Papa Attigou Bah Vendredi, 13 Avril 2012 17:41
L'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG) milite pour l'enseignement et la valorisation de l'histoire politique contemporaine des États de l'Afrique noire francophone.
Afrique ! Le nom résonne avec force avant même que l'esprit ne le charge d'une histoire. Ainsi, tout commence en Afrique.
"Africa" serait selon les philologues modernes lié au vent pluvieux qui venait de Carthage. Au VIe siècle, Isidore de Séville pensa qu'il venait du latin "aprica" qui signifie l'ensoleillée. Léon l'Africain, dix siècles plus tard crut y lire le mot grec "a-phrike", le pays où il ne fait pas froid.
D'autres font remonter ce terme à "Ifri", ou "Ifren" divinité des Banou Ifren, de la tribu berbère Afar... D'autres encore pensent qu'il nous vient du berbère "Taferka" qui signifie la terre...
Si l'Afrique garde avec jalousie le mystère de ses origines, ses origines sont toutes fruits des éléments ou d'une mystérieuse divinité.
Afrique ! Le premier continent cœur de la Pangée originelle avant cette fracture qui, il y a quelques 200 millions d'années, sépara l'Afrique et l'Amérique.
Afrique ! La terre qui vit naître l'homo abilis et joua le premier rôle dans l'évolution de l'homme. L'Australopithèque y fit ses premiers pas, le premier homme y taille ses premiers outils. C'est également en Afrique que l'Homo erectus confectionne ses premières armes avant qu'Homo sapiens, l'homme moderne, ne se dresse enfin, il y a environ 150 000 ans, sur cette même terre,,,
Afrique ! Après les périodes dites précoloniale et coloniale, vint celle communément appelée post-coloniale ou l'époque des indépendances. Cette dernière fera l'objet de notre analyse politique. Sa reconstitution est relative à une rétrospective sur le long chemin vers la liberté des peuples africains à disposer de leur destin.
L'Afrique politique est-elle une histoire désormais oubliée ?
Présenter sans passion la longue route vers les indépendances des anciennes colonies françaises d'Afrique noire, n'est pas une chose aisée. En effet, les graves atteintes à la dignité des peuples colonisés, sont considérées par beaucoup de personnes comme étant à l'origine de la quête de liberté qui conduira plus tard aux indépendances (la dépendance est l'addition qui désigne dans la civilisation romaine ceux qui n'ont pas droit à un nom propre). Sont particulièrement indexés à cet égard : le code de l'indigénat, régime juridique applicable aux indigènes des colonies et qui les exposait à toutes les vexations, brimades et sanctions disciplinaires ou pénales des administrateurs coloniaux, voire des responsables des grandes compagnies privées; et le travail forcé, prestations ou recrutement obligatoires pour lever des impôts de la main d'œuvre, ou exécuter des travaux d'intérêt public non rémunérés. On cite couramment les milliers d'Africains morts dans les travaux forcés pour la construction des principales lignes des chemins de fer telles que le Congo-Océan entre Brazzaville et Pointe Noire en Afrique Équatoriale Française. Les premières revendications contre les maltraitances coloniales apparaissent dans les années 1930. Elles portaient sur l'égalité des droits pour tous au sein de la République Française, une et indivisible. Cette question de l'égalité des droits va être au cœur des débats de la conférence de Brazzaville de 1944 convoquée à l'initiative du Général de Gaulle par le comité Français de libération Nationale sous le vocable « Conférence Africaine Française ».
Les participants à cette conférence ne pouvaient ignorer l'important rôle joué par les colonies d'Afrique et leurs populations dans l'effort de guerre pour libérer la France de l'occupation allemande au cours de la seconde guerre mondiale et qui a été jusqu'à faire pour un temps de Brazzaville la capitale de la France libre. Les participants ne perdent pas de vue non plus la montée des revendications contre la colonisation qui se font de plus en plus précises et pressantes et qui annoncent l'inéluctabilité de l'aspiration des peuples colonisés à la liberté.
En 1946 et pour faire suite aux recommandations de la conférence de Brazzaville, les députés africains siégeant à l'Assemblée Nationale française promeuvent plusieurs lois pour améliorer le sort des populations dans les colonies. Ainsi par exemple, Lamine Gueye, député sénégalais, fait supprimer le code de l'indigénat (régime administratif qui était appliqué aux indigènes appelés également autochtones de la colonie), ce qui permettra aux habitants des colonies françaises d'Afrique d'alors, d'accéder au rang de citoyens de l'Union Française. Autrement dit, ils jouissaient désormais du droit de la cité en devenant de facto membres d'un État considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits civils et politiques.
Cette citoyenneté est toutefois à deux vitesses, la majorité des indigènes étant exclue du vote aux élections législatives ou territoriales, à l'exception des ressortissants de quatre communes du Sénégal (Dakar, Saint Louis, Rufisque et Gorée). Deux collèges de citoyens ont droit au vote: le premier collège est constitué d'Européens: le deuxième collège est constitué des élites africaines encore appelées Africains évolués (notables africains, diplômés, anciens combattants, commis...). Pour sa part, Félix Houphouët Boigny, député de la Côte d'Ivoire, fait adopter la loi abolissant le travail forcé au sein de l'Afrique française. Ces lois ouvrent la voie à l'émancipation des peuples coloniaux.
Le traumatisme de la guerre d'Indochine, le déclenchement d'insurrections armées anticoloniales au Cameroun et à Madagascar, le déclenchement de la guerre d'Algérie, le tout associé aux crises et désordres sociaux qui se multiplient dans pratiquement tous les territoires coloniaux finissent par convaincre de la nécessité de faire évoluer profondément la gouvernance de l'empire colonial. Le gouvernement Guy Mollet fait alors voter la loi no 56-619 (dite loi-cadre Deferre) autorisant le gouvernement à mettre en œuvre les réformes et à prendre les mesures propres à assurer l'évolution des territoires relevant du Ministère de la France d'outre-mer. Après la mise en place des assemblées territoriales, le débat est translaté sur la question du devenir des deux groupements des territoires coloniaux. L'Afrique Occidentale Française (AOF) et l'Afrique Équatoriale Française (AEF). Ce débat oppose ceux qui sont en faveur du maintien de ces regroupements (et dont le porte-parole est Léopold Sédar Senghor du Sénégal) et ceux qui sont pour leur éclatement (et qui ont pour leader Félix Houphouët Boigny de la Côte d'Ivoire).
Le débat perd beaucoup de son intérêt lorsqu’est organisé le 28 septembre 1958 un référendum demandant aux populations des territoires de ces regroupements de se prononcer individuellement sur l'adhésion ou non de leur territoire à la mise en place avec la France d'une communauté franco-africaine.
C'est ainsi que le 25 août 1958, le président de l'Assemblée Territoriale de la Guinée, Ahmed Sékou Touré, s'oppose publiquement à ce pacte.
Accueillant en Guinée le Général de Gaulle qui était déterminé à consolider l'idée de la création de la communauté franco-africaine, Sékou Touré lui manifeste clairement son désaccord en invitant les Guinéens à opter pour le «non» et à prendre immédiatement leur indépendance lors du vote du 28 septembre 1958. Il est suivi par 1.136.000 Guinéens contre 57.000 qui ont répondu «oui». L’issue du référendum devint alors négative et la Guinée accède à l'indépendance le 2 octobre 1958.
En revanche, dans les territoires de l'AOF et l'AEF, le référendum obtient une majorité écrasante de «oui». Prenant acte de ce constat, la France juge néanmoins utile d'accorder l'indépendance à ses anciennes colonies en 1960, à l'exception de Djibouti dont l'indépendance interviendra seulement en 1977.
L'indépendance, nous le savons bien, est une renaissance. Elle donne le droit de pouvoir penser et juger par soi-même. Nous apprenons que c'est justement de la pensée de la renaissance qu'est née l'idée de la souveraineté, même si le XIXe siècle en a précisé les contours. La souveraineté est alors considérée comme une qualité de l’État de n'être obligé ou déterminé que par sa propre volonté dans les limites du principe supérieur du droit et conformément au but collectif qu'il est appelé à réaliser. L'espoir suscité par cette définition fut immense.
Deux écoles de pensées s'affrontent sur la question de savoir si les indépendances des territoires coloniaux d'Afrique noire ont été obtenues sur le terrain des luttes politiques et sociales menées par les populations et les leaders politiques desdits territoires, ou si elles ne procèdent pas plutôt de la volonté de la France de se débarrasser de colonies dont le coût politique et financier devenait prohibitif pour elle.
En effet, il faut se situer au lendemain de la deuxième guerre mondiale gagnée par les deux puissances et leurs alliés. C'est à la sortie de cette guerre que les États Unis et l'URSS ont clamé leur aversion vis-à-vis de la poursuite de la colonisation. Dans un tel contexte géopolitique, la colonisation n'était plus politiquement payante. Par ailleurs, dans l'atmosphère de la guerre froide qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale, le thème de la libération des peuples du joug colonial est devenu d'autant plus porteur que beaucoup de peuples des territoires colonisés avaient payé un lourd tribu pour la victoire des alliés contre l'Allemagne hitlérienne. L'affrontement Est-Ouest se jouait désormais aussi sur le terrain de l'appui apporté aux mouvements de libération des peuples colonisés.
Force est également de reconnaître, qu'à cette époque, l'armée française faisait déjà face à une féroce lutte pour l'indépendance en Indonésie, qu'elle devait affronter une guerre équivalente en Algérie et qu'elle avait des troupes engagées dans la lutte contre des rebellions armées indépendantistes au Cameroun et à Madagascar, sans compter de nombreuses escarmouches dans pratiquement tous les territoires en réaction aux abus des administrateurs coloniaux. De ce point de vue, il est permis de dire qu'au moins une partie de l'explication de la dynamique des indépendances africaines a pour cause la difficulté pour la France de faire face aux risques de généralisation des conflits armées liés aux revendications indépendantistes des peuples et les élites politiques des colonies.
D'autre part, on a souvent jugé les leaders des différents pays colonisés de courageux ou de timorés en fonction de la manière dont leur pays a accédé à l'indépendance.
La nouvelle génération africaine, celle née pendant et après les indépendances, pourra-t-elle objectivement bénéficier de l'enseignement de l'histoire des luttes politiques successives engendrées par nos anciens pendant la période postcoloniale intitulée l'époque des indépendances africaines ? Aussi, quel bilan l'Afrique tire-t-elle aujourd'hui de ses deux et douloureuses décennies de lutte politique et démocratique gérée cette fois par cette même génération qui a milité pour les indépendances africaine ?
On voit bien qu'il s'agit de l'histoire d'une longue marche, avec ses accélérations et ses pauses, jamais complètement achevée et chaque fois renouvelée, et qu'il convient de relativiser les contributions en fonction des contextes et des conjonctures historiques.
Force est de rappeler que, depuis cette vague des indépendances en 1960, cinquante-deux ans se sont maintenant écoulés. Quel est l'état de l'Afrique d'aujourd'hui ? Avec le recul on s'aperçoit que les grands thèmes développés dans les années 1930 - 1960 par les anciennes générations qui ont accompagné les indépendances, ont non seulement pas vieilli, mais sont aujourd'hui accueillis et discutés comme des vérités sociopolitiques africaines. À noter que dès après les indépendances, des concepts tels que la souveraineté de nos peuples, la démocratie, l’État de droit, le développement économique et social, paraissaient désormais si révolutionnaires que très peu de dirigeants africains osaient y adhérer.
L'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG) exhorte la nouvelle génération à s'engager dans la vie politique de notre pays et du continent pour qu'ensemble, nous relevions les défis du XXIe siècle.
En 2050, le continent africain comptera deux milliards d'habitants et plus de 40% auront moins de 15 ans. L'Afrique, comme déjà indiqué plus haut, est le berceau de l'humanité. Sur ce continent, l'homme s'est mis pour la première fois debout. Il a levé les yeux vers le ciel il y a des dizaines de millions d'années. Elle est le terreau sur lequel s'est bâtie l'aventure humaine. L'Afrique est aussi le plus grand territoire cultivable au monde et elle représente l'un des deux poumons forestiers de la planète. Elle constitue également le premier réservoir de matières premières et de métaux rares.
L'Afrique peut et doit être le continent de l'avenir dans ce 3e millénaire, à condition que la nouvelle génération africaine prenne toutes ses responsabilités devant l'histoire et nos peuples pour s'engager au nom de la renaissance politique africaine. Un engagement patriotique et responsable favoriserait l'émergence de républiques exemplaires et permettrait au continent africain de constituer le pilier d'un nouvel ordre mondial juste, démocratique et prospère.
Bah Papa Attigou
Président de l'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG)