Afrique : pourquoi la bonne gouvernance compte plus que l’aide

Facebook Imprimer    

 

CUDJOE_Franklin_2_01Réduire de moitié la pauvreté, améliorer l'éducation, et réduire la mortalité maternelle et infantile constituent des résultats souhaitables. Le seul problème est que dans les pays pauvres les objectifs ne seront pas atteints parce qu'ils sont basés sur un modèle défaillant de développement reposant sur l'aide extérieure plutôt que sur le changement de politique interne pour faciliter le développement économique et la croissance. Et ce changement de politique interne se voit opposer une farouche résistance de la part des dirigeants mêmes qui exprimaient, le mois dernier à New York, leur angoisse de l'absence de progrès. Et ce, sans doute parce qu'eux, leurs familles, leurs amis et alliés bénéficient copieusement du système actuel.

Ce système assurant des interventions planifiées complexes, avec peu de transparence ni de responsabilité vis à vis des dépenses des donateurs, implique que peu d’audits crédibles ont été effectués sur les milliards de fonds d'aide dépensés au cours des années. De telles dépenses auraient dû conduire à des améliorations dans le développement, mais ont en réalité seulement servi à enraciner les gouvernements mêmes dont les politiques entravant le développement.

Les dirigeants africains en particulier, ont fait le calcul de combien ils ont besoin pour perpétuer leur pillage - pardon : perpétuer le financement des OMD. Ils se demandent ainsi : « pourquoi les pays riches occidentaux ne peuvent-ils pas débourser 70 milliards de dollars chaque année pour atteindre les OMD ? C'est seulement une fraction de leur PIB annuel. Ils peuvent facilement s’en passer, et cela représenterait tant pour le monde en développement. » Les défenseurs occidentaux de l'aide jouent aussi leur partie, en dépeignant des images catastrophiques de la famine et de la maladie en Afrique pour justifier la demande.

Pourtant, d’une certaine manière, les dirigeants africains ont été en mesure de siphonner près de 150 milliards de dollars par an à leurs pauvres pays en développement pour s'enrichir eux-mêmes. Ce chiffre ne diminue pas, même avec la crise financière mondiale ou après que l’ancien président nigérian Obasanjo ait admis que ce vol habituel par les dirigeants africains ou encore, après les plaintes de corruption au sommet du G8 à Gleneagles il y a cinq ans.

En d'autres termes, les dirigeants africains ont pris l'habitude de voler 25 % du PIB du continent et de les engranger à leur profit plutôt qu’à celui de leurs concitoyens. Et le gaspillage, la spoliation légale, le climat d'affaires désastreux, et le copinage peuvent être trouvés même dans les pays africains considérés comme des réussites démocratiques tels que le Ghana.

Le fondement démocratique du Ghana s’est construit sur la politique de plans nationaux de développement qui sont présentés pour gagner l'appui des électeurs. Ces plans sont en grande partie soutenus par l'aide extérieure, qui n’exige pas de rendre véritablement des comptes, ou si peu. Les électeurs croient continuellement aux promesses, de la part de chacun des deux partis politiques aux deux dernières élections, que s'il était élu, il guidera le Ghana vers le statut d’une nation à revenu intermédiaire. Ces promesses s’effritent, avec une date cible passée de 2015 à 2020 et, sans doute, bientôt à 2025.

Le Ghana a connu une augmentation de l'aide pendant les mandats de ces partis politiques. Mais le résultat a été déprimant. Le Ghana perd cinq places dans l’indice Doing Business 2010 de la Banque mondiale, (de 87e à 92e) et a reculé de la 110e position en 2009 à la 114e sur 139 pays dans le classement 2010-2011 du Global Competitiveness Index (GCI) du Forum Économique Mondial.

Le programme de développement d'un gouvernement envoie un signal sur, entre autres, ses politiques macro-économiques, sa stratégie de développement du secteur privé, sa position sur la fiscalité et les droits de douane, son orientation sur la réglementation et la surveillance financière, et sur la gestion de la dette publique. Ces questions sont cruciales pour les investisseurs sérieux envisageant d’investir au Ghana, ou en Afrique plus généralement. Ces politiques cruciales, cependant, deviennent des considérations secondaires pour les gouvernements axés sur le maintien du versement de l'argent de l'aide.

Par exemple, en 2005, 80% de la dette du Ghana ont été annulés. Le but était de donner au pays un nouveau départ et une plus grande indépendance pour concentrer les ressources financières sur les priorités de développement plutôt que sur le service de la dette. Cela a permis au Ghana d'emprunter 750 millions de dollars sur les marchés financiers internationaux en 2007. Mais en 2008, tout cela a été gaspillé. Déterminé à récupérer des votes, le gouvernement a approuvé un déficit de plus de 20% du PIB du pays, (un record : encore plus que le déficit de la Grèce). En fin de compte, le gouvernement a perdu les élections, mais a laissé en héritage la dette et une croissance économique plus faible (de 7,3% en 2008 à une projection décevante de 3,5% pour 2010).

Et le Ghana est un modèle en Afrique. C’est dire ce que font les pays les moins exemplaires.

Lors du dernier sommet sur les OMD, la chancelière allemande Angela Merkel a appelé à un équilibre entre aide et bonne gouvernance comme condition nécessaire pour atteindre les OMD. Malheureusement, les gouvernements africains préfèrent généralement un déséquilibre avec une aide plus importante et moins de responsabilité. Les pays donateurs doivent comprendre cette réalité et cesser de produire des platitudes comme les OMD ou les objectifs d'aide, mais insister pour que les gouvernements africains adoptent des politiques qui libéreront l’esprit d'entreprise des Africains pour créer des richesses. L'aide peut assister les gouvernements qui ont déjà commencé à marcher dans cette voie, mais fournir toujours davantage d’aide dans l'espoir qu'ils s’engagent justement dans cette voie ne fait que perpétuer le statu quo.


Franklin Cudjoe

Franklin Cudjoe dirige le think tank ghanéen IMANI qui a été classé cinquième think tank africain plus influent en Afrique par le magazine Foreign Policy. Il dirige aussi le projet AfricanLiberty.org.


Publié en collaboration avec
UnMondeLibre.org

AArticle_logo1_0 

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
0 #17 Gandhi 29-10-2012 22:45

Parfois Patriote, je m'exaspère que vous ne comprenez rien. Si nous étions en face à face, je prendrai mon temps pour vous expliquer. A l'écrit c'est exaspérant.
Il y a des Guinéens valables aussi bien dans la diaspora qu'à l'intérieur du pays, mais ils ne dirigent pas. Nous sommes donc à la merci d'incultes, d'ignares, d'écervelés, ou d'autres qui utilisent la violence, car c'est la seule chose qu'ils maitrisent. Et évidemment avec des gens de ce niveau, il est très facile pour des étrangers d'en tirer profit.
Citer
 
 
-3 #16 Patriote 29-10-2012 13:13

Gandhi,
À vous lire, on comprend que vous voulez nous faire croire que tout ce qui est bien fait vient de l’étranger et tout ce qui est mal fait vient de nos chefs. Pour preuve, vous dites, je cite : "... (c'est le FMI qui gère la Guinée, même si c'est Kerfala Yansané qui en tire les bénéfices politiques) ..." Cette façon de voir les choses s'appelle manque de logique ou preuve de mauvaise foi.
Citer
 
 
0 #15 AOT Diallo 28-10-2012 20:44

Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
C'est évidemment de la faute des leaders qui ne cherchent pas de solutions, pour que nous nous en sortions nous-même. Leur solution de facilité, c'est de jouir des plaisirs du pouvoir, en laissant croire que le FMI impose ses choix. Certes le FMI impose ses choix, mais il y a moyen de ne pas en tenir compte (Botswana, Rwanda...), encore faut-il y avoir pensé avant. Nos dirigeants pensent peu... sauf pour rester là où ils ont.

Je rajouterai aussi qu'il suffirait que ces mêmes chefs d’état croient et appliquent les règles de la CEDEAO, en particulier la libre circulation des biens (surtout alimentaires) et des hommes pour que 80% de la famine soit éradiquée dans notre sous-tension. La SADEC a fait disparaitre la famine des pays du sud de notre continent.
Mais bien-sur quand le pouvoir confisque les récoltes des paysans pour les "gérer" dans des magasins d’état et vire des maliens pour délit de faciès en Guinée, la réalité de CEDEAO n'est pas pour demain..
Citer
 
 
+1 #14 Gandhi 28-10-2012 19:42

Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
If I understand you, the fealure of our leaders is not their fault but the fault of the IMF and the Worl Bank ?

C'est évidemment de la faute des leaders qui ne cherchent pas de solutions, pour que nous nous en sortions nous-même. Leur solution de facilité, c'est de jouir des plaisirs du pouvoir, en laissant croire que le FMI impose ses choix. Certes le FMI impose ses choix, mais il y a moyen de ne pas en tenir compte (Botswana, Rwanda...), encore faut-il y avoir pensé avant. Nos dirigeants pensent peu... sauf pour rester là où ils ont.
Citer
 
 
+2 #13 madina 28-10-2012 17:02

The most significant reason the rate of poverty is increasing in our countrys is because we have established a poverty culture,where generation after generation grows up expecting the west to support them.
Citer
 
 
-2 #12 Patriote 28-10-2012 14:15

Gandhi,
My last post is for you.
Citer
 
 
-3 #11 Patriote 28-10-2012 13:24

If I understand you, the fealure of our leaders is not their fault but the fault of the IMF and the Worl Bank ?
Citer
 
 
+1 #10 Gandhi 28-10-2012 11:40

Patriote depuis la Baule en 92, et surtout avec Balladur en 93, la France a décidé de laisser les institutions financières internationales faire la pluie et le beau temps en Afrique. La dévaluation du CFA viendra achever cette évolution. Même si vous ne voulez pas les voir, vous avez sans doute constaté qu'au début des années 90, chaque ministère guinéen, y compris la BCRG était coiffée par un conseiller français. Même s'ils sont moins nombreux, plus discrets, et parfois remplacés par des Africains en provenance du FMI et de la BM, ils sont toujours là. L'orgueil ou la nécessité d'affirmer sa souveraineté amènent parfois certains ministres à lire des documents qu'ils n'ont pas rédigé eux-mêmes, ou pire, dont ils ne comprennent même pas le contenu.... mais la Guinée avance, parait-il.
Citer
 
 
+1 #9 Telli Adams 27-10-2012 23:25

Mr AOT Diallo what I meant with missing the point is the author's assumption that development aid is beneficial to Africa. My point is that Africa has a lot to gain if the West in particular was playing fairly. Giving us less than 1% of GDP is not the equivalent of allowing fair trade as Oxfam Novib has shown in many of their studies. For instance France and the US subsidise their farmers which is detrimental to local african farmers. The author misses the point in not mentioning that most of African leaders are supported by the same western powers that now push for good governance. All these dictators have their stolen money in western banks, buying properties in Western countries. If the west really wants to aid Africa, they should stop supporting all these blood sucking dictators and selling off all stolen properties to return the money to the rightful owners which are the poor people struggling with less than a dollar a day to survive. Africans have ofcourse a part in this blame which is that we have turned a blind eye or remained passive for ages. Nobody will fight our battles for us especially if the status quo is favorable to them. We were at the same level with allmost all Asian countries in the 1960's. 50 years later Asia is vying for the top spot and Africa is slumbering. We should study how and why they are succeeding and we are not. Just look at South Korea, Singapore, Taiwan countries with virtually no mineral resources that are competing with the best in the world. Guinea has a position that is geographically beneficial. With a good policy the port in Guinea can have the same function in West Africa that the port of Rotterdam fulfills in Europe. Just a thought.
Citer
 
 
-2 #8 Patriote 27-10-2012 21:12

Gandhi,
If you think that is the IMF that manages Guinea, under which, since when and how ? Why didn't it do yesterday ?
Citer
 
 
+1 #7 AOT Diallo 27-10-2012 19:02

Citation en provenance du commentaire précédent de Telli Adams:
Well writen but it seems that you miss the point. Aid has not helped a single country to rise from poverty into the core of the international political economy...In an anarchical world we can only depend and count on ourselves, not others and not to an international community or organizations. De Gaulle ne disait-il pas que la France n'a pas d'amis, seulement des intérêts? So Africans Rise and Shine because the future is today.

Dear Telli, I agree with all your words but I see no contradiction between the post and your comments. Where does he "miss the point" ??
Citer
 
 
+2 #6 Bangoura sogbe 27-10-2012 18:59

Le developpement est endogène et nous en sommes bien d'accord.Cependant il nous faut une réelle volonté politique pour arriver à mettre les bases du décollage economique.
A la limite, les efforts effectués dans la mise en valeur des mines devraient certainemment être transférés vers des politiques agricoles plus agressives.
Le mal de la Guinée réside dans le manque de methode,d'organisation et de respect de la loi dans toute sa rigueur.
Citer
 
 
+3 #5 Gandhi 27-10-2012 14:50

Oui Telli Adams, nous sommes d'accord. Comptons d'abord sur nos propres forces (et elles existent), plutôt que de faire l'aumône. Pour un papier plus économique, et notamment sur la finance (et le franc CFA), je préfère attendre la fin des élections, car malheureusement ce n'est pas un critère de choix pour les électeurs. Or je préfère être utile à ces derniers d'abord.
Citer
 
 
+1 #4 Telli Adams 27-10-2012 14:05

Mr Gabdhi that is the reason that I suggested a mercantilist policy which advocates more production in our own country specially a self-sufficiency in agriculture and less imports from abroad. We need to transform our primary goods in Guinea to add a value instead of exporting only low goods such as minerals. The government can force the companies to implant factories by simplifying the laws and bureaucratic red tapes. The self-sufficiency in agriculture can be achieved by inducing the people involved in importing food to work together in order to invest in the local agriculture market. Incentives can be lowering the taxes or even tax exemptions as long as their production is used to satisfy the population's need. All guinean politicians are acting as the achievement of HIPC/ PPTE initiative is something worth celebrating while in fact it is just another round of conditionalities imposed upon our people from international global financial institutions that do not care less about Africans. It's all a charade to suck all the wealth from our lands and leave us in desolation. Government and Opposition are wrong in counting upon International institutions or Community. Mr Gandhi maybe you can write a paper on international finance specially those that have a bigger impact on our economies or even the theft that is Franc CFA. Africa can only develop by adopting a neo-mercantilist policy as the Asian Tigers found out before achieving an impressive advancement in the 1990's. So Africans rise and shine because the future is today. May Allah help us.
Citer
 
 
+1 #3 madina 27-10-2012 10:19

I think that also the prime reason of our poverty today is this AID.
Cette fameuse aide est juste un moyen d'asservir nos richesses.
Nos pays passent leur vie ä rembourser des milliards dont ils n'ont perçu que quelques miettes,tout le reste étant constitué d'intérêts et de penalités.Les quelques bribes perçus sont detournés et enrichissent les gouvernants.
C'est pourquoi,il est triste de voir des gens chanter et danser pour avoir obtenu un programme d'aide,alors que par cela justement,ils font le lit de la pauvreté qu'ils sont censés combattre.
Citer
 
 
+1 #2 Gandhi 27-10-2012 07:51

Oui Telli Adams, mais qu'a t-on fait pour lutter contre cela, notamment en 2012 ?
Nous subventionnons encore les importations de riz, plutôt que de soutenir nos agriculteurs. Qui se moque de qui ?
Qui revendique son appartenance à la FEANF, au panafricanisme, pour faire le contraire de ce qu'il dit ?
Quant à Dambisa Moyo, encore faut-il les cadres compétents (c'est le FMI qui gère la Guinée, même si c'est Kerfala Yansané qui en tire les bénéfices politiques) pour mettre en place ce genre de politique. Le Rwanda s'y essaye par exemple.
Ce n'est pas avec ce gouvernement dont la seule ambition est de voir des investisseurs étrangers venir y mettre de l'argent, pour prendre des commissions au passage, qu'on y arrivera.
Citer
 
 
+2 #1 Telli Adams 26-10-2012 17:02

Well writen but it seems that you miss the point. Aid has not helped a single country to rise from poverty into the core of the international political economy. Africa does not need aid, We need economic independence. The same countries advocating good governance are the same ones ploiting overtly and covertly to destabilize African countries since the so called "Independence" In fact Africa is one of the few places where Mercantilism has been abandonned at the instructions of the neo-liberal dominated global institutions as the World Bank, WTO and IMF. China, the US and EU are all practicing a form of Mercantilist policy to protect key sectors of their economies as agriculture, technology, etc ....
That is prime reason of introducing intellectual property rights after the GATT agreement into the Doha round which has not yet concluded. The global financial instutions dictate structural adjustment programs and liberalization of trade which are detrimental to the African economies since Africa only export low goods as minerals and agricultural goods while importing manufactured good. This process continues to lead to rising inequalities in the balance of payments of most countries. I suggest to the author only two books: Dambisa Moyo Dead Aid: why aid is not working, and John Perkins Confessions of an Economic Hitman, in order to realize that the salvation of African lies in our own hands. How can we put our hopes on others expecting them to help us solve our problems while we are potential rivals to them if we succeed in developing our continent? Neo-liberalism has braninwashed most intellectuals. Africa must pursue Real Politik as the one Bismarck practised. In an anarchical world we can only depend and count on ourselves, not others and not to an international community or organizations. De Gaulle ne disait-il pas que la France n'a pas d'amis, seulement des intérêts? So Africans Rise and Shine because the future is today.
Citer