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Après l’assaut : Comment Alpha Condé va-t-il rebondir ?
Thierno Fodé Sow Mercredi, 20 Juillet 2011 16:45
Le Président de la République refuse d’afficher tout esprit de représailles – arguant qu’il a été déjà victime de trois tentatives d’assassinats sous le long règne de Lansana Conté, donc selon lui « c’est une péripétie passagère » – suite à ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « Tentative d’assassinat dans la résidence privée ». Il reste pour autant très plausible, si en tout cas ce n’est pas une diversion faite d’un vrai faux complot classique, qu’il y aura désormais un Alpha Condé d’avant le 19 juillet et autre d’après.
Une question reste posée : Dans un climat politique tendu, aggravé par une économie exsangue et en quête permanente de marque, etc., comment Alpha Condé, le patron de la Défense nationale et du parti au pouvoir, va-t-il réellement rebondir sans verser dans la vengeance politique et/ou dans la purge qui risque d’emporter nombre d’officiers ? Cette inquiétude-là est au centre de tous les débats et discussions qui ont actuellement lieu sous des auvents, bar café, familles et même dans les bureaux de l’administration publique.
L’armée guinéenne, quant à elle, on l’aura compris, est jusque-là en proie à des troubles récurrents qui couvent. Des troubles généralement motivés par des revendications corporatistes. Etant donc un cliché encré depuis plus de 30 ans, on peut estimer aisément qu’avec l’assaut sur la résidence privée d’Alpha Condé, les intentions des auteurs et commanditaires sont à élucider ailleurs, dans le camp de l’opposition (?) dont aucun appel de soutien n’est encore signalé à la Présidence. Du moins, si l’on tient compte d’un extrait de l’interview accordée ce mercredi à Rfi par le « chantre du changement » en Guinée.
Une interview au cours de laquelle Alpha Condé dénonce d’ailleurs « beaucoup de discours violents » tenus ces derniers mois. Absolument un clin d’œil plutôt inamical et inopportun à ses pairs politiques de l’opposition dite radicale. Ce n’est toutefois pas les politiques seulement qui sont mis à l’index. Mais aussi des hommes en treillis : « Il y avait des officiers qui avaient l’habitude de prendre 200 ou 300 millions GNF par mois ; il y avait un fond bizarre de 10 milliards GNF que j’ai annulé. Evidemment certains ne sont pas contents mais on ne peut plus tuer le pays. J’ai fait aussi l’unicité des caisses, ce qui fait qu’il n’y a plus de comptes publics dans les banques, tout est centralisé au Trésor. On est donc en train d’assécher progressivement les différentes sources de corruption. C’est normal que les principaux bénéficiaires soient mécontents, mais il n’y a pas qu’eux… L’enquête établira les responsabilités, mais pour moi c’est une péripétie passagère », dira Alpha Condé, en rassurant par ailleurs que le peuple de Guinée et l’armée dans sa grande majorité sont pour la démocratie. Méprisé de fait par la classe politique d’opposition, à cause du caractère jugé plutôt autocratique du pouvoir, désavoué par une poignée d’officiers en décadence, Alpha Condé, reconnu pour sa rancœur et son allergie à la contradiction pourra-t-il poursuivre et cultiver « la modération de la réaction », et « la réconciliation prônée » ? Pour le président de la République, le doute ne se pose pour autant pas. La machine est enclenchée et pour y arriver, « Il faut que tout le monde s’asseye autour d’une table pour trouver un minimum de consensus pour la révision de la liste électorale. »
Cette profession de foi suffit-elle en revanche pour rassurer les plus sceptiques sur la sincérité du Pr Alpha Condé ? Les analystes sont divisés. Pour les uns, c’est une diversion pour souffler, se requinquer au moment où le climat politique est des plus irrespirables, malgré le progrès d’ouverture sans cesse affiché récemment par M. Condé lors d’une de ses déclarations faites sur les antennes de la RTG et lors de sa rencontre avec les Guinéens du Libéria. Pour les autres, nul n’a besoin de monter de grotesques spectacles pour « occuper » les Guinéens, déjà acquis pour le changement tant souhaité par le pouvoir de Conakry.
Seule évidence, il y a de gros risques d’exacerbation des clivages ethniques tant au sein de l’armée qu’au niveau de la scène politique, voire de la population dont tout ou presque respire la méfiance, ce, depuis l’entre-deux-tours de la présidentielle. C’est donc conscient de tout cela et ne récoltant rien de la division et de la rancœur semées ici et là par les faiseurs de roi que le Président guinéen « ne veut pas que le peuple soit mêlé à ça, parce que si le peuple s’en mêle, ce sont les pauvres qui vont payer. Donc nous allons faire en sorte qu’il n’y ait aucune manifestation populaire, ni de soutien, ni rien. C’est une simple péripétie. »
La France, elle, pense qu’« Il est important à présent que la démocratie guinéenne soit consolidée, ce qui passe par un dialogue politique apaisé et respectueux de tous et par la tenue prochaine des élections législatives », a déclaré dans un communiqué le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero. C’est certainement l’unique solution envisageable afin d’épargner la Guinée du chaos. Une Guinée, rappelons-le, qui n’est plus prête à pleurer toutes les larmes de son corps à cause d’intérêts politiques inavoués. Il revient donc au président de la République d’interdire, notamment à la garde présidentielle – certains ont été vus chez Bah Oury, selon une source proche de la famille du leader politique –, tous les actes aux effluves de règlements de comptes, d’excès, lesquels sont souvent attribués en pareil cas à des « éléments incontrôlés ». Comme pour noyer le poisson. Chacun connait ce terme consacré : il n’est pas nouveau.
TFS








