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A rebrousse-poil de Souapiti !

Boubacar Doumba Diallo  Mardi, 02 Février 2016 00:07

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L’inauguration du barrage de Kaléta est une bonne chose .La pose de la première pierre de Souapiti augure d’une bonne nouvelle pour la satisfaction totale en besoin d’électricité pour la Guinée. Ces barrages sur le Konkouré ajoutés à celui de Garafiri et d’autres  font partie d’un vaste plan en vue de l’aménagement du bassin de Konkouré et de ses affluents, datant de la période coloniale lorsque la France envisageait l’industrialisation de la Guinée sur la base de l’aluminium. C’est un choix de société. Les grands barrages vont de pair avec la grande industrie des mines et les multinationales. La Guinée aura-t-elle les moyens financiers propres  pour construire des usines d’aluminium ou trouvera t elle des partenaires ? Le prix de revient du courant est il assez compétitif pour l’électrolyse de l’alumine ?  L’exportation du courant vers les pays voisins trouvera t –elle  de réels besoins en consommation ? Par contre les petits barrages disséminés dans toutes les grandes  régions naturelles du pays et interconnectés entre eux riment avec l’agriculture et les cultures irriguées à la portée des paysans. C’est la priorité accordée à l’agriculture en faveur de la promotion de la  paysannerie et de l’agro-industrie. C’est un autre choix de société qui n’est apparemment pas à l’ordre du jour bien que des projets existent. Mais tous ces projets donnent l’impression de la volonté de produire du courant pour du courant. Le volet agricole  et l’agro-industrie n’apparaissent pas clairement. Courant et mines voilà ce qui est explicité.

Je n’ai pas la compétence  nécessaire pour parler de ces questions avec pertinence. Cependant après avoir consulté quelques personnes averties que je remercie au passage, je vais donner mon point de vue de citoyen lambda.

Puisque ce sont les grands barrages dont il est question, nous allons essayer de parler de quelques problèmes environnementaux et humains qui s’y rattachent.

Nous allons aborder brièvement le cas de Souapiti. Pour cela un tout petit peu de géographie ou de topographie. Prenons la route Kindia-Télimélé. A  60 km de Kindia et à 65km de Télimélé environ se trouve le grand pont métallique datant de la période coloniale enjambant le fleuve Konkouré. Le site de Souapiti se trouve en aval de ce pont au sud par conséquent, à une petite distance à vol d’oiseau. En amont de ce pont un peu plus au Nord, c’est le confluent entre la rivière Kakrima un des principaux affluents et le fleuve Konkouré. Au sortir du pont en venant de Kindia, sur la rive droite, c’est le village de Konkouré. Sur une distance de 40 km au moins en allant vers Télimélé, la route longe la rivière Kakrima, traversant plusieurs villages et hameaux jusqu’à la petite agglomération de Kambanya. Sur la rive gauche de la Kakrima, à la hauteur de Kambanya ou Balaya ou entre les deux, c’est le gros bourg de Sangaréya.

Lorsque le barrage de Souapiti entrera en fonction, une bonne partie de la route Kindia-Télimélé sera inondée Je ne sais pas si Bangouya sera touché, peut être pas car c’est un peu en hauteur. Cependant une grande part des eaux du barrage ira se déverser sur la Kakrima qui va inonder ces deux rives sur des dizaines de km. Les villages de Konkouré (rive droite) , Sangaréya (rive gauche)et Kambanya (rive droite) ,réputés pour leurs marchés  hebdomadaires seront sous l’eau. Idem pour le village de Siraya (rive droite).La vallée de Leye Miro sur la rive gauche de la Kakrima y échappera-t-elle ?  En outre toutes ces contrées  évoquées sont des  zones  de pâturage et d’élevage du moins pour ce qui en reste car beaucoup sont déjà partis ailleurs où l’herbe est plus abondante … Il faudra s’attendre néanmoins  à quelques petits  conflits entre éleveurs et cultivateurs…Je ne le  souhaite pas, mais c’est à prévoir. Que deviendront tous les arbres et buissons de cette vaste zone ? Tout cela va-t-il pourrir sous l’eau ? Ou bien va-t on couper ces arbres pour en faire soit du charbon pour la cuisine, soit des planches et des madriers pour la menuiserie ? Il n’est peut être pas trop tard pour éviter un grand gâchis. Une étude sur les plantes médicinales a-elle été faite depuis 1958 afin de sauver certaines espèces rares ? Cela c’est pour  le côté flore. Et  la faune sauvage de cette région dans tout ça…du moins ce qui n’a pas été braconné ? Je ne parle même pas des problèmes liés  à la  relocalisation des populations qui vont déguerpir. Et le peuple des djinns habitants  de ces rivières, bosquets et grands arbres …. ?  

Par ailleurs avec ce grand lac, les insectes vont pulluler, notamment les moustiques et son corollaire la malaria.  Le régime actuel aura eu  le grand mérite de réaliser de vieux rêves terminer Kaleta et entreprendre Souapiti. Cependant,  les pouvoirs antérieurs depuis 1958 auraient du penser planter  des arbres entre le futur lac et les habitations afin de créer  une forêt classée c'est-à-dire former un écran  pour barrer le chemin aux moustiques notamment et limiter l’érosion des sols pour préserver le réservoir du barrage des boues alluvionnaires et du sable.

On me dira que des études environnementales sont déjà faites ainsi que des mesures d’accompagnement. J’aimerais bien voir ces documents. En prévision du barrage d’Amarya sur le même Konkouré, la société Péchiney –le meilleur partenaire que la Guinée ait eu selon moi- avait déjà pris les devants en plantant des arbres du côté de Fria . Cela ne s’improvise pas. Cependant le barrage d’Amarya en aval de Souapiti causera moins de dégâts en matière d’inondations.

L’avantage de Souapiti et de son vaste réservoir sera d’alimenter en toute saison le barrage de Kaléta en eau déjà turbinée et de faire ainsi actionner toutes ses turbines

Résumons

Souapiti! Grand barrage pour la Guinee ;très bien,très bien.

- Ce type de barrage se justifie surtout par la production d'électricité pour la mise en valeur des gisements de bauxite en produisant l'aluminium. Ayant déjà perdu notre usine d'alumine de FRIA, les décideurs se sont-ils posé la question pourquoi depuis plus de 50 ans nous n'y réussissons pas ? Ce qui est certain cette rentabilité n'est pas pour demain face au Canada et aux pays du golfe et à la Chine 

- Les lacs de ce type de barrage retiennent tous les limons qui fertilisent la vallée en aval (ne pas oublier la catastrophe avec Assouan en Égypte)

- Les déboisements entraînent l'érosion éolienne et hydraulique qui sont les causes de la dégradation des sols 

- Existe-t-il un programme d'intensification de reboisement des flancs des rivières qui alimentent le KONKOURE ?

- À t-on vérifié que l'évaporation des eaux du lac ne sera pas supérieure à la pluviométrie ?

-Quel programme d'irrigation de prévu et pour quel budget et quelle superficie ? Quel coût par hectare aménagé et irrigué ? Préférence aux grands périmètres pour des multinationales ou aux petits périmètres pour les paysans ? Pour nos paysans culture en demi-direct ou repiquage comme en Asie ?

La petite hydraulique et les micro projets ont l'avantage de doter les villages de moyens importants pour obtenir une alimentation en eau, un accroissement de la production vivrière et en plus la protection des sols et l'environnement.

- L'aménagement des cuvettes et bas-fonds est plus facile pour des cultures d'oignons, patates douces, pommes de terre,etc. 

-Sait-on que sur ces aménagements on peut obtenir 2 à 3 récoltes d'oignons par an ? La production de patates douces peut atteindre 25 tonnes à l'hectare ? Avec en plus la valeur nutritive de la patate douce est supérieure à celle de la pomme de terre et son coût de production est plus faible 

- Facteur de développement également de l'artisanat pour l'entretien et la fabrication des outillages et équipements 

-Ces petits aménagements permettent de rendre les communautés villageoises plus dynamiques les amenant à terme à devenir des forces économiques et politiques qui feront contrepoids aux technocrates corrompus des villes urbaines (ceci arrive très vite si en plus ils reçoivent une alphabétisation fonctionnelle).

Certains diront que nous voulons courant un point c’est tout et de toute façon point d’omelette sans casser les œufs. Evidemment. Mais soyons responsables dans la gestion de la nature, gestion que Dieu a confiée à l’homme et lieutenance dont il rendra compte J’espère que ces quelques réflexions d’un pauvre et naif  profane éveilleront la curiosité des uns et des autres et permettront d’ouvrir un vrai débat de SOCIETE.

Was salam


Boubacar Doumba Diallo


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Références


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