18 octobre 2011

Facebook Imprimer    

 

BALDE_DIALLO_Hadja_Hadiatou_01Mardi, 18 octobre, 2011 Ă©tait le 40e anniversaire des exĂ©cutions massives perpĂ©trĂ©es le 18 octobre 1971 par la 1ère RĂ©publique.

Cette annĂ©e, l’Association des Victimes du Camp Boiro avait dĂ©cidĂ© de cĂ©lĂ©brer la date aux pieds du Mont Kakoulima, dans la PrĂ©fecture de Dubreka, Ă  40 Km de Conakry, par une cĂ©rĂ©monie de recueillement et de prières Ă  la mĂ©moire de leurs parents disparus. Le communiquĂ© Ă©tait passĂ© plusieurs fois sur les ondes de la RTG, des radios privĂ©es, et dans les colonnes de la presse Ă©crite.

C’est ainsi qu’à 11h ce jour-là, près de deux cents personnes composées des membres de l’association (rescapés, veuves et enfants des disparus), des membres des fondations et associations de défense des droits de l’homme, l’Amicale des victimes du 28 Septembre 2009, les amis, sympathisants, la RTG, et les représentants des radios privées et de la presse écrite, se sont regroupés à Kagbelen, à 4 km du lieu de la cérémonie, pour s’embarquer dans un bus et des véhicules personnels, vers le site où devait se tenir le recueillement et les prières. Le cortège prit un chemin cahoteux, contournant des bosses, ou s’enfonçant dans de véritables petites mares, au risque d’y noyer le moteur. On nous regardait avec curiosité. Quelqu’un annonça qu’il s’agit d’un mariage. On les laissa à leurs devinettes.

De la voiture avec El Hadj Kolon, les 2 veuves des disparus, Nadine Bari et Isabelle Ghussein, je regardais le Mont Kakoulima, immense, sombre, qui venait Ă  notre rencontre. Des petits nuages blancs s’accrochent Ă  quelques mètres du sommet, le tout donnant l’effet saisissant d’un Ă©norme chien, couchĂ© sur son flanc, faisant face Ă  la ville, tout en savourant des bouffĂ©es de fumĂ©es blanches de sa pipe allumĂ©e. A ses pieds, des maisonnettes colorĂ©es Ă©clairent le dĂ©cor.

Au fur et Ă  mesure que nous nous approchions de la montagne, les nuages disparaissent, et j’eus l’impression d’avoir maintenant l’image d’une grande dame triste, enveloppĂ©e d’un Ă©norme châle vert clair et sombre. Toute l’atmosphère est calme et triste. La Dame semble se souvenir de ce qu’elle a vu : les vĂ©hicules qui arrivent tard dans la nuit ou au petit matin, dĂ©barquant des fournĂ©es de gens ligotĂ©s, qu’on abat et qu’on jette dans des fosses communes, et dont les râles auraient dĂ©chirĂ© les cĹ“urs les plus endurcis, et semblent encore l’habiter. J’entends en pensĂ©e son cri d’horreur et d’effroi Ă  la fin de chaque tragĂ©die.

Cela avait commencĂ© en mai 1960, et s’est poursuivi en 1965, puis en 1969, et en 1971… Chaque fois avec le mĂŞme rituel abject. Toujours au mĂŞme endroit. Le nombre de personnes semblait le mĂŞme, sauf en 1965 ou il n’y en avait que 2. Elle connaissait l’emplacement de toutes les fosses communes. La grande Dame est un tĂ©moin immuable, et Ă©ternel de la cruautĂ© de cette Ă©poque.

Le cortège arrive Ă  destination. Tout le monde descend, chacun se secoue, et va chercher une place dans une case en dur amĂ©nagĂ©e en mosquĂ©e. Le prĂ©sident de l’Association des Victimes du Camp Boiro remercie l’assistance pour la forte mobilisation, signe de l’intĂ©rĂŞt que chacun porte Ă  cette cĂ©rĂ©monie. Puis il lit le programme de la manifestation. La lecture du Coran commence par un groupe choisi Ă  cet effet. Suivent les bĂ©nĂ©dictions des imams et prĂŞtres que chacun reçoit dans ses mains pour ensuite les frotter sur le visage. Alors les interventions commencent : le prĂ©sident de l’Amicale, un reprĂ©sentant des rescapĂ©s du Camp Boiro, une femme porte-parole de l’Association des Victimes du 28 Septembre 2009, le PrĂ©sident de l’OGDH et le reprĂ©sentant de la FĂ©dĂ©ration des Ligues des Droits de l’Homme. Tous conclurent leurs interventions par la nĂ©cessaire rĂ©conciliation nationale, Ă©videmment prĂ©cĂ©dĂ©e de la VĂ©ritĂ© et de la Justice incontournables. A chaque intervention la presse se bouscule. Les camĂ©ras mitraillent tout. Les micros jaillissent partout devant chaque orateur. L’émotion est grande. Une femme s’évanouit. On se prĂ©cipite pour la ranimer.

Après la prière de 14 h, la visite des fosses communes fut l’étape la plus douloureuse pour tout le monde. Beaucoup de femmes pleurèrent sans retenue Ă  la vue de ces simples traces, seules indicatrices du lieu de repos Ă©ternel pour tant de personnes innocentes. Étaient-elles mortes tout de suite ? Sommes-nous arrĂŞtĂ©s actuellement sur leur tĂŞte ? La rĂ©volte se lisait sur tous les visages. On entendait crier avec force : « Plus jamais ça !! Â»

La visite se termina vers 15h30. On s’embarqua dans les véhicules, une grande tristesse habitant tous les visiteurs.

C’était une cĂ©rĂ©monie inoubliable. 



Hadja Hadiatou


AArticle_logo1_0
Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
0 #7 Nurdin 28-10-2011 01:53

Mr KABA, ce que vous dites est vrai mais si nous continuons à justifier tous les malheurs de ce pays par le seul règne de SEKOU TOURE et cela près de 30 ans après sa mort cela suppose pour moi qu'il y a une MALEDICTION quelque part.
Comment comprendre que ce pays ne soit pas capable durant 30 ans de produire un fils capable de corriger le tir ET nous mettre sur le chemin du bonheur.
Un pays comme la GUINEE EQUATORIALE a aussi connu une dictature très féroce mais seulement une vingtaine après d'autres fils valeureux ont réussi à mettre le pays sur le chemin du developpement à partir des richesses naturelles.
Objectivement, il est difficile de prouver que les successeurs de SEKOU TOURE ont mieux fait que lui pour le bien ĂŞtre de la population.
Dans le registre du MAL, on a même innové en cruauté car en plein 21ème siècle nous avons assisté à un massacre et à des viols à ciel ouvert un 28 septembre jour anniversaire de notre indépendance.
Mr KABA il faut aussi noter que le décollage économique des pays voisins comme le MALI, le GHANA, le BURKINA et autres s'est réalisé durant les 20 dernières années.
Par contre il faut oser reconnaitre que notre bilan à nous 30 ans après le règne sanglant de SEKOU TOURE est globalement NEGATIF.
C'est vraiment une HONTE pour nous tous d'expliquer notre retard par le seul passage de SEKOU TOURE alors que ce n'est pas lui qui a bradé nos richesses.
Ayons le courage d'affronter la vérité pour sauver notre pays.
Citer
 
 
+2 #6 Mory Kaba 27-10-2011 09:49

Merci ma sœur de ce compte rendu émouvant. Et, je suis persuadé, tant que notre pays ne va pas REHABILITER les victimes du sanguinaire Sékou Touré, RIEN ne sera possible ! Nous savons tous que le sanguinaire Sékou Touré est à la base de nos problèmes contemporains. L’ethno-stratégie (la guerre aux Peulhs), l’enseignement saccagé (génération Koko-lala-dont est issue Dadis, Konaté…et beaucoup de responsables du pays qui savent à peine comprendre le sens d’un mot et de là à faire de la prospective ??? nécessaire a tout responsable), l’inhumanité de beaucoup de responsable Guinéen pour lesquels la VIE d’un Homme ne vaut RIEN (Sékou Touré a pendu 19 ministres Guinéens sur un total de 22 et sur les 12 officiers supérieurs de l’Etat major des Armées, il a fait fusiller 12 c’est-à-dire TOUS). Pensez-vous un instant que toutes ces victimes innocentes qui n’avaient pour seul défaut que d’avoir fait des études supérieures qui leurs permettaient de comprendre que ce sanguinaire Sékou Touré nous menait DROIT DANS LE MUR ont été tué et leur famille maltraité ; Pensez-vous que Dieu dort ? Tant que ce pays ne va pas réhabiliter ces victimes innocentes après une Justice, RIEN NE SERA POSSIBLE dans notre pays. Posez-vous la question : depuis le passage de ce sanguinaire Sékou Touré au pouvoir, la Guinée est un éternel recommencement pourquoi ??? Ce pays a tout pour que chaque Guinéen ait le minimum (se nourrir, se loger et se vêtir), mais, nous vivons en Guinée comme des clochards (pas d’eau, pas d’électricité, pas de santé, pas d’enseignement…) et nous devenons comme des somaliens. Pourquoi ???? Notre Histoire entre 1958 et 1984 doit nous donner les clefs !
Citer
 
 
+2 #5 Paul THEA 27-10-2011 01:01

oui, mon cher Nurdine, sur le plan officiel, je suis d'accord mais sur le plan privé, il ya ceux qui veulent témoigner mais n'ont pas l'occasion.
Par exemple, AOT, a écris qu'il y a des journalistes et des histoires qui ont promis prendre des témignages su Diallo Telly; que je suis le premier à franchir le pas. Sa mère était disposé et bientot e film sera public.
Je reçois des coups de fil ou des contacts de personnes disposées à témoigner.Notre génération doit faire ce travail de recueillir les infos pour les historiens de demain.
Paul
Citer
 
 
+1 #4 Nurdin 26-10-2011 22:47

Mon cher THEA, les temoins ne sont pas tous morts mais reconnaissons qu'il nya aucune volonté affichée qui incite à l'espoir surtout que le PDG retrouve le pouvoir à travers l'arc en ciel.
Mais reconnaissons que la volonté de faire obstruction à la vérité s'est affichée dès au départ à travers la décision des FACINET TOURE d'éliminer dans la précipitation les acteurs clés du système.
Pourquoi alors condamné le regime actuel d'obstruction quand les supposés adversaires n'ont rien fait pour avancer ce dossier durant plus de 20 ans.
Moi j'ai l'impression que la generation actuelle risque de laisser ce dossier en héritage à la suivante qui va s'entre déchirer beaucoup plus car elle n'aura aucun support objectif de travail.
Citer
 
 
+1 #3 Paul THEA 26-10-2011 20:29

c'est très poignant; en fait tous témoins ne sont pas mort; c'est pour cela qu'il est important de recueillir ces témoignages avant qu'il ne soit trop tard.
Merci pour ce témoignage.
Citer
 
 
+3 #2 Nurdin 26-10-2011 14:44

On a l'impression que beaiucoup de guinéens se reconnaissent une responsabilité dans ces évenements tragique et souhaitent tourner la page . Il est vrai que le systeme Sékou Touré était très complexe car il a impliqué de simples citoyens dans l'exécution de toutes les bavures et dans plusieurs cas tu peux trouver la victime et son boureau d'hier dans la même cellule.
Sékou Touré n'a pas été remplacé par ses partisans et pourtant les FACINET TOURE et autres n'ont pas osé faire le procès de son regime.
Près de 30 ans après la mort de SEKOU TOURE personne n'a osé faire la lumière sur sa gestion et les temoins et acteurs clés de son système sont presque tous morts il ya là une grande hypocrisie collective.
Comme les ainés n'ont pas réglé ce problème avec responsabilité, la nouvelle génération va s'entre déchirer car en l'absence de la vérité chacun se détermine sur la base de considération de plus en plus subjective. PAUVRE GUINEE.
Citer
 
 
+7 #1 Amara Lamine Bangoura 26-10-2011 01:19

Que les ames de nos illustres disparus reposent en paix et que plus jamais un tel gachis humain ne se produisent dans notre beau pays.Quand les tenants du pouvoir sont incapables de satisfaire aux attentes des populations,ils cherchent des alibi a travers la designation de boucs emissaires imaginaires pour justifier leur echec a tout bout de champ.La reconciliation par decret interpose qu'envisage le regime actuel ressemble fort a une fuite en avant.Sans volonte politique reelle,tout effort de reconciation definitive est ipto facto voue a un echec certain. Tant que les tortionnaires d'hier ,a travers des aveux ne prouvent pas de remords par rapport a leurs actes,les parents des victimes ne saurons accorder leur pardon pour les crimes commis.Le mea culpa suivi du repentir constituent des demarches prealables a toute reconciliation sincere.Il ne sert a rien ,de d'opter pour une reconciliation taillee sur mesure,destinee a endormir les consciences a fin de rafler une vaste mise lors des prochaines legislatitives.Non,le theme de reconciliation ne doit servir de slogan creux de campagne electorale. Bien a tous!A-L-B-Birmingham,AL-USA>
Citer