Fria: au-delà d’une usine d’alumine, une ville de 120 000 habitants à ne pas abandonner

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L’histoire de la société Friguia qui remonte à 1960 est suffisamment ancrée dans la mémoire collective des Guinéens, bien qu’il faille probablement rappeler certaines péripéties de gestion qui ont conduit à la dramatique situation d’arrêt qui prévaut depuis avril 2012.

Conçus à la base pour exploiter les mines de bauxite de Fria pour en faire de l’alumine métallurgique acheminée par voie ferrée autonome jusqu’au port d’exportation de Conakry, les équipements de l’usine comprennent entre autre autres, un groupe énergétique à base de chaudières industrielles à combustible fuel-oil pour la production de vapeur d’alimentation des procédés et d’autoproduction d’électricité.

Outre les consommations de vapeur considérables des installations basées sur le procédé Bayer, le projet d’Aluminium Pechiney prévoyait initialement d’alimenter en eau courante et électricité domestique, un ensemble de cités d’habitation, dont trois immeubles et plusieurs locaux administratifs, sportifs, hospitaliers, utilitaires et divers autres équipements. Soit de quoi couvrir les besoins d’une ville de 40 000 habitants, au pire de toutes les prévisions de croissance démographique.

Exploité par Aluminium Pechiney selon les mêmes schémas d’organisation que l’usine d’alumine dont dispose cette société à Gardanne (France) depuis 1894, le site de Fria a fonctionné de manière plutôt rentable pendant ses 13 premières années et ce, notamment grâce à l’efficacité d’un personnel guinéen compétent et discipliné. En 1973, suite aux premières tractations d’ajustement engagées avec les partenaires, Friguia est transformée en société d’économie mixte détenue à 49 % par l’Etat Guinéen (les 51 % répartis entre Pechiney et ses associés)

Ce changement notoire que l’on aurait cru destiné à rétablir l’équilibre des intérêts en faveur du pays, tout en sauvegardant les acquis des travailleurs guinéens par rapports à leurs homologues expatriés, avait marqué le début d’une inexorable érosion des avantages divers qui se rattachaient à leurs conditions de travail rigoureuses et exigeantes : limitation d’accès aux produits alimentaires distribués à l’économat d’entreprise, entre autres.

Malgré cela, et en raison d’une pauvreté ambiante de plus en plus durement ressentie dans les autres régions du pays, l’attrait des avantages et conditions de confort matériels assurés aux travailleurs de Friguia, toutes qualifications confondues, a néanmoins participé de l’explosion démographique de la ville de Fria, avec l’accroissement des besoins en eau et en électricité qui en a découlé, sans d’ailleurs qu’aucune mesure de restriction voire même de sensibilisation des usagers n’ait même été envisagée pendant de longues années.

Pour faire face aux besoins sans cesse croissants en eau et électricité de la ville, et en prévision d’un projet d’extension des capacités de production de l’usine finalisé en 1995, une troisième chaudière à vapeur industrielle fonctionnant au fuel-oil à été installée et mise en service par Aluminium Pechiney dès 1992.

Ainsi, pour mieux cerner la vocation sociale que l’Etat guinéen avait prioritairement donnée à la compagnie, il faut savoir qu’à niveaux comparables d’automatisation des procédés, l’usine centenaire de Gardanne où j’ai eu à effectuer une longue mission d’études à la même période, comptait 500 salariés environ contre plus de 3200 pour le site de Fria qui a certes, en plus, des activités de carrières et 145 km d’acheminement ferroviaire de l’alumine produite.

Le prix de revient rapporté à la tonne d’alumine produite, incluant forcément tous les frais annexes liés à la vie et à l’entretien des cités, équipements sociaux et édifices collectifs de la ville de Fria dont la population avait déjà décuplé en 1993 par rapport aux prévisions, voilà ce qui avait essentiellement motivé le retrait des investisseurs privés, dont Pechiney et ses associés, de Frialco en 1998.

Durant la période 1999-2002, où l’Etat guinéen était propriétaire à 100 % des parts de Friguia, il est à déplorer que certains hauts dignitaires du régime, dont les deux ministres plus directement concernés, aient transformé la gestion de cette société en une sorte « d’affaire de famille ». C’est ainsi qu’entre autres faits insolites, le chirurgien de l’hôpital de la ville qui était un cousin du ministre de tutelle, s’est fait nommer du jour au lendemain, directeur administratif et financier de l’usine en sus de ses fonctions habituelles. Tout comme on ne peut s’empêcher de rappeler qu’à la même période, ces deux ministres tout puissants du régime Lansana Conté et l’une des épouses du président de la République étaient actionnaires au capital de la société.

Quant au départ de la société Reynolds Metals Company qui n’avait accompli que le tiers de sa durée de contrat d’assistance technique et de gestion souscrit pour une durée de 10 ans par le biais de la société offshore Alumina Company of Guinea (ACG), l’on ne peut pas dire que cela ait été profitable à Friguia. En effet, de l’avis même de certains cadres exploitants de l’usine, non seulement les travaux de réhabilitation effectués par cette société avaient permis d’atteindre les objectifs visés d’extension des capacités de production à 640.000 tonnes d’alumine par an, et mieux, d’atteindre le record absolu de production de 800.000 tonnes pour l’exercice 2004.

La reprise en main des activités de Reynolds par la société Rousski Aluminium (RusAL), qui a débuté par une simple opération de rachat des parts d’un des partenaires de l’Etat guinéen, ne s’est traduit concrètement pour le site de Fria, si ce n’est par une meilleure garantie de vente de sa production ‒ dont RusAL était par ailleurs déjà le principal acheteur ‒, que par l’adjonction d’un nouveau générateur de vapeur et l’acquisition de locomotives d’occasion dont l’utilisation causerait aux exploitants, semble t-il actuellement, presqu’autant de soucis qu’avant leur acquisition.

Au-delà de tout ce qui apparaît correspondre davantage à des déclarations de (bonnes) intentions des dirigeants de RusAL, le fonctionnement des installations et équipements vieillissants de l’usine souffrait, jusqu’à l’arrêt début avril 2012, de carences multiples de gestion non imputables aux personnels guinéens. De sources concordantes fiables du site, il semblerait que les procédures d’approvisionnement en pièces détachées notamment, ne s’effectuaient plus dans les règles de l’art. A telle enseigne que certaines demandes d’entretien trainaient forcément en longueur, quand elles ne finissaient pas par être classées « non satisfaites ». Cela se traduisait au niveau de la carrière d’extraction de la bauxite par un nombre de plus en plus faible d’engins et de véhicules opérationnels, dans les unités de production et les utilités, par des défauts de fonctionnement d’équipements des procédés, et même au niveau des locomotives de transport Fria-Conakry, par des immobilisations de matériels roulants inutiles.

Quels que soient les termes commerciaux et les raisons invoquées pour la privatisation de l’usine de Fria avec son patrimoine minier et ses équipements de logistique et de transport, il est permis d’estimer que cela ne pouvait conforter à terme que les intérêts financiers et les visées spéculatives du postulant unique et conseiller de circonstance qu’était RusAL au moment de la transaction. Comment cela s’est-il joué au niveau du gouvernement guinéen ? Qui avait convaincu le président Conté d’accepter cette vente et qui y trouvait des avantages personnels et lesquels ? Autant de questions qui resteront sans doute encore durablement sans réponse. Cependant, même détenue à 100% par RusAl, il me semble que c’est le droit guinéen qui s’applique à toute société privée opérant sur le territoire national. Et comme tel, que le gouvernement actuel dispose de moyens juridiques et financiers pour éviter le drame humain et économique qui résulterait de la fermeture définitive de cette usine.

Et parmi les diverses raisons qui imposent une intervention efficace et décisive de l’Etat guinéen, on peut citer entre autres:

  • Les acquis de « pôle essentiel du patrimoine des compétences industrielles établies » que symbolise le site de production d’alumine de Fria: si l’on a compris que le développement réel du pays ne se fera pas au seul prix de l’exportation sans valeur ajoutée de nos ressources minières et autres matières premières, un tel site aux retours d’expérience considérables en matière de procédé de production d’alumine, incarne ce que ses 52 ans de fonctionnement ont procuré de plus précieux à la Guinée;
  • A l’image des sites d’extraction et d’exportation de bauxite de Kamsar et Sangarédi, l’usine de Fria et sa ville-cité d’habitation ont toujours offert en vain, des modèles d’inspiration notamment à l’administration guinéenne en matière d’organisation sociale, et du travail, de gestion de réseaux de distribution d’eau et d’électricité, ainsi que des équipements publics (transports ferroviaire et maritime, formation professionnelle, soins médicaux, etc.)

Au nombre des voies et moyens que l’Etat serait avisé d’utiliser sans plus tarder, l’on pourrait imaginer entre autres solutions:

  • Une offre d’action de sauvetage à travers le financement par l’Etat guinéen à hauteur de 10 à 30 millions USD, d’un projet de réhabilitation sérieusement préparé et chiffré en privilégiant les postes d’intervention prioritaire du site. L’inventaire, ainsi que les devis de réalisation de ces travaux devront être établis par une équipe projet mandatée, dans un esprit d’équité morale et professionnelle et en étroite collaboration avec les exploitants;
  • La mise en œuvre d’un projet d’études d’optimisation des consommations de vapeur, notamment sur le réseau basse pression qui couvre de nombreux postes de consommation dans l’usine. A l’image de l’usine de Gardanne, on sait ainsi d’expérience que ces longs réseaux peuvent révéler de réelles possibilités d’économies d’énergie;
  • La concrétisation effective des accords existants qui visent à confier à EDG et à la SEG les gestions respectives des dossiers de distribution d’électricité domestique et d’eau courante aux populations de Fria, tous statuts confondus: la situation actuelle qui fait que l’usine fournit gratuitement de l’eau et de l’électricité à une ville d’environ 120 000 habitants doit être revue afin d’affiner les termes de collaboration avec ces deux sociétés d’Etat;
  • Avec ou sans renégociation pour racheter des parts de cette entreprise à RusAL, l’Etat guinéen devrait saisir cette occasion pour prendre l’initiative de création d’un début de structure centralisée d’ingénierie axée sur la production d’alumine, voire de l’aluminium le jour où les potentialités électriques le permettront. Or, une telle structure dont nous avons les compétences et les moyens financiers et techniques, ne trouverait pas meilleur emplacement qu’auprès d’une usine en activité, soit à Fria. Cela ne relève, en grande partie, que d’une question de volonté politique de jouer enfin sur les bons leviers disponibles pour sortir le pays de sa léthargie endémique;
  • Enfin, je ne m’étendrai pas sur les effets de pollution que les rejets du procédé Bayer à forte utilisation de soude caustique est en train de causer irréversiblement à l’environnement. Un sujet sur lequel aucun Etat ne devrait plus peiner à faire respecter sa réglementation intérieure, n’eût été les phénomènes de corruption qui gangrènent nos sociétés, à tous les étages.


Conclusions

Toute piste de réflexion sur la question du manque d’attractivité de l’usine de Fria aboutit essentiellement à ce problème de prix de revient peu concurrentiel de la tonne d’alumine produite. Les charges à caractère énergétique et social qui ont franchi tous les seuils prévisionnels en raison de l’explosion de démographique de la ville, devront donc faire l’objet d’une gestion plus réfléchie et rigoureuse.

Si l’incompressibilité des effectifs actuels du personnel (3200 salariés) peut bien être défendue en raison du niveau relativement faible la masse salariale (7 milliards de FG/mois), force est à chaque Friaka, salarié de RusAL ou pas, de prendre conscience que le maintien des activités de cette mère-nourricière que constituaient l’usine et ses dépendances aura un prix à payer dorénavant.

Quant au projet RusAL d’extension des capacités de production de 640 000 à 1 400 000 tonnes d’alumine par an, il manque réellement de lisibilité par ces temps de baisse des cours de vente, surtout que les installations des unités existantes souffrent de problèmes de vétusté.

Enfin, avec les enjeux technologiques, sociaux et économiques qu’une pérennisation des activités de l’usine de Fria incarnerait pour l’avenir des besoins légitimes de transformation plus accrue de notre bauxite en Guinée, le gouvernement d’Alpha Condé devrait faire passer avant toute autre considération, les intérêts supérieurs de la nation en jouant à fond la carte de l’amélioration de l’attractivité du site de Fria. Il en va de l’image de dynamisme, de rigueur et de crédibilité que le pays renverrait enfin aux investisseurs qui hésitent à venir.


Ibrahima M’Bemba Sow
Energéticien, chef de projet (ingénierie)
Picardie (France)


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Commentaires  

 
+4 #9 madina 17-08-2012 17:34

J'apprécie hautement cette contributin pour son caractère ä la fois informatif et didactique.Il en ressort que Fria fonctionnait correctement jusqu'ä ce que RUSAL en prenne possession.
Le problème de Fria est loin d'etre le manque d'attractivité ou de rentabilité.C'est aussi stupide que de penser que le problème de la SOTELGUI( qui ne fonctionne plus aujourd'hui),est un manque de rentabilité ou d'attractivité.C'est absolu que le secteur minier et de telecommunications sont explosifs et rentables sous tous les cieux sauf sous le ciel guinéen de Alfa Condè et sa clique.
Le problème de Fria est un problème de petite gestion amateuriste et ordurière d'une part,et de couardise et d'irresponsabilité politique d'autre part.
Le gouvernement est pitoyable face ä ces flubistiers russo-ukrainiens qui ont pickpocketé l'usine de fria et qui opérent aujourd'hui un holdup en plein jour de Diandian avec comme boucliers les travailleurs guinéens de Fria.
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+2 #8 Gandhi 17-08-2012 09:31

Mr IB Sow, vous avez lu trop vite mon commentaire. Je suis optimiste de nature et ne désespère pas de l'avenir, puisque je considère que la Guinée est liée de façon ombilicale à la bauxite. C'est pourquoi ce projet et d'autres devront obligatoirement aboutir. Là où je suis perplexe,c'est de dire que dans l'environnement actuel, qui considère toute entreprise comme une vache à lait, c'est jeter l'argent par les fenêtres (sauf aspect social) que de trouver une solution immédiate à ce problème. Je ne fais pas confiance à ce gouvernement d'assistés pour trouver une solution pérenne. On a tué l'esprit d'entreprise, si tant qu'il ait jamais existé. On dilapide Sotelgui, quid d'EDG, de la SEG ? Tous vivent sur la bête (la chèvre broute là où elle est attachée), car ils ne voient les entreprises que comme une source de revenus, en amputant même le capital.
Que fait le gouvernement ? Il envoie du riz aux travailleurs, comme il a envoyé 300 millions à ceux de Zowota. Or, je ne pense pas que ce soit ça que les travailleurs demandent.
Par ailleurs, je suis heureux qu'il ne faille pas tout rénover en matière d'équipements, pour faire redémarrer l'unité de production. Mais l'État ne peut investir des millions dans une entreprise privée.... étrangère. Aujourd'hui je désespère que 50 ans après, nous en soyons toujours là. Lorsque le Koweit a été envahi au début des années 90, tout le monde a pu se rendre compte que le pays avait investi à l'extérieur. Pourquoi, la Guinée ne fait-elle pas partie du capital de Rio Tinto, Vale, Rusal, BHP Billiton, etc... alors qu'elle est partie prenante dans ces marchés, par le biais de ses matières premières ? Nous devrions être en amont et en aval, ce dernier point nous permettant de ne pas être dépendant des informations, déclarant que le marché est en baisse, et que....et que...
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+3 #7 boubacar d doumba 17-08-2012 05:52

@ Ibrahim Mbemba Sow! Bonjour mon frère§ Merci pour tes voeux et ton message que j'ai reçu 5 sur 5 et que j'ai bien apprécié.Ma première visite à la Cité Fria remonte à 1978,où j'étais invité par un jeune cadre de l'usine pour les fêtes de fin d'année.Ce fut pour moi un séjour inoubliable et à l'époque l'usine était très bien gérée par le partenaire exemplaire Péchiney et les cadres , nationaux et expatriés.Je ne sais pas ce qui s'est passé après 1984 et comment 'tout s'est gâté à Friguia.
Les échos que j'ai eus me permettent de penser que les premiers adversaires du vrai développement chez nous sont avant tout des enfants du pays.
Imagine que ce jeune cadre très compétent et intéègre qui m'avait invité en 1978 à un moment donné s'est battu de toutes ses forces pour le fonctionnement de cette usine.Son intégrité ! était telle que des cadres guinéens de l'usine lui ont créé toutes sortes de problèmes."Tu ne bouffes et tu nous empeches de bouffer, tu dois dégager".Un jour c'est un énorme serpent mamba qui s'est dressé en fâche de lui lorsqu'il a ouvert sa chambre.Je laisse de côté d'autres vilénies sans parler des attaques dont il fut l'objet sur le plan occulte.
La Guinée est malade de ses enfants.La cité Fria et son usine est à l'image de la gestion du reste du pays.Ce n'est pas un cas particulier.Que dire de CBG et de OBK?
Cela me fait mal à l'idée qu'après la ruée vers l'alumine, Fria devienne une ville -fantôme et que notre pays sombre en une vulgaire république bananière.
Le défi à relever est gigantesque pour notre pays, pas seulement pour Fria.
Tu as raiso: wakkilodhen, dadhitodhen !Yo allah wallouen!
Guinée weloyaye! Fria wilitaye weloya incha Allah!
Bonne fête de l'AÏD El Fi
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+6 #6 Ibrahima MBemba SOW 17-08-2012 02:53

Kôtô Doumba, si immâka wakkilâ, wônta nî-èn tebbhè-lèllè è-ndi léidi-mèn !!
Kô salimafô môddhôn dôh, Was-Salam!
Cher Gandhi, j'ai toujours loué votre optimisme et vous avez raison de continuer à voir les choses à moins et long terme. Si 2 ans ont suffit pour que chacun comprenne que ce n'est pas la gouvernance d'AC qui dotera le pays des structures et programmes de développent adaptés qui lui manquent, ce n'est pas non plus en désespérant de l'avenir que nous raccrocherons la charrue aux bœufs un jour..Ce que j'ai voulu dire dans ce papier, c'est que Friguia devrait être à nos espoirs d'industrialisation du secteur de transformation de la bauxite guinéenne, ce que la Sonatrach est à l'industrie des hydrocarbures en Algérie (par exemple), ou Areva à l'industrie électronucléaire française. Jamais rien de sérieux et rentable pour la nation ne se fait tout seul, surtout dans un pays où les mots "patriotisme" et "honnêteté" ont été littéralement bannis de la culture nationale. L'usine de Fria n'a heureusement pas besoin des montants faramineux (50 millions USD) souvent avancés pour sa révision: il ne s'agit pas de remplacer tous ses équipements (ce qui coûterait inutilement trop cher aujourd'hui), mais de rénover certaines parties que les exploitants (guinéens) connaissent parfaitement.
Bref! S’il est difficile d'avoir une idée précise des pertes de RusAL à Fria, leurs arrière-pensées sur le futur site de Dian-dian me paraissent "un peu trop" flagrantes. Bien à vous !
Cher Alpha, les installations conçues suivant le procédé Bayer ne pourront pas être remplacées. Les problèmes de pollution doivent tout simplement être traités techniquement, sans complaisance, de manière à respecter les normes de rejet que les producteurs respectent ailleurs dans tout pays réglementé. A propos de plan social, certains cadres en âge de retraite ne demanderaient pas mieux que de partir aujourd'hui.
En dépit d'accords évoqués, EDG qui est sur place, fait payer l'électricité fournie par l'usine aux Friakas non salariés de RusAL, conserve pour elle toutes les recettes. Quant à la SEG, ses agents ne sont jamais arrivés d'où les coûts de fourniture d'eau et de mains d'œuvre correspondantes toujours supportés par l'usine. En commençant par régler tous ces problèmes de "charges sociales" de manière concertée et responsable, l'Etat se mettrait en position confortable pour pouvoir négocier sereinement avec RusAL autour de tout projet d'acquisition d'autres mines.
En un mot, lorsque l'on sait que le salaire d'un cadre expatrié est de l'ordre de 13 à 17 000 USD/mois avec tous les frais de déplacement et de séjour (quasiment) payés, on comprend aisément que RusAL n'est pas dans une logique de fermeture définitive. L'erreur des syndicalistes aura été d'arrêter la production et bloquer le site. Mais nous parlons là, de l'unique usine d'alumine du continent, dans un pays dont l'économie est la plus dépendante de ses énormes réserves de bauxite..Bonne fin de Ramadan !
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+3 #5 Ibrahima MBemba SOW 16-08-2012 23:23

Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
Merci Mr Sow pour toutes les informations importantes fournies. Mais comme je l'ai déjà dit, si Friguia n'est pas rentable et ne peut pas l'être à un court ou moyen terme, rien ne servira à vouloir la garder. Aucun investisseur n'acceptera y perdre son argent alors qu'il peut gagner ailleurs. Il est vrai que Friguia a une rentabilité sociale en ce sens qu'il emploie plus de 3 000 ouvriers, mais il pourrait devenir une charge supplémentaire pour l'État en ces temps de vaches maigres. Oui, il faut sauver les emplois, mais à quel prix ? Dès lors, une étude technique et financière plus élaborée par des experts bien avertis s'impose pour qu'on prenne la bonne décision.

Cher Patriote, sans parler comme vous de "rentabilité sociale", mon propos était entre autres, de suggérer que l'Etat fasse procéder de manière compétente et fiable à cet état des lieux de la société que vous appelez "étude technique et financière" avant toute chose. Les responsables d'encadrement guinéens du site ont une SOLUTION que personne n'a voulu écouter encore. Mais comprenez que cette usine d'alumine ne doit pas être perçue comme une simple entreprise commerciale, si l'on veut maîtriser notre avenir industriel...Bien à vous!
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+2 #4 AOT Diallo 16-08-2012 21:22

Merci Mr Sow pour ces explications claires et dites simplement ce qui prouve que vous savez parfaitement ce dont vous parlez. Cela me fait plaisir que ce soit sur ce site car cela prouve encore une fois son utilité pour tous les intellectuels patriotes guinéens qui veulent bien comprendre les différents défis et contraintes de notre développement futur - le jour ou nous commenceront effectivement...
Je voudrais insister sur les questions de patriote (et un peu Gandhi) sur le rapport "qualité-prix" ou sur une analyse "cout-efficacité" de cette usine et de la poursuite "logique et rentable" pour un industriel dans le contexte actuel du secteur:
- le procédé Bayer peut-il être remplacé simplement et a couts réduits: je rappelle que Friguia est une véritable catastrophe écologique mais que cela est caché par le pouvoir actuellement - sauf par PKK quand il veut de l'argent de poche.
- En tout état de cause Enelgui et la SEG doivent dès maintenant reprendre leurs responsabilités pour éviter cette dépendance a une usine qui de toutes façons finira par fermer un jour des que le réserves seront épuisées.
- Pourquoi pas un plan social pour ramener ce personnel au minimum avec départs volontaires et incitations ?
- pourquoi pas envisager de donner a Russal un autre site sous réserve de garder tout le personnel restant - sauf les syndicalistes irréductibles ?
Bref le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Y mettriez-vous toutes vos économies aujourd’hui ? (juste pour rire)...
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+3 #3 boubacar d doumba 16-08-2012 19:12

Diaka Firiya wélino !
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+5 #2 Gandhi 16-08-2012 18:44

Si de manière cynique on considère que Guinée = bauxite, ça signifie qu'une partie du développement de ce pays doit se faire via l'exploitation de cette ressource. Il existe en outre des ressources humaines - dont il faudrait évaluer le retour d'expérience - qui sont beaucoup plus précieuses que les ressources minérales. Concrètement, il faut prendre le problème sérieusement (y compris revisiter le passé pour repartir sur de nouvelles bases, voire remettre un peu de sérénité sur ce dossier qui pollue périodiquement l'atmosphère) et envisager un développement à moyen et long terme. Il ne s'agit pas de promettre la lune, alors que pour Fria, il faudra peut-être renouveler l'ensemble des équipements. En revanche, un projet de développement avec usine d'alumine (qui existe déjà) et une autre d'aluminium (d'où les investissements énergétiques préalables), même sur 10-15 ans doit se mettre en place en toute sérénité.
Enfin, il faut rappeler ou apprendre aux Guinéens, que la finalité de l'entreprise, c'est de gagner de l'argent et non d'enrichir seulement ses actionnaires ou ses salariés. C'est cet argent qui permet d'investir et de se développer. L'État peut avoir une minorité de blocage, mais n'est pas là pour s'engraisser, mais au contraire pour vérifier que les différentes politiques suivies vont toujours dans le sens du développement.
On en revient toujours aux mêmes conclusions. Pour mettre en place des entreprises, ou développer celles qui existent avec une participation de l'État, encore faut-il avoir l'esprit d'entreprise. Ce n'est pas du commerce ou on achète 100 aujourd'hui pour revendre 200 demain. C'est un investissement ou on dépense beaucoup, sans être sur de récupérer (d'où la notion de risque), et lorsqu'on commence à en récupérer les fruits (l'argent n'est que le signe que ça marche et non une fin en soi), on l'utilise comme moyen, pour se développer et non pour en profiter. Pour gagner de l'argent facilement on fait du commerce. L'industrie c'est autre chose. Or si entrepreneur il y a en Guinée (au sens de Schumpeter), ils ont extrêmement rares, et ne sont pas dans un environnement qui leur est favorable.
Quant à la rentabilité d'une telle affaire, je suis persuadé qu'elle est réelle, mais ce n'est pas l'État, tel qu'il existe aujourd'hui, qui doit y investir à fonds perdus (il ne sait pas où il va, et AC donne l'impression d'être plus intéressé par les mines de l'Est).
Pour être concret par rapport à la situation actuelle de Fria, je vais être clair. AC a raté son examen de passage pour favoriser l'entreprise en Guinée, c'est définitivement mort. En dehors des gros projets miniers (seul Rio Tinto semble avoir le vent en poupe), il n'y a aucune perspectives. Ne comptez pas sur moi pour conseiller le gouvernement actuel sur ce qu'il faudrait faire, alors qu'il s'est mis dans le c... tout seul. Il doit assumer ses décisions (ou non décisions) et advienne que pourra. Cela n'empêche pas que sur le fonds, la Guinée est assise sur de la bauxite, donc elle doit obligatoirement compter (mais surtout pas exclusivement) sur cette ressource pour avancer.
Le papier de Mr Sow montre qu'il existe des Guinéens qui s'en soucient. Si seulement on se préoccupait de rassembler (mot magique par ailleurs) les cadres qui connaissent ce secteur, afin de les consulter en vue de participer à la mise en place d'une politique minière, la Guinée s'en porterait mieux. Qu'on ne désespère pas, cela viendra...
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+4 #1 Patriote 16-08-2012 14:24

Merci Mr Sow pour toutes les informations importantes fournies. Mais comme je l'ai déjà dit, si Friguia n'est pas rentable et ne peut pas l'être à un court ou moyen terme, rien ne servira à vouloir la garder. Aucun investisseur n'acceptera y perdre son argent alors qu'il peut gagner ailleurs. Il est vrai que Friguia a une rentabilité sociale en ce sens qu'il emploie plus de 3 000 ouvriers, mais il pourrait devenir une charge supplémentaire pour l'État en ces temps de vaches maigres. Oui, il faut sauver les emplois, mais à quel prix ? Dès lors, une étude technique et financière plus élaborée par des experts bien avertis s'impose pour qu'on prenne la bonne décision.
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