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Kouyaté - Alpha : Du vrai duo au faux duel !

Thierno Fodé Sow  Vendredi, 08 Juillet 2011 23:07

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SOW_Thierno_Fod_3_01La possible dislocation du tandem – si elle n’est déjà pas consommée – Alpha Condé - Lansana Kouyaté pourra-t-elle émouvoir outre mesure ceux qui ont suivi le rapprochement plutôt rocambolesque entre les deux hommes que tout semblait diviser à l’approche de la présidentielle de juin ? Cette question est depuis un certain temps au centre de nombreux débats. Parfois très sensationnels. C’est selon qu’on se situe par rapport aux visées hégémoniques exprimées ou non, des deux personnalités politiques.

Aujourd’hui, plus d’un semestre après la constitution du duo Alpha - Kouyaté, plus personne ne semble occulter les patentes divergences de vue qui caractérisent désormais les rapports de ces deux hommes dont l’amitié a été, de l’avis de certains, un peu forcée par une certaine sulfureuse coordination du mandingue. Avec un seul objectif au départ : porter à n’importe quel prix Alpha Condé à la magistrature suprême de la Guinée. Il était donc question de ratisser large. Un ratissage aidé en cela par les relents du tribalisme et du clivage ethnique.

Avec ou sans précautions, des leaders politiques se sont lancés à corps perdu dans le navire maculé du professeur de Droit. Ils espéraient – cela va de soi – certainement se partager le savoureux gâteau Guinée. Même par le simple fait d’apporter un chapelet de ‘’zéro virgule quelque chose’’. Ils sont en effet nombreux dans l’Arc-en-ciel. Inutilement nombreux, pourrait-on dire. Ces leaders politiques ou de ce qui y ressemble y croyaient. Ils rêvaient d’occuper de hautes fonctions dans l’appareil d’Etat. Hélas, ils ont déchanté plus vite. Certains masquent à peine leur gêne. D’autres font comme si le jeu n’était toujours pas fait. Un troisième groupe se demande quelle mouche l’a piqué pour appartenir à une alliance faite de mépris, de promesses faites sur du sable mouvant, de coups bas et de fausses manœuvres.

Lansana Kouyaté, l’un des plus grands apports à l’alliance Arc-en-ciel aura été parmi ces trois groupes de désillusionnés. Si, avant, il se réjouissait d’avoir deux ministres dans le gouvernement de Saïd Fofana, aujourd’hui, il ne cache plus son désarroi. Parce que déçu. A tort. Kouyaté n’aura donc pas compris le sens du duo qu’il a formé avec Alpha. En même temps, des Guinéens ne comprennent pas le spectacle auquel s’offre le leader du PEDN.


Le juste prix pour Kouyaté

La descente aux enfers de Lansana Kouyaté semble être le juste prix qu’il mérite, se félicitent des leaders politiques de l’autre alliance, adversaire de la présidentielle dernière. Il reste pourtant vrai, souligne Lansana Kouyaté du PEDN, que « Je suis venu (NDLR, à l’alliance Arc-en-ciel) avec les espérances de ceux qui m’ont soutenu et je vois que le chemin qui a été emprunté par Alpha Condé n’est pas celui auquel je m’attendais. »

Sur la chaîne Africa24, Lansana Kouyaté reconnu pour ses emphases, n’a pas cette fois-ci fait usage de langue de bois. Il est allé jusqu’à promettre de mettre sur la place publique l’accord d’alliance signé entre lui et l’actuel président guinéen. « Moi, je n’ai pas voulu être Premier ministre, ceci ou cela… Mais, on vient avec des gens, on vient d’un parti, on aimerait que ceux de vos collaborateurs qui sont avec vous participent à la gestion de l’Etat. Ça va au-delà du Président de l’Assemblée ! Oui ! Il a signé l’accord et cet accord, je le montrerai en temps opportun ». Cette sortie doit certainement amuser celui à qui elle est préparée.


Rafraîchir la mémoire des marchands d’illusion

On se rappelle la rencontre au QG du RPG entre alliés et militants en délire. Alpha Condé avait tenu les mêmes discours. Ils sont quasiment invariables. S’ils ne sont pas devenus tout simplement plus incisifs. Alpha Condé tout aussi connu pour ses revirements spectaculaires a depuis toujours voulu se débarrasser de toute confusion. A l’attention donc des marchands d’illusion qui se rebiffent, un petit rappel: « Je suis reconnaissant à l’endroit de vous tous qui avez participé à cette œuvre commune. Mais, je dois dire à chacun que nous ne sommes pas battus pour dire que c’est notre tour d’être à la table du festin. Il ne s’agit pas de dire que nous allons prendre la place des autres et que nous allons partager le gâteau entre nous. »

L’actuel président guinéen a été on ne peut plus clair : « Nous nous sommes battus pour le changement. Ce qui veut dire que nous ne nous sommes pas battus pour avoir des avantages. Donc, tous ceux qui pensent qu’on s’est battu pour qu’ils aient des places, n’ont pas compris le sens de mon combat. » A ces moments précis, enivrés, ils étaient très peu qui comprenaient le sens de la victoire d’Alpha Condé. Mais surtout le cynisme avec lequel il brisait le rêve de Saran Daraba, Mamadou Sylla, Bouna Keita, Kassory Fofana, Lansana Kouyaté, etc. en déclarant que : « Je mettrai en place un gouvernement d’union nationale et non un gouvernement de partis. (…) Il ne faut pas que les gens pensent que c’est l’heure de la récompense qui est arrivée. Ce n’est pas l’heure de la récompense. C’est plutôt l’heure du travail qui est arrivée ». Où était donc Lansana Kouyaté qui souhaite aujourd’hui que « l’accord qui a été signé entre nous soit respecté » ? N’avait-il pas compris les incisions d’Alpha Condé mille fois reprises dans les médias ?


La dose des présumés bandits à col blanc

Mêmes les présumés bandits à col blanc en ont eu leur dose. Le leader du RPG n’avait-il pas déclaré en effet dans un des numéros de JA, ceci : « Je ne m’occupe pas de l’application du programme sur lequel j’ai été élu. Le copinage et l’ethnocentrisme ne font pas partie de mes méthodes. Ceux qui sont d’accord avec moi me suivent. Les autres… Je me suis engagé devant le peuple, pas devant les politiciens, fussent-ils de mes alliés. » Cette proclamation a été faite au moment où, rappelons-le, Mamadou Sylla remuait terre et ciel pour bénéficier des grâces présidentielles, les habitudes ayant la vie dure.

Faisant fi de toutes les singeries, Alpha Condé a brandi le glaive de la transparence et de la rupture: « Ce n’est pas moi qui ai confectionné cette liste (NDLR, liste des audits), mais le ministère en charge des Audits et du Contrôle économique et financier. J’ai simplement dit: publiez-la, quelle qu’elle soit. J’avais d’ailleurs été clair à ce sujet pendant ma campagne en annonçant que je ferais tous les audits nécessaires. Lorsqu’il s’agit des intérêts du peuple et du pays, je n’ai pas d’états d’âme: je ne protège personne sous prétexte qu’il m’a soutenu. » La politique n’est-elle pas l'ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire ? A bon entendeur salut !


Thierno Fodé Sow


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