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Alpha Condé : sa méthode radicalise ses adversaires
Mams Sow Lundi, 04 Mars 2013 15:35
Après avoir longtemps clamé leur position de centriste sur l’échiquier politique nationale, les partis du CDR ont rejoint l’ADP et le Collectif. Cette nouvelle donne de la scène politique guinéenne a eu pour effet une certaine radicalisation des positions de ceux qui, jusqu’à hier, usaient de la modération pour s’opposer au régime actuel.
S’il est vrai que le ralliement de bloc politique (le CDR) a entrainé bien des interrogations, force est de constater que depuis sa prestation de serment, le président professeur El hadj – c’est la rhétorique du moment ‒ n’arrive pas à faire sa mue d’homme politique en homme d’Etat. Il est vrai qu’il bénéficiait lors de la campagne électorale de préjugés favorables, pour n’avoir pas été collaborateur du défunt régime de feu Conté. Toutefois, il faut reconnaitre que le revers de la médaille de ses avantages était son endurcissement dans l’opposition. Quarante années de lutte politique ne se dissipe pas en un mandat présidentiel encore moins en deux ans d’exercice du pouvoir.
Résultat, le pays jadis appelé les rivières du sud n’arrive pas à trouver son décollage économique, intimement lié à un climat politique serein.
A sa prise de pouvoir, Alpha Condé avait des atouts qu’il aurait pu et dû exploiter pour apaiser le climat politique en Guinée, fortement entamé lors du second tour des présidentielles. Mais, ses réflexes d’opposant ont vite pris le dessus sur le tempérament qu’il se devait d’avoir. Ainsi, à force de vouloir faire comme son ami Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, « rouler tout le monde dans la farine », il a fini par créer une union sacrée entre ses adversaires qui n’étaient pas forcément sur les mêmes longueurs d’ondes. En rejoignant le Collectif et l’ADP, Kassory Fofana et Boubacar Barry ont certainement épuisé toutes les cartes de conciliation avec le Koro. C’est d’autant plus vrai que ces deux leaders avaient toujours trouvé par le passé les positions du Collectif et de l’ADP radicales.
Mais pour qui connait Alpha Condé, c’était prévisible. « L’homme a un penchant pour l’absence de réplique et de personnalité forte en face qui puisse lui porter ombrage » nous disait de lui un compagnon de lutte au RPG. En deux ans d’exercice du pouvoir, le résultat politique d’Alpha Condé aura été la création de deux pôles (tous extrémistes) : le pouvoir – ceux qui sont avec lui ‒ et l’opposition – ceux qui sont contre lui. Cette situation est préjudiciable à la sérénité du climat politique, quand on sait que nos partis politiques ne sont que des regroupements régionaux ou ethniques. Bien que n’ayant pas de fondement juridique, l’existence du centre dans le débat politique avait l’avantage de faire atténuer les positions radicales.
Par sa volonté de n’en faire qu’à sa guise, par son envie de vouloir gouverner seul, Alpha Condé aura réussi l’exploit de dresser mêmes ses alliés du second tour contre sa gouvernance. Lansana Kouyaté et Kassory Fofana étaient bien ses alliés du second tour de la présidentielle.
Lors de la dernière marche de l’opposition plurielle, les discours les plus virulents contre le régime venaient de Kassory et de Jean Marc Telliano, un ancien allié et un ancien ministre du président. Preuve de plus que Alpha Condé ne sait pas et ne peux pas concilier les positions.
On attendait mieux d’Alpha Condé. Et au regard des faits, on se convainc davantage que les érudits ne font pas forcément de bons dirigeants ; pas plus que les opposants à vie ne constituent des chefs d’Etat clairvoyants.
Avec les récents évènements politiques aux tournures communautaristes, il est à craindre que l’opposition n’ait d’autre choix que de se radicaliser et de s’adapter à la stratégie du président : celle de ne rien lâcher. Et là , le risque de violence et d’affrontements n’est pas à exclure.
Mams Sow
pour GuineeActu
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