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La Guinée d’Alpha Condé : Quand le contentement de soi se heurte au mécontentement de tous les autres
Jean-Pierre Béjot Dimanche, 24 Juillet 2011 12:51
Il fallait être bien naïf pour penser qu'Alpha Condé allait s’installer tranquillement au pouvoir à Conakry et être un président de la République élu qui allait pouvoir mettre en œuvre son programme politique et économique. La réalité guinéenne, une fois encore, s’impose à tous. La règle est toujours la même ; et j’aime à la rappeler : « Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche » (réplique écrite par Michel Audiard pour le film Un taxi pour Tobrouk).
Alors, si on prend en compte que Condé n’est pas exactement l’intellectuel que ses affidés prétendent qu’il est et, qu’en plus, il est mal assis sur un fauteuil présidentiel passablement délabré, on ne s’étonnera pas que, moins de sept mois après son investiture (21 décembre 2010), il fasse déjà l’objet d’une tentative (sérieuse mais avortée) de… coup d’Etat ou de « liquidation » physique ; à l’heure à laquelle j’écris ces lignes, l’attaque de Kipé reste encore mystérieuse. Dans son déroulement comme dans sa… motivation.
Mais cela ne change rien à l’affaire. On peut bien nous rebattre les oreilles avec la première élection démocratique jamais organisée en Guinée, la victoire de Condé, le 7 novembre 2010, n’a pas été équitable : 18,25 % des voix au premier tour alors que son adversaire dépassait les 44 % et 52,52 % au deuxième tour organisé près de… cinq mois plus tard ; le temps de mener une formidable campagne « anti-peule » contre le candidat Cellou Dalein Diallo, campagne que Christophe Châtelot qualifiera dans Le Monde « d’ethno-stratégie opportuniste » (cf. LDD Guinée 026/Mercredi 17 novembre 2010). Une campagne à laquelle les militaires guinéens ont participé sur le terrain de la manière la plus abjecte. Une question se posait : Condé est-il dans la main de ces militaires ? Qui pouvait en douter ? Il a passé plus de temps en France qu’en Guinée et, pendant tout ce temps, les cadres de l’armée ont mis la main sur l’économie guinéenne, transformant le pays en un immense territoire mafieux où, pour survivre, il fallait « contribuer ».
En menant une campagne « anti-peule », Condé a semblé donner des gages aux militaires ; aujourd’hui, ils attendent un retour sur investissement. Qui, manifestement, tarde. Ce serait à l’honneur de Condé de penser qu’il ne doit rien à personne sauf aux Guinéens. Je doute qu’il soit aussi conscient que cela de la réalité guinéenne. Son gros point faible, c’est qu’il pense être président de la République de Guinée quand il n’est qu’une caution qui rassure la « communauté internationale » (un « opposant historique » à la tête d’un pays qui n’avait, jusqu’alors, connu que la dictature et pas la plus soft) et permettait au pays, jusqu’à ce matin, de laisser penser qu’il était comme les autres.
Condé s’est attribué, dans le gouvernement, le portefeuille de la Défense. C’est dire qu’il est ‒ pour les militaires ‒ en première ligne ; il ne faut pas perdre de vue qu’en 2010, le budget de la défense représentait 30 % du budget de l’Etat. Un gouffre pour l’Etat ; une rente pour l’armée ! Impossible de gérer une telle situation sans un ancrage fort dans la population. Or, Condé c’est, mathématiquement, à peine 19 % de l’électorat guinéen (son score au premier tour). C’est dire que plus de 80 % de la population n’y trouve pas son compte. Et pour que le compte soit bon, il fallait rassembler ; or Condé a choisi d’exclure.
Il y a chez Condé beaucoup de Gbagbo Laurent. Le même contentement de soi, les mêmes certitudes, la même suffisance et ce sentiment ‒ tellement peu « socialiste » ‒ d’être dans la main de Dieu. Sauf que Dieu, en cette année 2011, n’aime pas beaucoup les dictatures et les régimes autoritaires. Condé n’est sans doute pas un dictateur, mais il serait abusif de qualifier la Guinée de pays « démocratique » ; et le régime mis en place a tout d’un régime autoritaire. Pouvait-il en être autrement sachant d’où venait la Guinée ? La réponse est non. Mais entre l’autoritarisme légitime (et efficace) de l’Etat et l’autoritarisme d’un homme ou d’une clique, il y a une marge. La priorité, en Guinée, est de construire un Etat autour d’une nation. Cela ne se fait pas par l’exclusion. Et, en Guinée, l’exclusion est permanente ; comme elle l’a été en Côte d’Ivoire. « L’ethno-stratégie opportuniste » de Condé n’a pas été mise en œuvre que pour gagner la présidentielle. Elle est, à l’instar de ce qu’a été « l’ivoirité », le fondement de son action.
Démonstration : le 7 janvier 2011, quelques semaines après la cérémonie d’investiture, Condé nomme au poste de médiateur de la République le général Facinet Touré. On peut s’étonner de voir un officier supérieur en charge d’une responsabilité qui a une signification sociale considérable ; un général guinéen, ce n’est quand même pas un homme « neutre » ! Touré n’est pas un nouveau venu sur la scène politique : il a 77 ans, il a participé au coup d’Etat du 3 avril 1984 qui, à la suite de la mort d’Ahmed Sékou Touré, a porté Lansana Conté au pouvoir et a été membre du CMRN. Plusieurs fois ministre, il a été très proche de l’ancien chef de l’Etat avant de prendre ses distances. Il retrouvera la proximité du pouvoir lors de la transition : il sera, au temps de Sékouba Konaté, secrétaire général de la chancellerie. La rumeur laissera entendre que c’est chez lui que s’est décidée la… désignation de Condé à la présidence de la République. Ne soyons pas naïf. Puisqu’il y avait « élection » et non pas « révolution », il fallait bien que la négociation soit au cœur de cette « transition » ; les militaires, quand ils sont au pouvoir, ne sont jamais des enfants de chœur (et, d’ailleurs, il faut se méfier, aussi, des enfants de chœur).
Bon, voilà donc Touré nommé médiateur de la République. Mais pas encore en poste. Il boude Condé ‒ qui n’aurait pas nommé assez de ressortissants de Basse-Guinée au gouvernement ‒ et Condé le boude pour en avoir fait publiquement la remarque ; Touré dira qu’il a cependant, pendant ce temps, parcouru le monde pour porter la bonne nouvelle « condéiste ». Reste à connaître la réponse à une question majeure : « qui t’a fait roi ? ». Touré va se répandre dans les médias, se plaignant d’être « snobé » par le chef de l’Etat. Et le vendredi 20 mai à Conakry, à l’occasion d’un « point de presse », il dira ceci : « Les peuls ont le pouvoir économique et ne devraient donc pas chercher à obtenir le pouvoir politique au risque de provoquer une tension dans le pays ». Belle déclaration pour un médiateur. On pouvait penser que de tels mots allaient le disqualifier, ses propos étant jugés scandaleux par les peuls et les « démocrates ». Or le 11 juillet 2011, Condé l’installe, enfin, officiellement dans sa fonction de médiateur de la République. Condé serait-il dans la main de Touré et de son mentor, Sékouba Konaté, celui qui a laissé sans faire d’histoires son job de « patron » à Condé ? C’est ce que laisserait penser l’arrestation, le 7 juillet 2011, à Conakry, du colonel Moussa Keita, ex-secrétaire permanent du CNDD au temps de Dadis Camara. Keita ‒ dont les Guinéens seraient, depuis, sans nouvelles ‒ venait de dénoncer le détournement de 22 millions de dollars par… Konaté !
C’est dans ce contexte de règlements de compte entre militaires qu’intervient la tentative d’assassinat de Condé au cours de la nuit passée ; si c’est, effectivement, une action militaire qui aurait échoué et non pas une provocation/manipulation ! (Diallo était attendu à Conakry après de longs mois passés à l’étranger ; mais il était encore hier ‒ lundi 18 juillet 2011 ‒ à Dakar, son vol ayant été annulé pour des raisons techniques ; or, chacun de ses retours est l’occasion d’une répression contre les militants de son parti, l’UFDG). Quoi qu’il en soit, près de vingt mois après la tentative d’assassinat de Camara (3 décembre 2009), la Guinée renoue avec ses vieux démons et Condé devrait, très rapidement, en tirer les leçons. En est-il capable ?
Jean-Pierre Béjot
La Dépêche Diplomatique
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Commentaires
Tiens webmaster, il faudrait faire un top five des plus censurés. Je devrais être bien placé.
Citation en provenance du commentaire précédent de KIM:
Mory vous débordez d'imagination, mais vous pourriez mieux faire en nous expliquant par exple
pourquoi Sidya qui savait ce que tout le monde savait (et qui l'a même exprimé aucours d'une réunion à la quelle vous même avez assisté) a choisi de s'allier au candidat qui n'avait aucune chance de gagner , malgré l'offre alléchante faite par le pro(fau)ssaire .
Par ailleurs, quand on parle d'immigrés en Europe, on ne parle ni des Américains, ni des Australiens, mais essentiellement des Arabes, tout le monde en est conscient, seuls les naïfs...
En Guinée quand on parle des commerçants, c'est aussi une manière indirecte de parler des peuls, seuls les naïfs...
Je partage enfin l'idée que certains termes (fumier par exemple) n'ont pas lieu d'être dans les commentaires. La vulgarité doit être censurée envers tous les internautes.
pourquoi Sidya qui savait ce que tout le monde savait (et qui l'a même exprimé aucours d'une réunion à la quelle vous même avez assisté) a choisi de s'allier au candidat qui n'avait aucune chance de gagner , malgré l'offre alléchante faite par le pro(fau)ssaire .
Par ailleurs, je vous trouve particulièrement vindicatif pour quelqu'un qui est protégé contre les coups par le webmaster. Le jour où il y aura l'égalité des armes sur ce site, vous serez muet longtemps à force de douches suite à vos joutes oratoires ou épistolaires perdues.
Mais tout ça, je laisse. Et je le mets sur le compte de l'âge.
Bien à vous car le Ramadan approche.
Citation en provenance du commentaire précédent de Oury Baldé:
@ Mory Diakité Ce fumier sénile inapte de Président d'AC et ses seules idées sékoutoureennes nous joue de la comédie mal scenarisée. La ficelle est trop grosse pour duper les gens. Tout ça lui retombera en pleine gueule.Mory on attend votre version .Ou c'est vous qui usez là d'un niéme pseudo en vous prenant pour Kaba ( le phrasé comme indice.J’accuse pas en vain) . Quelle couardise ! Oup’s ! Quelle courage j’allais dire .( Mon sms sur le post de Gandhi )
Citation en provenance du commentaire précédent de New Look:
@ Mory Diakité, vous n'êtes pas dangereux, vous êtes stupide...
Vous êtes simplement l'avocat du diable et vous me faites de la peine.
Relisez vous et vous comprendrez que la première partie de votre post n'aurait rien apporté à votre volonté de cacher le soleil avec votre main...
Vous êtes simplement l'avocat du diable et vous me faites de la peine.
Relisez vous et vous comprendrez que la première partie de votre post n'aurait rien apporté à votre volonté de cacher le soleil avec votre main...
Suis-je aussi dangereux pour être systématiquement blacklisté?
je vous recommande cet autre article rédigé par un béninois "donneur de leçons"
http://www.lanouvelletribune.info/index.php?option=com_content&view=article&id=8630:attentat-politique-en-guinee--une-senteur-de-manipulation&catid=13:etranger&Itemid=100055
Merci de lire également les posts des béninois sur la situation sociopolitique guinéenne, ça m'étonnerait qu'ils soient tous des peuls, c'est à dire vos "ennemis"
Je ne reviendrais pas sur vos digressions lorsque vous comparez les présidents Condé et Gbagbo. Ce genre de psychiatrie de supermarché n’a d’effet que sur les ménagères désespérées mais pas sur ceux qui sont au fait des réalités de leur pays. Je ne reviendrais pas aussi sur la description hallucinante que vous faîtes de la nomination du Pr. Condé au domicile du Gl Facinet Touré. Mon bon monsieur, si le Gl Facinet Touré, un MONSIEUR RESPECTABLE ET RESPECTE, avait un tel pouvoir, pourquoi n’a-t-il pas nommé directement un Soussou comme président ? Le poste de médiateur, comme celui de premier ministre, avait été demandé par la Basse Côte pour rallier le giron de l’Arc en ciel. C’est aussi simple que cela.
Dans ces conditions, on peut aisément passer de 18,25 % des voix au premier tour à 52,52 % au deuxième tour. Pourquoi ? 1. le second tour a été « organisé près de… cinq mois plus tard », ce qui permettait au Pr. Condé de passer des alliances, souvent même contre-natures. 2. La participation a été plus forte. 3. l’électorat de l’UFR (dont je faisais parti) a oublié les consignes de vote de son président, pareil à la NGR. Autrement dit, les alliés de M. Cellou Dallein Diallo étaient des coquilles vides.
C’est également une contrevérité de dire que le Pr. Condé ait été choisi parce qu’il rassurait les Occidentaux. Dans un article de Vincent Hugeux (publié le 14/09/2010, et disponible sur le lien suivant : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/le-piege-ethnique-des-elections-en-guinee_919287.html), il y a un encadré très intéressant intitulé « Pour qui vote Paris? » Vous y apprendrez très facilement pour qui roulait le président Sarkozy et pour qui roulait le ministre des affaires étrangères Kouchner. Une preuve supplémentaire de votre méconnaissance du cas guinéen, qui il est vrai, à votre décharge, est épineux.
Ce dernier aurait souhaité que cet article soit d'un Diallo, d'u Barry ou d'un Baldé. Si kaba pense que l'auteur est un "blanc" donneur de leçon, que pense t'il de Jean Baptiste Placca? des journalistes burkinabé qui à longueur de journée interpellent le monde sur les dangers de la "AlphaCondé gouvernance"?
Kaba, n'ul besoin de chercher à vous convaincre, vous avez déjà vos certitudes et cela vous rassure, plus besoin de concevoir que l'histoires des peuples évoluent et cette marche, nul ne peut l'arrêter, même si on se sent fort aujourd'hui, le monde a connu des peuples nettement plus forts et plus redoutables que votre machine "angbansanlé". l'apartheid et l'ivoité ne sont certainement pas des concepts nouveaux pour vous et pour votre professeur, qui ferait mieux d'aller à l'école de fela Barry et de Gandhi, plutôt qu'à celle de Alassane Condé et Saran Daraba Kaba et Ousmane Kaba, ils ne lui apporteront que soucis et blocage d'esprit, car pour eux, pour vous, tout le mal du monde est causé par "une certaine communauté", pour reprendre les maux de votre "maître", le "professeur"..
Dire que l'arc en ciel est composé de toutes les ethnies est exact, mais l'alliance des batisseurs l'était également. En revanche, AC décide de tout, les ministres ne nomment même pas leurs collaborateurs. Comment les ministres peuvent-ils avoir un pouvoir hiérarchique quand la nomination des hauts fonctionnaires et conseillers émane du PRG lui-même ? Ils font donc de la figuration. Pour ce qui est des élections, elles sont terminées et CDD a accepté le résultat, ce qui ne signifie nullement qu'elles étaient démocratiques. Au-delà des choses qui sont difficiles à prouver, mais ne soyez pas naïf (ou de mauvaise foi), contentez-vous d'analyser les PV de la CENI qui figurent sur son site. Elles remplacent toutes les discussions stériles et constituent des documents officiels qu'il est difficile de nier. Pour se rappeler comment on en est arrivé là , il faudra se rappeler le vol des 50 PC (en deux fois), et des PV et autres documents électoraux, ce qui explique la diversité des documents à la CENI, alors que ces documents devraient être standards. Encore une fois, là n'est plus le problème.
Enfin pour terminer, je constate que vous vous en prenez une fois de plus à l'auteur d'un article (Mr Béjot en l'occurrence), et non au contenu de ce qu'il raconte, et c'est bien ce que je reproche à une majorité d'internautes. Dénigrer une personne est facile, mais si on ne s'attaque pas au texte, tout le monde retiendra le contenu, ce que vous semblez ignorer. C'est pourquoi, je vous encourage malgré tout à continuer dans ce sens...








