De mon cru et de l’observation de notre administration…

Facebook Imprimer    

 

Le président confiait à son visiteur du soir : « Tous les Guinéens veulent devenir Premier ministre ou ministre ; ils le seront tous Inchaallah ».

Depuis, nominations et disgrâces, les deux faces de la même médaille se suivent à une vitesse folle.

Il n’y a pas une région, un village, une famille, une ethnie ou une rue qui n’a pas eu son ministre, son ambassadeur ou son directeur de quelque chose… en Guinée.

L’administration ou ce qu’il en reste est devenue une armée mexicaine ou une pyramide renversée. Les hommes de troupe sont tous colonels.

N’importe qui pense qu’il peut remplacer son chef ; dévalorisées les fonctions se rendent banales.

Les nominations de complaisance ont deux défauts majeurs :

  1. Elles sont virtuelles.
  2. Elles ne rendent pas heureux, mais empêchent d’être heureux dans autre chose.

Du coursier au gardien en passant par l’agent de recouvrement, tous sont des cadres, titulaires d’une maitrise ; c’est le diplôme de base dans mon pays.

Les services centraux rament à contre-courant, paralysés par la force d’inertie de ceux qui attendent une nomination ou l’investiture du président et ceux qui craignent la phrase redoutable souvent entendue sur les ondes : « Monsieur untel est appelé à d’autres fonctions ». Un pays où tout le monde est excellence ou Honorable…

L’administration fonctionne à la petite semaine de 9h à 12h dans l’attente du décret du président de la République (moyenne de lecture en ligne : 1200 lectures contre à peine 300 lectures pour les autres sujets).

« On peut apprendre à un ordinateur à dire : "Je t’aime", mais on ne peut pas lui apprendre à aimer. Â» [Albert Jacquard]

Si la prospérité et le développement d’un pays se mesuraient au nombre des nominations, la Guinée figurerait au top 5 du développement humain mondial.

Le ridicule et l’affligeant contenus dans les nominations, se voient au nombre des ex promus inutilisables après leur disgrâce programmée.

Ex présidents, ministres et autres plusieurs fois ex quelque chose, il est impossible de savoir combien ils sont. Dites « bonjour Monsieur le ministre Â» dans la foule, et vous verrez le nombre de têtes flattées qui se retournent pour vous répondre.

Il y a toujours un étourdi pour demander après : « Il a été ministre celui-là ? Mais quand et de quoi ? »

On ne se rappelle plus quand il a été ministre mais il l’a été et il n’a rien fait pour ses parents.

L’instabilité chronique des promotions et la brutalité de la disgrâce installent les débarqués dans une dépression sournoise ; ils ne réalisent pas qu’ils n’ont rien perdu puisqu’ils n’avaient rien.

De l’ex promu, ont dit toujours qu’ « il est calme, ne parle pas » alors que l’ex est au fond de la déprime. On ne se bouscule pas pour le voir, ses téléphones ne sonnent plus.

Quand il leur arrive de sonner, c’est sûrement un correspondant qui s’est trompé de numéro.

Ce chef du service de la traduction au secrétariat d’Etat à l’Alphabétisation et à l’Enseignement originel, est un ministrable potentiel même s’il n’a jamais rien traduit ; ½ lettré dans une langue, quasi analphabète dans l’autre, il ne lui faut que de la patience pour devenir ministre d’un jour.

Sa cravate grise à rayures noires sort des profondeurs du temps passé. Ibrahim Sousse, représentant de la Palestine à Paris dans les années 80, portait la même cravate.

Son ordinateur est allumé 1/4 d’heure par semaine pour la seule chose qu’il lit ; les décrets du président, de préférence la rubrique Mesures individuelles du communiqué du Conseil des ministres.

Ils lisent ces décrets comme d’autres lisent une grosse œuvre littéraire ou de philosophie, aucun ne leur a échappé depuis qu’ils attendent leur nomination, et elles se feront, inchaallah..

S’affranchir de la culture des promotions inopérantes est une exigence. L’administration y gagnerait en qualité, et les entreprises publiques en rentabilité.


Dioumessy Moussa
Consultant


AAA_logo_guineeactu_article
   

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
+4 #7 amadudialamba 24-11-2015 01:48

Monsieur Dioumessy, avant que cet article ne defile jusqu'au fond pour rejoindre les archives de Guineeactu, j'ai me ferais ici le devoir de vous demander amicalement d'être fréquent a notre Forum. A défaut, de nous visiter de temps a autre puisque je ne connais pas votre calendrier d'occupation. Car vous avez une qualité d'homme intellectuel modeste et appreciable.
Citer
 
 
+5 #6 A.O.T. Diallo 20-11-2015 14:00

Mon cher Dioumessy tu décris mieux que moi ce que je vois depuis une semaine et n’étant pas venu depuis 1 an je constate que le cancer s'est aggravé et métastasé encore plus.
- Un seul point d'analyse que je ne partage pas totalement :
" la disgrâce installe les débarqués dans une dépression sournoise ; ils ne réalisent pas qu’ils n’ont rien perdu puisqu’ils n’avaient rien "
C'est vrai que tous les mecs au garage de la république sont fortement déprimées sans le savoir mais c'est justement parce qu'ils ont TOUT perdu.
Je vois des gens cousins devenus récemment directeurs dont les enfants et madames vont régulièrement en vacances en Europe ou aux USA a nos frais en préparant assurément leur transfert définitif et urgent prochain avant leur "décret faute lourde - K.O."
- Il faut savoir que c'est le désordre le mieux organisé au monde et que le quitter correspond effectivement a une prison sans barreaux jusqu'au prochain poste d’où tous les moyens y compris amoraux pour revenir dans les grâces.
Et les "jeunes" sont encore pires car plus malins que la baba-cool dans ce système alors la jeunesse au pouvoir comme solution est la pire des blagues courantes.
Maintenant mon cher Dioum tu viens d'entrer pour la majorite des Conakrykas dans la tribu des "diaspos qui ne connaissent rien mais qui critiques et dénigrent tout".
En tant que Petit Roi de la tribu je te souhaite un grand Wecome...
Citer
 
 
+4 #5 lodia 20-11-2015 11:44

C'est tres bien dit...Esperons que cela influencera nos princes pour qu'enfin, ils prennent les bonnes decisions
Citer
 
 
+3 #4 Gandhi 20-11-2015 10:55

Cela me rappelle un RPGiste qui affirmait ici que n'importe qui pouvait être Ministre (pas besoin d'être cultivé) dès lors qu'il occupait la fonction, lol !!!
Citer
 
 
+3 #3 M. Sacko 20-11-2015 02:58

Le principal handicap de la guinee est la nature meme de son administration. Une administration trop politise et demagogique qui n'a aucune strategie pour mettre le pays sur les rails du developpement socio-economique. Et la promotion des zeles corrompus et propagandistes aux postes de haute responsabilite rendent encore le travail de l'adminsitration plus complique et sa performance plus difficile, nous assistons tout juste ici a une administration de recompense politique et non une adminstration competente. Notre pays trebuche encore a eradiquer le virus Ebola sur son territoire par manque de serieux et de strategie pendant que ses voisins sont deja parvenus a bout de cette epidemie. Ce qui m'etonne dans ces derniers jours, c'est la proliferation des soi-disants politologues qui speculent sur la formation du futur gouvernement, et certains adeptes de la dictature vont meme plus loin en nous disant que la politique est faite d'unions et de desunions. Mais je veux juste leur dire que la guinee n'a pas reellement besoin de cette confusion politique dans sa gouvernance parce que ce pays manque tout et a juste besoin des cadres competents pour definir au moins un programme d'orientation economique et sociale et non encore un festival politique.
Citer
 
 
+6 #2 amadudialamba 19-11-2015 21:48

Monsieur Dioumessy, je dis sans exagération que vous méritez bien votre titre (de consultant). Car par ce texte, vous venez de toucher du doigt l’une des plaies gangrénées du pays. Et c’est aussi l’une des causes fondamentales de la médiocrité de notre administration. Lorsque que vous parlez notamment des critères de choix et de nomination des régimes. Au lieu de procéder à une sérieuse évaluation des cadres devant occuper les postes de responsabilité, les chefs préfèrent les placements par affinité. Les postes se repartissent selon l’appartenance, soit politique ou parentale et non la compétence. Dès qu’un patron arrive au pourvoir, a la place du plan de développement du pays, il privilégie immédiatement la stratégie de se maintenir indéfiniment au pouvoir. C’est pourquoi on assiste souvent à la répartition de rôles officiels par ordre d’importance, d’affiliations et par zones électorales favorables. Comme vous l’avez bien évoqué ci-dessus, on reparti les emplois par région, par famille, par degré de parenté. Le tout au risque d’hypothéquer toute chance de développement du pays. Parfois on assiste même à la création des postes fictifs que l’on attribue à la belle famille, aux enfants des sœurs ou frères et même a des petites copines. Permettez-moi de vous raconter ce qui suit : ‘’Au temps de Conté, il on engagé a la fonction publique et affecté a notre service une jeune femme d’un très haut gradé. Une femme qui ne savait ni lire ni écrire. Pendant que nous transpirions de fatigue, elle, son travail journalier ne consistait que converser au téléphone, feuilleter des magazines et se promener dans les magasins de bazar. Souhaitons enfin pour la première fois en Guinée que le nouveau ‘’démographiquement élu’’ nous gratifie par l’abandon de cette très mauvaise pratique. Même si nous savons que le système est déjà rempli des enfants de papa et maman. Le social et la complaisance ont totalement a pris le pas sur le rendement. Souhaitons alors un véritable changement de politique pour le second mandat. Surtout qu’il n’a plus besoin de se faire réélire, étant formellement interdit d’un troisième mandat par l’actuelle loi. Espérons également que le critère de choix du prochain gouvernement ne soit basé que sur la compétence, rien que la compétence. Un gouvernement restreint, moins glouton, qui sera contraint de présenter au peuple un bilan palpable. Enfin, un gouvernement a TOLERANCE ZERO pour le détournement d’une quelconque ressource, même pour un seul franc glissant. A commencer par le plus grand patron jusqu’au chef de secteur (J’en serais plus qu’agréablement surpris, car (« l’habitude est une seconde nature »).
Citer
 
 
+9 #1 Ansoumane Doré 19-11-2015 20:19

Quelle magnifique leçon de sociologie politique de la République de Guinée telle qu'elle a fonfonctionné des origines à ce jour! Cher M. Dioumessy Moussa, vous vous présentez comme Consultant, je vous crois à l'analyse que vous présentez ici. Et je même suis dit: " ce compatriote Dioumessy Moussa, n'est pas de l'espèce très répandue d'autres Guinéens qui adorent des titres ronflants et sans aucune signification concrète.Croire que s'afflubler (assez souvent malhonnêtement) de titres divers (académiques ou autres) pour se hisser à des postes de hautes compétences a été une des causes du grand retard de notre pays. Mais ceux qui ont agi ou agissent toujours ainsi le font avec la complicité ou l'incompétence des pouvoirs en place. Ces pouvoirs donnent à penser qu'ils préfèrent caser des courtisans dociles plutôt que des Guinéens intelligents et compétents. C'est là l'une des plaies à soigner de ce pays.Je me demande,cependant, cher M. Dioumessy Moussa si la magnifique leçon de sociologie que vous présentez,ici, sera seulement lue et méditée à sa juste valeur, de très nombreux Guinéensn'étant guidés que par l'arrivisme à tout prix . En tout cas vous êtes clair, bravo!
Citer