Marché hebdomadaire à Koyin : à chacun son petit bizness !

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SOW_Thierno_Fod_3_01Dans l’arrière-pays, le marché hebdomadaire est un grand évènement où tout se joue : classiques échanges commerciaux, consultations médicales, rendez-vous galants, séance de levée de coudes aux effluves d’alcool, réparation d’engins roulants, de téléphones portables, départ pour d’autres Préfectures, ou pour la capitale Conakry. D’où l’ambiance indescriptible faite de va et vient, brouhaha d’engins. C’est somme toute une occasion où chacun s’occupe de son petit métier, de son petit business en espérant engranger le maximum de profits. Fussent-ils prohibés par les bonnes mÅ“urs. En attendant la prochaine moisson. Immersion donc dans un jour de marché hebdomadaire qui, vraisemblablement, ne finit point de livrer tous ses secrets.

Samedi dernier, en provenance de la Sous-préfecture la plus reculée et injoignable de Tougué – Kansagui – après celle de Fello Koundouwa, nous voici au cÅ“ur de Koyin. La gloire historique. La bruyante. Là, depuis des lustres, converge chaque samedi, un monde fou. A pieds, à vélo, à moto ou en auto. Femmes, hommes et Thiaguel_entre_Kansagui_et_Koyin_04enfants se rendent au marché hebdomadaire. A la porte d’entrée du centre urbain, la majorité des piétons se retranchent dans des buissons pour troquer les haillons contre les beaux habits. Les jeunes filles et dames s’enjolivent comme si c’était un jour de fête. A la fin de la journée, on inverse les rôles : les habits neufs remplacent les pagnes, camisoles, ‘’baraya’’ ou kaftans en lambeaux. Koyin est synonyme, pour dire tout net, de chacun fait son petit métier, son petit business. On se promène. On traite ses affaires. On mange par-ci, on lève le coude ou sirote son café noir par-là. Ou encore on s’évade à Hoorè Koyin, un lieu plutôt touristique et retranché, où seule la loi de l’interdit n’a pas droit de cité.

Fait plus récent à Koyin, la charge des téléphones portables à partir d’un générateur électrique. Baldé Siguira, casquette vissée sur la tête, installe sa table où est raccordée près d’une vingtaine de prises. Dès les premiers coups du vrombissement de cette source d’énergie, des téléphones portables viennent de partout. Chacun est vite étiqueté et un reçu donné au propriétaire. Sur ce reçu est mentionné nom et prénoms de Baldé Siguira. Mais surtout un règlement difficilement déchiffrable : « En cas de perte du reçu, vous perdriez à la fois le téléphone ou le chargeur Â». 1500 GNF est le prix de la charge. Une charge approximative pourrait-on dire. Car, avec la variation de la tension, peu de téléphones se chargent en l’espace de quelques minutes. Vu l’affluence des besoins. Si vous demandez à Siguira combien il gagne par marché hebdomadaire, il sourit, s’affairant dans son sac à dos en train de chercher des chargeurs pour adapter d’autres téléphones. Mais, il cherchera toujours à occulter les questions liées aux recettes. « On cherche le prix du carburant. C’est tout Â», se résout-il à répondre avec un air malicieux. Mme Lamarana Baldé arrive subrepticement en se frayant un chemin au milieu de la foule agglutinée. Elle susurre quelques mots dans l’oreille du bienfaiteur mercantile : « Ma batterie a été échangée la semaine dernière ici chez toi. On fait comment Â», s’enquit-elle. « Je n’y suis pour rien Â», répond sèchement Siguira. Il parait que ce rituel n’effraie plus ce chargeur de téléphones. On apprendra qu’avant même la fin de la journée, tout était rentré dans l’ordre. C’était juste une machination orchestrée par la dame voulant plutôt d’une nouvelle batterie.

escale_a_Kankalabe_04Plus loin de ce site qui jouxte le bureau du Sous-préfet, les rabatteurs des taxis et minibus s’activent à gorge déployée. Qui pour aller à Tougué, qui pour se rendre à Kankalabé, qui pour joindre Labé, qui encore pour rallier la Capitale Conakry. Une réelle foire d’empoigne en somme mais qui enthousiasme Alpha : « Quand on remplit un véhicule, nous gagnons entre cinq mille ou dix mille GNF et il arrive qu’on remplisse quatre à cinq taxis ou minibus. Et s’il y a beaucoup de bagages, on n’en gagne plus. Â» Cap sous le hangar du marché central où produits artisanaux se disputent d’autres victuailles. Le jeune Thierno Marga (du nom d’un petit village environnant), tanne la peau d’une bête. Elle sert à la fabrication de chaussures en cuir. Cigarette en coin, planchette entre les genoux, ce cordonnier par accident en a fait un réel métier d’art. « Je gagne ma vie dans ce que je fais là. Et c’est à travers ceci que j’ai trouvé les habits de fête pour ma fiancée et pour ma maman Â», témoigne ce jeune aux yeux très rouges.

Juste à la devanture du centre de santé, un grand homme venu de Kansagui. Koto Amadou, étale quelques marchandises sur une table branlante. Il espère faire recette et trouver d’autres piles, bougies, allumettes, etc. pour élargir son business, une fois de retour dans sa sous-préfecture aux allures de bourgade fantôme. Apparemment, c’est le seul étalagiste de Kansagui. On l’a rencontré au niveau de la côte de Thianguel, fier de donner des coups de pédales à son deux-roues. Au niveau du poste de police, un cas d’agression est sur la table. Deux adultes se sont donné des coups le jour de la fête de ramadan. L’un a été grièvement blessé par une bouteille. Il a le visage bandé et tuméfié par endroits. Dans les locaux insalubres de ce poste, deux agents en uniforme s’occupent du dossier… Juste à côté, des mécanos de toutes sortes d’engins font la vidange d’une 505 déglinguée, pendant que les autres se mettent à ronfler une moto. Les réparateurs de transistors aussi s’affairent comme ils le peuvent, sur l’artère principale du centre de la Sous-préfecture. Sur le même axe, des vendeurs ambulants proposent leurs marchandises : chaussures, colliers, cigarettes, etc. Et même des cartes téléphoniques.

Comme quoi, les jours de marché hebdomadaire – souvent sanctionnés par des soirées dansantes – constituent un autre business pour certains habitants de l’arrière pays. C’est leur quotidien. C’est donc bien la vie qu’ils mènent. Et gaîment. A Koyin, les samedis sont sacrés et toujours consacrés aux petits métiers et autres sensations fortes. Si ces jours n’existaient donc pas, il faudrait surtout les inventer.


Thierno Fodé Sow


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Commentaires  

 
0 #9 BALDE ABDOURAHAMANE 10-10-2011 11:54

Mr sow je suis plus que satisfait pour ce que vous faites pour nos villages je serai fier de vous voir sur yahoo ou facebook afin de pouvoir communiquer une fois de plus merci.
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0 #8 balde bapathe 08-10-2011 19:43

Sow mi dha weltanii maa ko lannata ko bhay kooko wondhaa wadhoude dho ko fii fow wonna fii prefecture touge on toun. min komimo kedienyah e nder kollangui kono ko belgique woni komi woni si a woolii fii kollangui e dhiya sous prefecture dji louttoudhi kadi haray no wela fow tentiniima min. albarka.
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+1 #7 Bally 08-10-2011 15:26

Bonjour Mr. Sow .
C'est la deuxieme fois que je lise vos ari
ticles qui me donnent beaucoup de fierte.
Seullement je voudrais que tu elargisse ton noble travail dans d' autre prefectures et sous-prefectures telles que celles de Dinguiraye voisine.
Je te remercie .
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0 #6 Ibrahima Thiaguel Diallo 08-10-2011 14:14

Excelent article,la prochaine fois,mettez plus de photos,car, on verra combien de fois,notre prefecture a besoin,de l'aide de ces enfants.Nous a Thiaguel,on compte construire un aeroport,et poster ,des officiers de police,pour verifier les entrees et sorties des etrangers(surtout les refugies de Fatako,et les transitaires de Kansagui),quand le Presi AC,aura fini de poser les rails de conakry,a,ouagadougou(rires).1 fois encore Monsieur Sow,felicitation!
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+2 #5 Alfa Saliou Diallo 08-10-2011 11:55

Merci bien Mr. Sow pour cet article bien colore de "luumo Koyin" . Votre article me fait revivre les annees de college a Koyin. Vous etes une fierte pour notre Tougue.
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+1 #4 Baldé koin 08-10-2011 01:25

Ta plume fait la fierté de notre Tougué merci théirno.
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+1 #3 BALDE BOUBACAR 07-10-2011 23:00

Merci Mr SOW , je vis en Belgique(liège) je vous assure depuis ma lecture de votre articte sur notre prefecture tougué (Kansaghi),aucune minute ne passe, sans que je me dise que faut il faire pour repondre à cet appel.?Pour commencer, les ressortissants de Tougué en Belgique sont en reflexion . Des materiaux pour toutes les classes de 6eme Année sont en route pour 2011-2012.
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+2 #2 Aliou Mc Dowell Baldé,Canada 07-10-2011 20:39

Très beau récit.
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+3 #1 alseny camara 07-10-2011 18:22

Felicitation Yètèè Sow pour ce parcours de combattant. Le grand problème maintenant, c'est comment aider nos populations rurales à produire davantage àfin d'accroître leur revenu. Pour ce faire, compte tenu de la durée de la saison pluvieuse, il serait nécessaire de contruire les routes bitumées entre toutes les villes et entre les villes et les sous préfectures du pays. Les paysans produiront plus pour le marché. A terme, il faudrait à l'instar de certains pays africains entreprendre une politique d'électrification rurale une fois nos fameux barrages hydroélectriques vont commencer à tourner. Un monde rural (70%) de la population plus riche, c'est la Guinée qui est riche. Vive le monde rural guinéen.
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