Conjoncture : Fria, à chacun sa préoccupation !

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Si certains sont préoccupés par l’incertitude qui tenaille la cité de Fria suite à la grève qui perdure à l’usine, en revanche, la crise sans précédent que traverse la cité de Fria depuis avril dernier réjouit certaines mères de famille. Tant et si bien que les sorties intempestives de l’époux synonyme parfois chez nombreuses douces moitiés de vagabondage se sont sensiblement réduites.

Errance vous avez dit ? Un jeu favori, pourrait-on dire à Fria. Surtout quand tout tourne bien à l’usine où tous tirent l’essentiel de leur existence. Voilà que la grosse marmite (usine) ne bout pas depuis un semestre. Plus de petits vols à la pelle, ou, pour dire plus poliment, de business pour aller voir le « 2e ou 3e bureau Â», alors que l’épouse légitime, fidèle, courageuse, etc., croupit au foyer sous les agissements du mari jugé indélicat, absent et toujours idéalisé.

Les délinquants séniles donc, mêmes les plus irréductibles, semblent assagis à Fria. Ils sortent moins, rapportent certaines épouses. Ils boivent peu ou pas du tout l’alcool. Pas d’ailleurs trop de choix, car ils sont presque en « cessation de paiements Â». Et mieux, de nombreux lieux qui ne dorment pas, débits de boissons, bars dancing, etc., ont déjà mis la clé sous le paillasson. Faute de clients potentiels. Plus question d’avoir les yeux plus gros que le ventre, se dit-on. On s’en accommode de fait, en bon Guinéen. Résigné. Courageux et volontariste. En attendant le partenaire qui se fait pour sa part encore et toujours désirer.
 

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Mme Camara F., coincée dans le siège arrière d’un taxi en partance pour Conakry, est apparemment très bavarde. Elle a plus de dix ans de ménage, dix ans de calvaire, dix ans de stress lié à son foyer. Mais surtout dix ans dans le cocon d’épouse qui se veut fidèle, obéissante et encline à élever, sans bruit, ses deux garçons et deux filles. Cette femme-là qui nous a inspirés dit avoir trop souffert du comportement de son mari qu’elle qualifie tout de même de grosse canaille. « Il aime dehors, les petites filles et femmes mariées en quête de sensations fortes. Il me met une pression terrible pour ne pas que je réagisse. Soit il crie le matin en sortant, pour ne pas qu’il revienne à midi à la pause, soit c’est à 18 heures après le travail qu’il vient foutre la merde pour trouver une issue et se sauver la nuit tombée. Pour ne revenir, complètement saoul qu’après le milieu de la nuit. Â» Aujourd’hui, à part les tous premiers mois de la crise, raconte la bonne dame qui est actuellement la solution à tout à la maison, « mon mari sort moins. Sa voiture est même sur cales depuis des mois. Â»

Entre homme « en chômage technique avancé Â» ou « en congés forcés Â», c’est selon, il se raconte que des femmes se sont révélées plus responsables au foyer en assumant toutes les tâches de la maison. Rien de nouveau pour certains. « On n’entend même plus des cris dans les cités. Les hommes sont devenus très doux, plus attentionnés Â», raconte-t-on presque hilare. Mais jusqu’à quand ? Réponse sans appel de Mme Barry B. qui, elle, est tenancière d’une boutique de cosmétiques Ã  Fria: « Le soir même du possible règlement des arriérés. Â» Et d’aller plus loin. « Certains vont même se remarier. En guise de félicitations pour la première esclave de la maison, restée à couvrir des maris ingrats. Â» Aïe ! Mais, après tout, sait-on jamais !


Thierno Fodé Sow



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