Oumar Baldet Dimanche, 01 Novembre 2015 21:21
Chers amies, amis,
Après près de trois décennies pendant lesquelles la Guinée a été pour moi synonyme de dépenser mes maigres économies – dépenses avisées rassurez-vous – j’y débarque ce mois d’octobre, mois anniversaire des 57 ans d’indépendance du pays, pour investir dans une petite affaire de tourisme solidaire permettant de revisiter mes racines et me rendre utiles à ceux qui ne font l’objet que de peu d’attention dans ce monde de plus en plus sophistiqué et autiste.
Lors de mon dernier séjour en Guinée entre 2007 et 2012, j’avais sillonné le pays entier à claironner la paix au sortir de 50 ans de deux dictatures opposées dans le style, mais jumelles dans leurs effets catastrophiques sur les habitants, leurs fortunes, leur culture et leur morale que la diaspora guinéenne, dont je suis issu, évoque encore avec nostalgie.
De 2007 et 2012, j’avais côtoyé ceux qui ont la charge de dessiner l’avenir du pays : politiciens, militaires, société civile, leaders traditionnels et religieux, intellectuels et militants de tous les niveaux. Souvent intelligents et rusés, j’ai rencontré peu d’entre eux qui étaient vraiment concernés par la simple beauté des choses. J’entends par ce qui ne peut être possédé, qui n’a pas d’utilité, mais qui nous coupe le souffle quand on daigne lui accorder de l’attention : un coucher de soleil, une chute d’eau, un village typiquement africain fait de cases aux toits de chaume, une île perdue cerclée de plages, un sommet de montagne qui surplombe le monde alentour, une forêt dense dont la pénombre et l’humidité regorgent de vie, d’espèces végétales et animales évoluant à un rythme et dans un sens différents des nôtres, l’enthousiasme matinal des paysans un jour de récolte, les musiques et danses pour fêter l’abondance, le bondissement furtif d’un fauve dans les fourrés, le sourire d’un vieillard ayant mâché de la cola ou le chant d’une petite fille venant du puit d’eau avec une cruche en équilibre sur sa tête.
La beauté est inutile pour beaucoup de brillants esprits chez nous et en tant que telle, ils ne lui accordent que peu d’importance, la détruisent parfois et la confondent souvent à l’envie. La vacuité que laisse cette insensibilité à la beauté est comblée par l’acharnement de migrer, la fréquentation des « maquis », le jeu des partenaires multiples, la religiosité dogmatique, l’autoritarisme familial et toute cette boulimie de possession et de consommation qui appauvrit tant notre société.
N’étant moi-même pas à l’abri de me détourner de la beauté des choses de Guinée, j’ai décidé de consacrer un peu de temps de ma vie à m’y immerger et à en partager les délices. Sans aucun jugement sur ceux qui privilégient l’utile, je suis convaincu qu’un moment accordé à la beauté des choses procure une satisfaction sans limites qui transcende notre vie limitée.
Par la présente chronique, je vous ai choisis pour partager ce détour dans mon pays natal et les pensées furtives qui me traverseront. Ne vous sentez pas obligé de répondre ou de commenter mes écrits. Lisez juste, à votre rythme et les miracles du cosmos feront le reste car je crois profondément que les esprits se retrouvent toujours dans la toile du monde.
A bientôt et merci de votre attention.
Oumar Baldet
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