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Cette dingue sagesse mandingue !

Souleymane Bah  Mercredi, 04 Mars 2015 17:33

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BAH_Souleymane_Tchianguel_01C'est par un génial proverbe du Mandingue qu'un confrère m'a refilé, que je voudrais ce matin commencer. Il résonne avec une telle force en moi que j'ai voulu le partager. Une preuve que parmi les sages de nos contrées, il y a toujours une manière plus subtile de nous interpeller, de nous enseigner, de nous éduquer. Ce proverbe-ci viendrait de Baro, le village de notre Grimpeur bienaimé. Il dit ceci avec fierté : « i siini mö mennou koun na, wolou kèrèè ba bö lon menna, ila mansaya baraban ». Traduction littérale ras des pâquerettes bien assimilée : « les gens sur lesquels tu es assis, le jour où ceux-ci auront des cornes, ta chefferie est terminée ». C'est vrai que si t'es assis sur un mec pour qui des cornes finissent par pousser, t'auras du mal à continuer à parler de chefferie dont tu peux te réclamer, d'autant que l'accès direct de ces cornes qui ont percé, c'est ton derrière mal vissé. Donc, t'as tout intérêt à ce que des cornes ne poussent pas sur le crâne rasé de ton porteur de sujet. Maintenant si nous nous attelons à une traduction plus intelligemment tournée du proverbe de notre Mandingue éloigné, on pourrait dire que le sage malinké a une plus profonde pensée. Il n'est pas aussi vulgaire que votre foulèdi fèlèkè fèlèkè. Le vieux voûté aux cheveux grisonnants a en fait voulu lâcher : Les gens que tu commandes, le jour où t'imagines que des cornes leur ont poussé comme des animaux ferrés, qu'il n'y a donc que ta caboche qui est douée de raison et d'humanité, que les autres sont une bande de bêtes sauvages diminuées, alors ce jour tu peux être sûr de cette intransigeante vérité : ton pouvoir se sera affaissé. Ton pouvoir terminé. Tes prétentions balayées. Tes fanfaronnades stoppées. Tes cortèges et sirènes bâillonnés. Tes crimes impunis égrenés. Tes faveurs particulières asséchées. Et j'ai bien l'impression que ce temps dans mon bled sacrifié ne saurait plus tarder. Il faut juste espérer que certains comprendront la sagesse du Mandingue avant qu'en plus des cornes dressées, les animaux ne commencent à hurler et à encorner. Il faut espérer que ceux qui sont assis sur nos crânes écrasés déchiffrent les messages annoncés. En 2015, c'est au galop que cette année et cette immuable vérité sont arrivées.

Ah 2015, la belle année, la magnifique année. Certains y ont vu l'année de tous les dangers. D'autres y voudraient que dans notre souffrance on leur permette une rebelote sanctifiée. D'autres y lisent le temps de la confrontation que l'on ne pourrait éviter. Que d'oiseaux de mauvais augure sur le chemin de notre liberté ! Que de prophètes de malheurs, mes frères, sur le sentier de notre démocratie à retrouver, de notre fraternité à renouveler, de notre tissu social à reconstituer, de notre unité nationale à reforger et à fortifier par la mémoire du sang sacrificatoire versé et qui a arrosé notre histoire partagée ! 2015, non! mes frères de sang et mes sœurs de lait épuré, 2015 ne sera pas, ne doit pas être le temps de nouvelles douleurs arrachées. 2015 est l'année de toutes les opportunités, des déflagrations unitaires et solidaires enregistrés. En elle, ce sont toutes nos utopies que nous avons fécondées. En elle, vibre l'espérance d'un peuple martyrisé qui attend d'être libéré, d'un peuple divisé qui attend d'être réconcilié, d'un peuple apeuré qui attend d'être rassuré, d'un peuple malmené de pauvreté qui ne demande qu'un peu de prospérité. Voici le chant qui devrait de notre désespérance s'élever. Ce n'est pas le moment de désespérer, parce qu'un jour de 2010 quelqu'un nous a fait une promesse qu'il n'a pas su honorer. Ce n'est pas le temps de la résignation assimilée, mais celui de la volonté de changement assumée. Se rassembler, se concerter, se renforcer et s'élever comme un seul homme pour s'exprimer et s'extirper du joug de nos pilleurs entêtés. Choisir désormais en toute connaissance de cause parmi ceux qui aspirent à nous diriger. Désormais, le peuple sait ce que chacun vaut sur le chemin de la liberté et de la prospérité. Désormais, chacun a une gestion coupable qu'on peut lui imputer. Désormais, chacun a sa part d'ombre et son port d'ambre qu'on peut lui reprocher ou lui envier. A chacun sa croix qu'on peut lui faire porter. Au peuple de ne plus se laisser tremper dans la saleté, se laisser tromper, berner. Prouver à chacun qu'il ne laissera plus surprendre sur le chemin de la stupidité. Le temps est venu pour lui de régler leurs comptes à ceux qui promettent dans la frivolité, dans la banalité et dans l'absurdité.

Oui, oh oui, je reprends ici les paroles de feu Ahmed Tidjani le Scié : « il y a des jours longs à venir, il n'y en a pas en revanche qui ne finissent par arriver ». Elle est enfin là l'année 2015 porteuse de mes espoirs à réaliser. Elle se tient là, debout, dans le grouillement de nos âmes asticotées et notre quotidien fouetté. Elle se tient là, la petite garce à la poitrine juteuse et galbée, pour en appeler à nos mâles foutrement fondés et nos raideurs impunément cocufiées. Elle offre sa croupe libertine, aguicheuse et dégagée. Au peuple de saisir l'opportunité pour que l'essai soit transformé. Sous peine de voir le souffle retomber comme une mauvaise érection entre les jambes d'un puceau émasculé. Allons enfants de la fratrie, le jour de l'espoir est arrivé. Contre nous de la démon-cratie, le standard bandant est levé, l'étendard enivrant est élevé... c'est la voix d'un peuple qui appelle tous ses frères à se rassembler, bâtissons l'unité guinéenne dans l'abondance retrouvée. C'est l'hymne à la liberté, à la fraternité, à l'unité, à la solidarité que nous devrons cette année recouvrée. Alors seront chassés les matins brumeux et mal éclairés, laissant poindre ce soleil de renouveau que le peuple a tant espéré et qu'il finira par arracher. Parce qu'il faut se rappeler que « i siini mö mennou koun na, wolou kèrèè ba bö lon menna, ila mansaya baraban ». Mais avant qu'un juge zélé ne fasse tâter mon popotin du cachot comme le frangin Séga Diallo fut arbitrairement embastillé, ou que des extrémistes ne rendent une visite inopinée à Lynx FM, tel Charlie qui s'est fait dézinguer, je ferme ma gueule et je dégage!


Souleymane Bah


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