Revue de « La Chine en Afrique »

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KODIA_Noel_01Les relations entre l’Afrique et la Chine est un sujet d’actualité depuis que cette dernière est devenue la deuxième puissance économique. La Chine en Afrique de Julien Bokilo, aux éditions L’Harmattan (mars 2012) nous éclaire sur les tenants et les aboutissants de la concurrence entre Chinois et Occidentaux en Afrique. Il révèle aussi l’intérêt des pays émergents comme l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud pour le continent.


L’Afrique convoitée par les Chinois et les Occidentaux

Dans leur quête des ressources naturelles au meilleur prix, les Occidentaux, les Chinois et certains pays émergents, se livrent une bataille sans merci en Afrique. La Chine s’y est implantée massivement, les ex-colonisateurs y ayant perdu leur monopole. En ce XXIe siècle, le continent africain est devenu un enjeu géostratégique de la planète, convoité surtout par les deux grandes puissances du moment : les USA et la Chine.


Course aux matières premières entre Américains et Chinois

Dans cette lutte acharnée pour « s’accaparer Â» des matières premières du continent, la Chine est devenue le troisième partenaire commercial du continent et le premier fournisseur devant la France et l’Allemagne. Le volume des échanges entre la Chine et l’Afrique progresse d’une façon exponentielle, la diaspora chinoise devient de plus en plus importante que celle des USA. Les Américains rivalisent avec les Chinois dans l’achat des matières premières des Africains ; aussi ces derniers peuvent améliorer leur taux de croissance en proposant leurs produits aux plus offrants. Malgré cette course aux matières premières sur le continent depuis que la Chine s’est intéressée aux « richesses africaines Â», Américains et Chinois « ne franchissent pas la ligne rouge Â», ce qui mettrait en péril l’interdépendance de leur économie. Cette course aux matières premières a été provoquée par la diminution des réserves de pétrole du côté américain et la nationalisation du pétrole vénézuélien ; ce qui a poussé les Américains à s’intéresser davantage aux pays africains producteurs de matières premières pour répondre à leurs préoccupations énergétiques. Ils peuvent y associer la bonne gouvernance comme au Ghana. De leur côté, les Chinois adhèrent au principe gagnant-gagnant, ne s’occupant pas de la gouvernance des pays africains. Peu importe les régimes (démocratiques ou tyranniques) en place.

Le pétrole devient l’objet principal des échanges commerciaux entre les USA, la Chine et l’Afrique avec 12,6% de la production mondiale depuis 2008. Américains et Chinois sont en concurrence dans presque tous les pays du golfe de Guinée. Avec le premier forum Chine-Afrique tenu en 2000 et qui a favorisé l’entrée massive des commerçants chinois sur le continent, les Occidentaux sentent leur position privilégiée menacée. Et l’auteur d’illustrer cette situation par l’exemple de la République démocratique du Congo, un pays riche en ressources minières qui a signé de gros contrats avec la Chine à hauteur de plus de 15 milliards de dollars.

De la rivalité pour les ressources énergétiques du continent, Américains et Chinois s’affrontent aussi politiquement : on l’a remarqué dans le conflit soudanais quand la Chine, exploitant le pétrole dans ce pays, s’est opposée à l’envoi d’une force de maintien de paix au Darfour, comme le préconisaient les Américains au Conseil de sécurité.


Rivalités entre Américains et Chinois,  les uns voulant ralentir la progression des autres en Afrique

Pour ralentir l’avancée des Chinois en Afrique, les Américains préconisent d’aider les pays africains dans le domaine agricole, et surtout économique. Des entrepreneurs afro-américains et politiciens « enthousiastes et militants Â» veulent investir dans le secteur bancaire où les Chinois ne sont pas encore très présents. Aussi, l’enjeu de leur retour sur le continent apparaît manifeste surtout à la fin de l’année 1990 quand ils commencent à y investir. Ils sont largement présents dans la diplomatie comme on le constate au Congo-Brazzaville. Les lobbies évangéliques apparaissent aussi comme un atout chez les Américains pour ralentir l’implantation des Chinois en Afrique. Les USA mettent en exergue l’importance de la prière vis-à-vis de la politique et profitent des réseaux religieux pour obtenir la faveur des gouvernants et des populations. Aussi, se remarque chez les Américains une prolifération d’œuvres caritatives au service des plus démunis moralement et matériellement en se fondant sur la foi religieuse. Mais sur ce plan, la Chine ne s’avoue pas vaincue : elle s’intéresse, à son tour, à la construction des églises à bas prix et imprime la plupart des bibles utilisées sur le continent.


Rivalité USA/Chine : la conquête du continent par les pays Brics

Devant cette lutte entre Occidentaux et Chinois sur le marché africain, les pays émergents s’implantent aussi sur le continent avec des échanges commerciaux et des investissements. Les autres BRIC imitent la Chine dans sa politique économique avec le continent. Aussi, devant le caractère on ne peut plus asymétrique des échanges économiques entre Chinois et Africains, se développe chez ces derniers la volonté de coopérer économiquement avec d’autres pays émergents (Inde, Brésil et Afrique du sud). Mais se remarque une différenciation dans les échanges : si la Chine s’appuie sur l’idéologie et les entreprises publiques avec importation de sa main d’œuvre, les autres pays Brics (Brésil et Afrique du Sud) privilégient les entreprises privées sur le continent.


Noël Kodia
Essayiste et critique littéraire congolais.


Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


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Commentaires  

 
+1 #4 Patriote 08-08-2012 21:02

Vous avez à peu près dit l'essentiel Mr Mamadou S. Diallo en déclarant, je cite : "Il nous faut beaucoup moins les matières premieres; beacoup plus la matiere grise." Moi je repréciserais en disant que si les ressources naturelles ne sont pas de la création humaine, il nous faut beaucoup plus de matière grise pour les mettre en valeur. Chinois, américains ou autres ne viendront jamais le faire à notre place. Ils viendront pour leurs propres intérêts.
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+1 #3 Mory DIAKITE 08-08-2012 19:30

Je suis un partisan forcené de l'arrivée des Chinois en Afrique. Depuis que cette puissance économique a jeté son dévolu sur notre continent, les autres puissances ont commencé à reconsidérer leur vision qu'ils avaient de nous.
Qu'est-ce qu'on est loin du discours de Dakar ou de celui de Bamako où, un petit monsieur sur talonnettes, a osé affirmer que la France n'avait pas besoin de l'Afrique.
Toutefois, si l'Afrique ne se contente que de permettre l'accès à ses matières premières, elle ne s'en sortira pas. Ce qu'il faut, c'est encourager la production locale et la valeur ajoutée.
Tout le monde sera gagnant (Chinois et Africains). En effet, savez-vous que les USA ont signé un accord de libre-échange avec les pays de l'ACP. Ainsi, sur une liste de marchandises, près de 97% sont éxonérées de taxes. Or, c'est parmi les 3% de cette liste que l'on retrouve la quasi unanimité des produits africains. La Chine serait donc bien inspirée de venir fabriquer des TV et des voitures en Afrique pour les exporter vers les USA à 0% de taxe ! Les Africains quant à eux bénéficieraient de ces investissements productifs chinois, ce qui fera du bien aux caisses (vides) de nos Etats.
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+1 #2 Couleur Tropicale 07-08-2012 08:34

"Mais se remarque une différenciation dans les échanges : si la Chine s’appuie sur l’idéologie et les entreprises publiques avec importation de sa main d’œuvre, les autres pays Brics (Brésil et Afrique du Sud) privilégient les entreprises privées sur le continent."
Cette remarque est dépassée. Premièrement, les relations sino-africaines s’inscrivent aujourd’hui dans une logique totalement « désidéologisée », deuxièmement, il y a une vaste diversification de ces entreprises sur le continent. Ces dernières années, ce n'est pas seulement les trois grandes compagnies publiques qui tire dans les ressources naturelles (pétrole et minerais principalement) du continent, il y a également une floraison de PME. Enfin, troisièmement, l'exportation de la main-d'oeuvre locale est maitrisée et dépend généralement du pays bénéficiaire du projet. Dans le cs du Brésil, c'est le contraire de ce que vous dites : ce sont les grandes compagnies qui sont actives sur le continent. La Russie idem. L'exception serait peut-être l'Afrique du Sud... (auteurs consultés : Broadman, 2007; Brautigam, 2008, 2009; Goldstein et al., 2006).
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+1 #1 Mamadou S. Diallo 07-08-2012 04:03

Rivalite ou les acteurs principaux sont les USA et la chine. L'Afrique bien que'elle soit l'objet de convoitise et completment hors-jeu et se contente de la triste position de spectateur alors que les autres decident de son destin. Les Africains doivent enfin comprendre qu'il faut absolument etre maitre de son destin pour se developper et s'epanouir. Les chinois, les Americains sont la pour leurs interets. Il faut que les Africains cessent de naivement trop lire sur cette rivalite USA/chine. Il faut etre pour l'un contre l'autre, il faut agir pour l'afrique. Soyez maitre de votre propre destin. On ne se developpe pas seuleument avec les es resources naturelles. Il nous faut beaucoup moins les matieres premieres; beacoup plus la matiere grise. C'est ahurisssant d'obsever en Afrique cette forte correlation entre la preponderance des resources naturelles et le sous-devellopement, la corruption, l'absence d'institutions efficaces.
Je vous invite a ecouter cette interessante presentation sur TED/TALK sur la "Question Africaine" d'un journaliste Ougandais
http://www.ted.com/talks/andrew_mwenda_takes_a_new_look_at_africa.html
Aussi une autre reference a l'abondance des resources naturelles en Afrique et son sous-developpment. Une observation datant de 1882!
http://www.jalc.edu/loganspeech.php
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