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Le cafard enchanté : Guinea is back, avec quelle diplomatie ?

Moïse Sidibé  Samedi, 19 Mai 2012 11:23

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SIDIBE_Moise_01L’un des plus grands challenges d’Alpha Condé est de ramener la Guinée dans le concert des nations. Dès après la prestation de serment au Palais du Peuple, il a lancé le slogan « Guinea is back », un émule de cet autre « Yes we can» d’Obama. Pour le faire, il faudrait mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et déterminer les priorités, changer les pièces défectueuses, huiler la mécanique pour un rodage avant d’entrer dans la compétition. Dans le cas de ce navire, qui ressemble à s’y méprendre au « bateau du septennat » ou du «kudai» et qui faisait se désespérer à hurler « l’opposition la plus bête du monde ». Et cette vérité cinglait tous les opposants jusque dans leurs tréfonds à cause de leur incapacité collective à faire lever un général malade de son fauteuil. Maintenant que le chat est parti, les souris ne savent plus comment accorder les violons. Lansana Conté a tout fait pour confisquer le pouvoir pendant également 26 ans, comme son prédécesseur. L’on avait fait accroire à Dadis Camara qu’il n’y a jamais deux sans trois, qu’il pouvait, lui aussi, le garder au moins pour dix ans. Pour celui qui a eu la chance de vivre toutes les péripéties de ces trois parcours, un seul constat : Echec.

Aucun des trois n’a obtenu la quiétude sociale qu’il souhaitait, aucun n’a pu sortir le pays du sous-développement et de la misère, et tous les trois ont été l’objet d’un ras-le-bol de leurs concitoyens dont ils se sont éloignés à perte de vue par des bains de sang.

Qu’est-ce que l’élégant séducteur et tribun Sékou Touré, dit «TP» (trois-poches), le militaire franc, taciturne, affable et gouailleur, Lansana Conté, et l’impétueux et lunatique Dadis Camara, n’ont pas suscité comme espoir de cette pauvre Guinée ? Qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait comme unanimité, à un moment, et qu’est-ce qu’ils n’ont pas subi comme rejet à la fin parce qu’aucune attente n’avait été atteinte ? Certes, il y a quelques acquis à l’actif de chacun d’eux que les héritiers cherchent présentement à broder et à brocarder, selon les positions. Mais qui a réussi l’unité nationale et le décollage économique ?

Alpha Condé est sur leur trace et il a l’avantage d’avoir vécu et combattu leurs errements. Il a cette expérience mais il manque un petit quelque chose. Voilà plus d’un an qu’il est en train de faire du sur-place. Il est pris en otage par un entourage élargi mais conservateur à l’envi, et qui résume grosso modo les 52 ans du PDG et du PUP. Les Guinéens sont naturellement paisibles et n’aiment pas trop jouer les trublions, seulement, le Printemps arabe, la lame de fond, a suscité des remous partout comme toutes les grandes révolutions de ce monde depuis Spartacus, la prise de la Bastille, la révolution bolchévique, la vague des indépendances et enfin la démocratie et l’alternance politique. Aucune volonté n’a pu freiner la marche inexorable de l’Histoire. L’échec dans les trois cas se trouve dans trois bottes, dans trois bouquets de causes semblables bien que les temps soient différents. Mêmes causes, même conséquences. Chaque régime s’est cramponné à son entourage biologique ou politique, plus dévastateur que constructif. Personne n’arriverait à donner des explications satisfaisantes à cet atavisme, à cette répétition compulsive de faux-pas. La reconstruction de ce pays doit être au-dessus de tous les sentiments personnels, et toute la responsabilité est entre les mains d’Alpha Condé. C’est le moment ou jamais car jamais les oppositions ne sont autant à leur paroxysme. Comment pourraient vivre les Guinéens dans une atmosphère aussi infernale en tirant continuellement le diable par la queue sans risquer de la lui arracher ? Comment entretenir cette explosive situation éternellement ? Et plus ça dure, plus ça devient difficile. Tous les Guinéens : Soussous, Peuls, Malinkés, Forestiers et l’Assemblée Nationale qui sera demain mise en place, doivent accompagner les actions de développement d’Alpha Condé parce que si jamais il échoue, rien ne va jamais réussir en Guinée ; et ce n’est pas Cellou, Sidya, Kouyaté, Sylla ou autres « fougoufougou-fagafaga » qui pourront réussir après l’échec d’Alpha, et cela mérite mure réflexion. En attendant, il reste 4 longues années de sabordage. Libre aux Guinéens de scier la branche sur laquelle…


Guinée is back, mode d’emploi

Pour un retour honorable sur la scène internationale, il faut des préalables : un assainissement de la gestion des finances publiques et sortir de la dette, une productivité croissante, une bonne gouvernance avec des notes de bonne conduite démocratique et des libertés individuelles et enfin une diplomatie forte et compétente pour se faire entendre. Actuellement, le pays cherche à sortir de la pétaudière. Les frimes et esbroufes du pouvoir et de l’opposition, c’est jouer avec du feu, tout le monde risque de se brûler les doigts. La dernière sortie de l’opposition a secoué le parti au pouvoir, qui a décidé de montrer à son tour ses foules endimanchées. Les bellicistes ont demandé à leurs militants la loi du talion : incitation à la violence. Ceux qui l’ont fait au Rwanda sont rattrapés un à un. Vite, Kiridi Bangoura, porte-parole de la présidence, le «Chat» d’Alpha, s’est désolidarisé de cette logique pour faire tomber les autres chats des nues. Voilà une diplomatie de choc.


Guinée is back, diplomatie commando

Pour rattraper tout le grand retard, il faut une diplomatie de choc. Lors de l’entre-deux tours de la dernière présidentielle, des leaders politiques étaient allés rendre visite à Moussa Dadis Camara en exil forcé chez Blaise Compaoré. Tout cela pour avoir le soutien de l’armée et d’une certaine frange devenue minoritaire à cause de petites guerres de succession interne et surtout d’un travail de sape et de récupération dont les caciques du RPG se montrent maîtres dans l’art. Dadis a-t-il encore un pouvoir et est il en mesure de marchander son retour au bercail ? Quel élu pourrait faire fléchir la CPI et «Fatou-ya», une nana qui a des griffes et qui crache du feu ? Preuve, elle a fait si peur-panique au CNDD que Dadis a voulu sacrifier Toumba… Mais à supposer que quelqu’un, pour une raison ou une autre, veuille faire venir Dadis, il faudrait une diplomatie battante. Et la Guinée n’a pas une diplomatie valable, elle s’est détériorée au fil des ans. Des arriérés de paiement des cotisations, des arriérés de paiements des locations, des factures d’eau, d’électricité, de gaz, des arriérés de paiement des salaires des personnels diplomatiques et par-dessus, il y a des nominations népotiques et des diplomates de pacotille, des ganaches gourmées. Avec tout ça sur le compte, on n’oserait parler de diplomatie de choc qui puisse démarcher en faveur de Dadis.

Cela n’honore pas l’Etat quand sa diplomatie est dans la vivote. Les employés des missions diplomatiques se livrent à toutes sortes de trafics, de commerces ou d’activités peu honorables. Le passeport diplomatique guinéen est vu comme moins que rien dans tous les grands pays occidentaux et dans les grands pays émergents. On s’en sert pour aller faire des accouchements afin d’avoir la nationalité pour le rejeton du quidam qui a payé le prix au ministère très alimentaire des Affaires étrangères. Non contents uniquement de ce trafic déjà lucratif et préjudiciable pour la santé morale du pays, les hauts fonctionnaires de nos missions diplomatiques se livrent à une sorte de lycanthropie, à un cannibalisme arrogant et cru. Pour tout comprendre, il faudrait revenir d’un pas en arrière : Quand, en 2009, le CNDD avait promulgué un décret rappelant les ambassadeurs guinéens, le décret qui devait les remplacer n’a jamais paru. D’une certaine source, El Tigre n’était pas d’accord avec la nouvelle liste d’ambassadeurs à ventiler. Depuis, la diplomatie guinéenne est restée dans un état morose. Elle ne vit pas, elle se contente d’exister sur fond de chantage, d’arnaque et de trafic d’influence.

A Londres, c’est le Chargé d’affaires, Dondon Sylla, qui s’emmêlerait les pinceaux en fuyant ses responsabilités pour livrer des Guinéens à la douane anglaise qui les accuserait de trafic de devises. Les présumés coupables, qui transportaient une très forte somme d’argent liquide et qui circulaient dans un véhicule de l’ambassade de Guinée l’accuseraient de corrompu et de pusillanime. De là, quelle que soit la dénégation ou la fuite, la mission diplomatique guinéenne est dans un sale drap. Il faut tirer cette affaire au clair et sévir conséquemment. On se demande si les véhicules de nos missions sont encore dans les normes et le respect qu’il convient.

Autre chose, ce qui s’est passé au Brésil toucherait le cœur du ministère des Affaires étrangères. La presse de la place en a déjà largement fait écho mais c’est si aberrant et si choquant qu’il faut revenir dessus avec insistance : L’ambassadeur Fodé Touré a été rappelé par le CNDD. Lors de la passation de service avec le Chargé d’affaires entrant, Fodé Touré lui avait signalé qu’il avait payé deux trimestres de retard de salaire du personnel avec ses propres deniers (pour maintenir le fonctionnement de la mission diplomatique dans la décence et peut-être pour ne pas qu’un personnel sous sa juridiction soit dans un besoin qui l’inciterait à une malversation, je supposerais). Quand l’Etat a pu honorer ses engagements et payer ces salaires, Fodé Touré est allé réclamer son dû mais on a osé lui remettre un chèque sans provision (ça, c’est d’abord une infraction d’abus de confiance). Il demande des explications au nouveau Chargé d’affaires qui dit avoir rapatrié les fonds (abus de confiance doublé de mensonge). De là commence une série de ping-pong désespérée pour tenter de noyer le poisson mais l’ex-ambassadeur ne lâche pas l’os. La magouille est grosse, flagrante et choquante. Le montant du nèm-nèm s’élèverait à une misère de 31200 US dollars, c’est le montant des 2e et 3e trimestres de salaire de tout le personnel de l’ambassade de Guinée au Brésil.

Si l’Etat reconnait qu’il devait des arriérés de deux trimestres et que tous les salaires de cette ambassade pendant cette période sont payés, épongés et soldés, ça n’est pas un cadeau de la part des Brésiliens ni d’un mécène mais de quelqu’un qui a le sens de la responsabilité et de la probité morale, un patriote qui aime servir son pays. Au lieu d’être récompensé, il est démis de ses fonctions. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut qu’il y ait encore des personnes téméraires, stupides et cupides, sans aucun scrupule, pour détourner son argent de cette façon. Sous l’ère Alpha Condé, c’est kabanako.

Dans un pareil cas, en descendant la hiérarchie, de haut en bas, on rencontre le ministre, le secrétaire général, le chef de cabinet, le DAAF et le chargé d’affaires de l’amba-Guinée au Brésil. Où est l’argent de Fodé Touré ? Il n’y a personne dans ce pays pour sortir la diplomatie guinéenne de cet imbroglio ? Que dit la Présidence ? On sait qu’Alpha a donné sa langue à Kiridi, les oreilles sont donc tendues.

Guinée is back dans l’impunité et la pagaille au niveau de sa diplomatie ? Même au temps de Conté, personne n’a osé de tels abus. On veut noyer l’image d’Alpha, et par la tourbe de son propre bord politique. Pan ! Pan ! Pan ! Coup monté, coup monté ! Alpha té sé-la !

Il faut soigner l’image de la Guinée à l’extérieur. Les diplomates envoyés doivent être triés sur le volet et être représentatifs, cultivés, qui ont du répondant et avoir une probité morale mais pas autre chose … ce sont les ambassadeurs qui représentent l’image du président et l’honneur de tous les Guinéens ne doit pas être si légèrement sacrifié.


Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de GuineActu.com

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