au nom du principe de la continuité de l’État dans ses devoirs et responsabilités, se devait de respecter les termes de cette cession. Comme je l’avais indiqué, Friguia appartient à 100% à Rusal qui est simplement tenue de faire face à ses obligations fiscales dans toutes leurs composantes. Malheureusement, l’État Guinéen n’a pas de moyens coercitifs pour imposer une solution à Rusal dans le cadre de Friguia. Il doit obligatoirement négocier.
Dans les systèmes à économie de marché que nous connaissons, l’État ne paye pas les employés d’une compagnie privée, surtout lorsqu’ils ne travaillent pas, pour une raison ou une autre. Selon les besoins de la cause, il intervient sous forme d’allocation chômage prélevée sur des fonds constitués avec la participation de tous les employeurs. On ne peut donc parler d’abandon des travailleurs qualifiés que lorsque l’État refuse de payer cette allocation chômage. En raison de la faiblesse du niveau des ses activités économiques propres, l’État Guinéen ne peut pas absorber les ouvriers qualifiés de Friguia. Son intervention ponctuelle est gouvernée par des considérations purement politiques. Je pense que nous devons nous extraire tous de nos positions d’ambivalence pour accepter que l’État crée simplement les conditions d’une croissance économique qui permette au secteur privé de créer les emplois. L’Etat ne crée pas les emplois.
Aussi, je ne m’empêcherai pas de dire que je suis un leader politique qui, en raison même de l’importance du secteur des mines dans le processus de développement de la Guinée, voudrait mettre à contribution sa modeste expérience professionnelle pour d’abord « agrandir » le petit gâteau qu’est « l’Économie Guinéenne » dont le partage fait l’objet de toutes les confrontations et tractations politiques actuelles. Ceci à mon avis, passe par une politique d’industrialisation minière et la mise en chantier des projets miniers, en parfaite adéquation avec les besoins communautaires du peuple dans ses plus profonds retranchements. Pour la grande majorité, la démocratie et les concepts de liberté que d’aucuns exhibent souvent à ciel ouvert et honteusement par prétexte, passe par la satisfaction prioritaire de leurs besoins primaires. Malheureusement, toute la classe politique actuelle exploite la sévérité de ces besoins afin de se hisser au pouvoir, à nouveau pour certains, pour des fins égoïstes d’intérêts individuels.
Je suis de l’avis effrontément partisan que la Guinée a besoin d’une nouvelle génération de politiciens. Je ne parle pas de génération d’âge, mais bien de génération catégorielle. Dans ce cadre précis, je souhaite ardemment que la classe politique actuelle, inclusivement, souffre d’entendre que la Guinée a besoin de politiciens moulés dans le creuset d’expériences professionnelles de création de valeurs, sous des contraintes de transparence, de probité morale, de temps, de moyens matériels et financiers limités, avec obligation de résultats positifs, le tout dans une abnégation imperturbable de rémunération immédiate: La Guinée a besoin d’un INGÉNIEUR.
Citer
 
 
0 #7 Le voyant 18-04-2013 03:38

Citation en provenance du commentaire précédent de AOT Diallo:
J’apprécie aussi cette analyse pertinente de mon frère EZK.
Maintenant il faudrait la traduire en "français facile" pour que "Condé & son" et le Fofana des mines puissent la comprendre...
Plus sérieusement je rejoins la "petite"critique de Gandhi et Thierno Bah ci-dessous: vu votre bonne appréciation du problème actuel j'aurais aimé vous lire sur les graves erreurs actuelles qui ont encore aggravé cette situation avant de faire des propositions de sortie de crise.
C'est un peu comme si vous nous proposiez de foncer en avant alors que nous sommes entrain de reculer ! Ne faudrait-il pas déjà commencer par s’arrêter en expliquant comment ??
Toutes les belles théories paraissent si utopiques quand on est a Conakry ou le principal souci est comment avoir le courant ce soir pour voir le procès a la TV-PPAC...

Plutôt traduire en «Moree» pour les deux premiers et pour le troisième larron (Fof-La- Mine) il faudrait traduire en «N’ko». Sinon il n’y a rien à ajouter à cette analyse. C’est un travail bien fait avec des arguments bien solides. Cette analyse peut servir comme source d’information (un bon départ) pour une éventuelle négociation pour la reprise de cette usine. Docteur n’est pas docteur hein!… Comme quoi le maçon se reconnait sous le pied du mur. Mais ou est Docteur-Professeur-Aladji-Ministre-Président-Omniscient dans tout ca?
Citer
 
 
+2 #6 AOT Diallo 17-04-2013 21:48

J’apprécie aussi cette analyse pertinente de mon frère EZK.
Maintenant il faudrait la traduire en "français facile" pour que "Condé & son" et le Fofana des mines puissent la comprendre...
Plus sérieusement je rejoins la "petite"critique de Gandhi et Thierno Bah ci-dessous: vu votre bonne appréciation du problème actuel j'aurais aimé vous lire sur les graves erreurs actuelles qui ont encore aggravé cette situation avant de faire des propositions de sortie de crise.
C'est un peu comme si vous nous proposiez de foncer en avant alors que nous sommes entrain de reculer ! Ne faudrait-il pas déjà commencer par s’arrêter en expliquant comment ??
Toutes les belles théories paraissent si utopiques quand on est a Conakry ou le principal souci est comment avoir le courant ce soir pour voir le procès a la TV-PPAC...
Citer
 
 
+1 #5 Thierno Bah 17-04-2013 19:27

Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
Cela ne doit pas l'empêcher de prendre des décisions de bon sens et conformes à l'intérêt général. Personne n'en voudrait à AC même illégitime, de prendre de bonnes décisions. Cela pourrait même contribuer à lui créer une légitimité d'efficacité, tout ce que demande la population aujourd'hui.

I agree!
Citer
 
 
+3 #4 Gandhi 17-04-2013 17:49

Citation en provenance du commentaire précédent de Thierno Bah:
Un régime qui n’a pas de légitimité populaire ne peut pas prétendre gouverner dans les conditions optimales.

Cela ne doit pas l'empêcher de prendre des décisions de bon sens et conformes à l'intérêt général. Personne n'en voudrait à AC même illégitime, de prendre de bonnes décisions. Cela pourrait même contribuer à lui créer une légitimité d'efficacité, tout ce que demande la population aujourd'hui.
Citer
 
 
+3 #3 Thierno Bah 17-04-2013 14:29

Bonne analyse. Cependant, il faut noter que dans un contexte de mal-gouvernance, d'impunité ou D’ABSENCE DE LÉGITIMITÉ POLITIQUE, il n’y a pas de modèle économique parfait ou, dans le cadre des mines, de stratégies optimales de développement dudit secteur. Le pouvoir exécutif actuel est responsable du démantèlement du processus démocratique. Dans ces conditions indignes de gouvernance, toute action stratégique/légitime de mis en valeur du potentiel minier sera vouée à l’échec. Un régime qui n’a pas de légitimité populaire ne peut pas prétendre gouverner dans les conditions optimales. À bon entendeur salut.
Citer
 
 
+4 #2 Gandhi 17-04-2013 06:54

Bonne analyse technique de la situation passée et présente, mais peu ou pas de critiques politiques du gouvernement actuel. Or c'est ce gouvernement qui se glorifie d'avoir créé des emplois ... publics, temporaires ou fantômes, tout en oubliant de préciser ceux qu'il a perdu (ceux de Friguia par exemple), et/ou supprimé.
Le gouvernement abandonne les seuls travailleurs qualifiés qui existent, ce qui constitue un gâchis monumental.
On ne demande pas à un gouvernement de nous expliquer pourquoi il ne fait rien - même un analphabète pourrait en faire autant -, mais ce qu'il compte faire pour corriger la situation. La Guinée, qu'on le veuille ou non, est assise sur un tas de bauxite, et doit donc obligatoirement assurer une partie de son développement sur la création d'une filière intégrée bauxite, alumine, aluminium (ce que rappelle notre interlocuteur).
Au lieu de financer des mamayas pour saluer les tares du PRG, le gouvernement ferait mieux d'utiliser ses maigres ressources à un plan sinon de redressement, en tous cas d'adaptation de la main d'oeuvre, à défaut des installations vétustes.
Quelles que soient les solutions choisies et évoquées ici, le gouvernement qui se glorifie de participer à tout ce qui existe en Guinée, est bizarrement cruellement absent de toute solution d'avenir. Pire, en bradant Dian Dian sans exiger de filière intégrée, il montre qu'il est davantage préoccupé par encaisser des recettes (à combien se montent-elles et où sont-elles ?) que de produire une politique minière digne de ce nom.
Comme je le disais en préalable, du point de vue technique, on peut souscrire aux analyses faites ici, mais on occulte (volontairement ?) l'incompétence du gouvernement actuel dans le domaine minier. Il est dit ici ce que le gouvernement doit faire (et j'en partage les conclusions), mais non le fait qu'il ne l'ait pas fait (ni même entamé un début de commencement). Or ce sont les actes qui comptent et les décisions prises aujourd'hui compromettent l'avenir. Il est temps de changer... d'équipe.
Citer
 
 
+5 #1 sekou 17-04-2013 04:27

voici la plume d'un vrai phd,vous etes une source d'inspiration,ce pays a besoin des cadres d'un telle grandeur.enfin,voic,ce genre de plume,que le site devrait encouragé.
Citer