Imprimer

Des bilakoro et autres

Boubacar Doumba Diallo  Vendredi, 19 Juin 2015 17:02

Facebook

 

DIALLO_Boubacar_Doumba_01Des bilakoro ! Des enfants soldats avant la lettre. Une véritable institution chez l’almamy Samory. Comment ce sujet m’est il venu à l’esprit ? Récemment lors d’échanges sur GuineeActu, j’ai fait la connaissance de Mama K et nous avons eu plusieurs échanges hors du Net. Récemment elle m’a offert deux livres. L’un est de Louis Gustave Binger, explorateur et premier gouverneur de la Côte d’Ivoire et il est intitulé Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi. Cet ouvrage renferme des détails intéressants ainsi que des gravures. Binger a connu l’almamy Samory Touré et a effectué une foule d’observations touchant plusieurs domaines. Voici un de ses témoignages sur les troupes de l’almamy.

« Les troupes de l’almamy ne sont pas organisées en fractions qu’on pourrait appeler compagnie ou légion, comprenant un chiffre d’homme toujours invariable, une sorte d’effectif réglementaire ; il n’existe pas non plus de grades bien définis. Voici les différentes appellations selon lesquelles on désigne chefs et soldats :

1- bilakoro : le bilakoro (qui ne porte pas de pantalons, mais le bila comme son nom l’indique) est une sorte de vélite. Voici comment il est recruté :

Quand on prend un village ou que l’on opère une razzia, tous les prisonniers (femmes et enfants seulement, car tous les guerriers pris sont décapités) sont amenés à l’almamy, qui prend la moitié des femmes et des filles pour lui, l’autre moitié des prisonniers revient au chef et aux guerriers qui ont opéré la prise.

Tous les garçons et jeunes gens ont immédiatement la tête rasée à l’ordonnance et sont confiés à des chefs qui eux-mêmes en répartissent une partie entre leurs meilleurs sofa. Les gamins prennent dès lors le titre de bilakoro, et leur première fonction est de soigner les chevaux. Quand le maitre monte à cheval, le bilakoro porte son fusil et le suit au pas de course ; plus tard, quand son chef est riche en fusils, on lui en donne un (vers l’âge de quatorze ou quinze ans) Certains chefs ne commandent que des bilakoro, par exemple Kali, chef de Faraba (entre Kangaba et Ouolosébougou), il est appelé Bilakorotigui, parce que son commandement ne comprend qu’une bande de galopins de ce genre. Qu’on juge de la résistance que peut opposer un groupe de ces guerriers à des hommes faits et rompus à la guerre.

2- Le kourousitigui est un guerrier d’un âge raisonnable ; il est marié et n’est soldat que momentanément ; il n’a jamais ou rarement un commandement.

3- Le sofa : après avoir fait plusieurs expéditions, les bilakoro sont autorisés à porter le pantalon, ils suivent le chef duquel ils relèvent quand il part en expédition ; quelquefois ils gagnent un cheval ou un ou plusieurs captifs à la suite d’une campagne heureuse. Plus tard, quand ils ont mérité la confiance de l’almamy, ils tiennent garnison dans les villages et n’ont d’autres fonctions que de manger le peu qui reste aux malheureux habitants. Ils deviennent quelquefois dougoukounasigui.

4- Le sofakong (à la tête des sofa) : ce sont des sofa qui se sont particulièrement distingués dans une expédition ; pour les récompenser, leur chef leur donne quelques hommes à commander, le chiffre varie suivant que le kélétigui a peu ou beaucoup d’hommes.

5- Le kélétigui ou kontigui est un personnage ; il commande le territoire en temps de paix, et en temps de guerre il emmène tout ce qui est valide et possède un fusil dans sa région. Les frères de l’almamy et Alpha, Fali, Baffa, etc.sont ou kongtigui ou kélétigui, suivant qu’ils agissent isolément ou sous les ordres de l’almamy. »

Au terme de ce petit compte rendu de lecture, je remercie vivement Mama K. J’ajouterai que GuineeActu m’a permis de nouer plusieurs relations amicales assez solides. Certes mes interventions m’ont parfois occasionné quelques malentendus, voire des inimitiés. En ce début du jeûne du mois de ramadan, je prie toutes personnes que j’aurais offensées de bien vouloir me pardonner.

Bon ramadan à tous et à toutes.

Was salam !


Boubacar Doumba Diallo


AAA_logo_guineeactu_article
   

Facebook