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Réquisitoire contre l’ethno-stratégie (3e partie) : pour situer les responsabilités et rendre au peuple ses droits

Thierno Sadou Diallo  Jeudi, 17 Juillet 2014 23:28

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DIALLO_Sadou_Washington_01Le pacte entre les Peuls et Mandingues a été violé par Sékou Touré

Le pacte sacré entre les Mandingues et les Peuls qui leur a permis de relever pratiquement tous les grands défis qui se sont posés à eux, a tenu pendant des siècles, depuis les temps de l’empire du Ghana jusqu'à l’émergence des nouveaux états africains issus de la colonisation. Si sous d’autres cieux, il n’a pas été sérieusement entamé comme au Sénégal ou au Mali, en Guinée ce pacte a été systématiquement violé par son premier président, M. Sékou Touré. En était-il conscient ? Le savait-il ? Ce qui est sûr, c’est qu’après en avoir lui-même bénéficié, il a entrepris patiemment et méthodiquement de défaire ces liens de solidarité, d’entraide et d’assistance mutuelle dont les populations ont longtemps bénéficié pour leur survie.

Il suffit seulement de rappeler le propre parcours de Sékou Touré pour comprendre que sans la présence à ses côtés des compagnons de l’indépendance et hommes d’Etat que furent les Saifoulaye Diallo, vieux Abdourahmane Diallo de Dalein (ex-ministre de la Santé), Jean Faragué Tounkara, Mme Loffo Camara, Mohamed Kassory Bangoura, etc., le PDG aurait fait long feu et n’aurait pas connu les succès électoraux des années cinquante. Si des hommes d’Etat comme Barry Diawadou, Barry Ibrahima dit Barry III, n’avaient pas accepté de saborder leurs partis pour les fondre au sein du PDG, et que des personnalités comme Koumandian Kéita, Ray Autra, Mamba Sano, Karim Bangoura et Fodé Mamadou Touré n’avaient pas accepté de militer activement pour la cause, on ne voit pas comment la Guinée aurait pu être le premier Etat francophone à accéder à l’indépendance.

La relation de Sékou Touré avec Saifoulaye Diallo fut tout à fait particulière. Durant la vague de répression des années 70, le bruit courait à Conakry que Sékou Touré voulait impliquer Saifoulaye Diallo dans les complots et le faire arrêter. Mais il semble qu’il en fut vivement dissuadé par ses marabouts qui l’auraient convaincu que son destin et celui de Saifoulaye Diallo étaient intimement liés. Et que le jour où Saifoulaye Diallo disparaitrait, lui-même n’en aurait pas pour longtemps !

Tout ceci pour dire qu’aucune œuvre grandiose n’a été réalisée en Guinée sans une alliance effective des grandes ethnies du pays, à savoir les Peuls et les Mandingues (Maninka, Soussou, Kpelle, Loma, Sarakollé). A commencer d’abord par l’obtention de notre indépendance nationale, après le vote massif du Non, le 28 septembre 1958. Tous les Guinéens, toutes ethnies confondues, ont voté massivement non pour rejeter la proposition de communauté qui leur avait été soumise et pour que notre pays accède à l’indépendance. Les résultats de ce vote sont comme suit : sur 1 405 986 inscrits et 1 200 151 votants, le non s’impose avec 1 130 292 bulletins contre 56 959 oui. Pouvait-on parler ici de clivage ethnique ?

A l’époque c’est ce qui a fait la renommée de la Guinée et si le pays a continué à enregistrer des succès diplomatiques sur tous les plans, ce fut grâce à des personnalités comme Diallo Telli, Nabi Youla, Bangoura Mohamed Kassory, Alpha Abdoulaye Portos Diallo, Achkar Marof et Karim Bangoura.

Les premiers plans de développement n’auraient jamais vu le jour sans le concours, le travail acharné et la diligence des brillants cadres de toutes les ethnies du pays. Le plan triennal, l’un des rares à produire des résultats probants, a été l’un des chefs d’œuvres de M. Barry Ibrahima dit Barry III.

Le succès des Ballets africains de Guinée ne l’a été que grâce au génie créateur, la persévérance, le sens de l’organisation de Fodéba Kéita, et à un groupe de talentueux artistes venus de tous les horizons de la Guinée.

Sur le plan sportif, la gloire du Hafia Football Club et son triplé en coupe d’Afrique des clubs champions ont été rendus possibles grâce à de talentueux joueurs, une équipe d’entraineurs et à un encadrement technique de haut niveau. Et le ministère de tutelle et la fédération guinéenne de football ont joué un rôle essentiel aussi bien dans l’organisation que dans la longue préparation des joueurs. Même nos vaillants journalistes sportifs comme Pathé Diallo et Aboubacar Kanté avaient contribué à cette gloire en retransmettant les matches comme eux seuls savaient le faire, à l’époque où la Guinée n’avait pas encore une chaine de télévision nationale.

Après que le Hafia eut remporté sa première coupe d’Afrique des clubs champions en 1972, il se produisit un évènement marquant et assez révélateur pour moi. Que je vous dise ! Le ministre de la jeunesse, des arts et des sports au début des années 70 était mon frère ! Malheureusement juste avant le début de la campagne du Hafia pour le trophée continental, il fut arrêté et interné au Camp Boiro dans la purge qui a vu disparaitre tous les hauts cadres de l’Etat, et de nombreux Guinéens, toutes catégories confondues. Au retour triomphal du Hafia à Conakry, après la liesse populaire et les discours triomphalistes de M. Sékou Touré, après que tout fut redevenu calme et normal, une visite secrète et discrète fut organisée par l’un des plus grands barons du régime et qui était aussi l’un des hommes les plus craints du pays, pour que les joueurs du Hafia viennent saluer mon père. La visite était secrète, nous le savions, parce qu’elle avait été organisée à l’insu du responsable suprême de la révolution, M. Sékou Touré ! Elle eut lieu à notre domicile de la 3e Avenue Bis, à Kaloum où nous résidions à l’époque. Elle eut lieu après la dernière prière d’Isha, entre 21h et 22h. Je me rappelle vivement ce soir-là, il y avait au salon mon père et deux de mes oncles paternels. La délégation du Hafia était composée de 4 joueurs, d’un des célèbres reporters, accompagnés de l’homme fort du régime qui avait organisé la rencontre. Ils étaient venus d’après eux, pour faire part de leur victoire à mon père, le saluer et le remercier pour le travail remarquable que mon frère avait accompli au ministère de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, et du soutien indéfectible qu’il avait apporté à leur club. La visite fut de courte durée et prit fin par des amabilités. Mais ce soir-là, nous eûmes une vague d’espoir que mon frère avait des chances de s’en tirer et que même sa libération ne saurait tarder. Ou tout au moins que ceux qui avaient eu cette initiative chercheraient à le protéger. Hélas il passera dix longues années dans les geôles de Sékou Touré avant d’être libéré. Lui au moins, par la grâce de Dieu, l’avait échappé belle et il est toujours vivant !

C’est dire que même dans le système totalitaire, policier et impitoyable du régime de Sékou Touré, il y avait des failles, et tout n’était pas blanc et noir comme vous le pensiez ! Certaines personnes avaient un sens du devoir accompli ! Et c’est pourquoi je dis encore aujourd’hui que le régime de Conté aurait du juger les dignitaires du régime de Sékou Touré et ne pas les exécuter de manière aussi sommaire. Avec un procès, le peuple de Guinée aurait tant appris sur ce qui s’était réellement passé au temps de la révolution multiforme et globale et on n’aurait pas assisté aujourd’hui au négationnisme qui est en cours dans les milieux favorables à l’ancien dictateur de Conakry.

Ceci dit, la toute dernière fois que la Guinée a fait l’objet d’une fascination internationale remonte au succès des syndicats dans la mobilisation des travailleurs et de tous les segments du pays pour exprimer le ras-le-bol des Guinéens face à l’incompétence, la gabegie, la corruption et l’injustice à tous les niveaux. Mais vous conviendrez avec moi que là aussi, il a fallu que Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG et Feu Ibrahima Fofana (paix à son âme) de l’USTG se donnent la main pour ébranler la dictature et forcer le général Lansana Conté à nommer un premier ministre de consensus qui était aussi chef du gouvernement. Ce qui a valu à la presse internationale de parler désormais des « puissants syndicats de Guinée ». Bien dommage que le leader de l’USTG, Fofana Ibrahima soit mort, car où sont ces syndicats aujourd’hui, qu’on disait si forts, mais qui aujourd’hui sont incapables de défendre les droits élémentaires des travailleurs ou des acquis déjà enregistrés au cours de cette longue et difficile lutte qui a enregistré des morts, des martyrs ?

Voyez ce qui arrive aujourd’hui aux commerçants peuls qui voient leurs boutiques cassées et incendiées au marché Madina et dans certains endroits du pays. Tout ceci dans la totale impunité, sans que les syndicats et les organisations qui les représentent ne puissent faire quoi que ce soit pour que les victimes soient dédommagées.

Pour entretenir ce climat délétère et dangereux pour la stabilité du pays, les ethnocentristes de tous poils qui gravitent autour du pouvoir à Conakry vont jusqu’à accuser les commerçants de connivence avec l’opposition. Ce qui est totalement absurde et qui prouve qu’ils ne connaissent pas du tout ce pays et ne savent absolument rien des réalités économiques !

Dans les années 60 et juste avant l’année 1972, on pouvait compter très peu de commerçants peuls. Il y en avait quelques uns mais c’était vraiment une quantité négligeable. Le commerce à travers tout le pays était tenu par les Dioula et les commerçants Soninké (Sarakollé, Marka). Quand on partait au marché du centre-ville à Kaloum ou au marché Madina, on ne voyait que des Dioula et des Marka devant les étals en train de vendre du tissu, des vêtements, de la nourriture et des produits de toute sorte. Cette image est encore très vivide dans ma mémoire et on ne saurait le nier. Mais les assauts répétés de Sékou Touré contre le commerce privé, d’abord en 1964, puis en 1965, en passant par 1971 après l’agression du 22 novembre 1970, pour enfin atteindre son point culminant en 1975, ont fini de changer complètement la physionomie et la nature du commerce en Guinée. Devant ces assauts répétés et l’hostilité ouverte du pouvoir envers le commerce privé, les Dioula et les commerçants Sarakollé (Marka) ramassèrent leurs affaires, biens et parfois familles, quittèrent le pays pour aller s’installer dans les pays voisins : Libéria, Sierra Leone, Mali, Côte d’Ivoire, voire même le Nigéria et le Togo. Surtout après que Sékou Touré eut fini de décimer toute la classe commerçante de Kankan durant la sanglante répression de 1971 suite au débarquement du 22 novembre 1970. Après leur départ ce fut le vide et Sékou Touré, enivré par ses succès, en profita pour déclarer son fameux « Cheytane 75 » qui assimilait tous les commerçants à Cheytane et qui du fait entérinait la suppression du commerce privé sur toute l’étendue du territoire national. Tous les marchés furent fermés et on ne pouvait même pas s’y acheter un piment. Quand on se rendait au marché, on pouvait y voir les étals vides, et on ne pouvait même pas y voir un chat. A Kaloum, comme le marché n’était pas si loin de nous, je m’y rendais souvent avec mes frères pour voir et constater comme si nous étions des touristes, tellement la scène était surréaliste !

Après le départ des Dioula et des commerçants Sarakollé, et devant le vide laissé par eux, ce sont les Peuls qui, armés de courage, vont prendre le relais pour aider la pauvre population qui faisait face à toutes sortes de pénuries. Tout manquait dans le pays mais à chaque discours, Sékou Touré disait que le « bateau était en route ». Et la population tournait cela en dérision chaque fois que quelqu’un s’ingéniait à se procurer un produit de première nécessité en disant que c’est « en attendant le bateau » ; surtout qu’il ne venait toujours pas !

Les Peuls donc, au prix de leurs vies et de leur sécurité, prennent le relais et se rendent en Sierra Leone, au Libéria, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Mali pour y prendre des marchandises et les revendre en Guinée pour que les populations puissent avoir le minimum. Ils le firent au prix de leurs vies puisque Sékou Touré avait donné l’ordre de tirer sur quiconque tenterait de traverser la frontière. Et certains naturellement y perdirent leur vie. Mais cela n’y fit rien puisque ce mouvement continua et on vit les Peuls se rendre et s’installer dans tous les coins et petits villages de la Guinée d’où ils traversaient la frontière pour aller chercher de la marchandise qu’ils ramenaient au pays pour assister la population. C’était à une époque ou on ne pouvait même pas trouver du pain, à plus forte raison du riz !

Il est clair que sans les commerçants peuls, la Guinée aurait-elle aussi connu des périodes de grande famine comparables à celles que des pays comme l’Ethiopie ont dû endurer, avec la mort et la désolation, et des enfants amaigris aux ventres ballonnés ? Je le dis sans exagération parce que l’intention de Sékou Touré était d’affamer la population pour que tout le monde lui soit redevable ; avec la suppression du commerce privé, il fallait désormais la bénédiction et l’aval de Sékou Touré pour manger, se vêtir ou se procurer tout autre produit. Il voulait que tout le monde soit sous sa botte jusqu’au jour où les braves femmes se sont révoltées contre sa police économique et son régime, le 27 aout 1977, pour lui signifier que trop c’était trop !

Avec des Peuls, éparpillés sur tout le territoire, de Conakry à Yomou, faisant du commerce de détail, il se créa ainsi un réseau dynamique avec des relais importants. Et c’est ce réseau que les grands commerçants vont utiliser et exploiter pour leur système de distribution de riz ou d’autres produits importés. Malgré tout ce que les gens racontent, les grands commerçants ou entrepreneurs comme les Alpha Amadou, les Alsény Barry, les Guelguédji, Sans-loi, et Sadakadji n’ont pas créé ce réseau et n’ont pas mis en place ces structures et ces entités. Ils ont trouvé ce réseau en place et ils s’en sont servis pour leurs affaires. Voilà!

Mais qu’est-ce qu’on entend du côté des ethnos qui gravitent autour du pouvoir de Conakry ? Ah, disent-ils « Lansana Conté a donné le commerce aux Peuls et ils se sont enrichis ! Ils détiennent tout le commerce du pays ! Maintenant ils veulent le pouvoir aussi, mais jamais on n’acceptera cela. Ils n’ont qu’à se contenter du commerce. » Ce qui est, on l’a vu, une contre-vérité, une falsification pure et simple ! Non seulement Lansana Conté a trouvé que les Peuls avaient déjà commencé à faire du commerce pour aider la population, mais la plupart des grands commerçants qui ont bénéficié de ses largesses sont venus d’ailleurs, des pays voisins où ils avaient déjà fait fortune. Lansana Conté, lui, a simplement interdit qu’on tire sur les gens à la frontière. Il a ouvert les frontières ! Mais le plus révoltant c’est que la plupart des gens qui lancent ce genre de critiques était à Paris, en train de déjeuner au beurre et au croissant, pendant que la population souffrait, se nourrissant de dons en provenance de pays amis et pendant que les commerçants peuls prenaient tous les risques inimaginables dans un pays dépourvu de système de transport, pour amener des produits de première nécessité aux populations déshéritées dans les coins les plus reculés de la Guinée.

Alors quand je vois aujourd’hui des loubards recrutés pour aller incendier et vandaliser les boutiques des commerçants peuls, je me rends compte que décidément le peuple oublie vite et de ce fait est facile à manipuler.


Quelles leçons pouvons-nous tirer ?

Une chose reste sure ! Rien de grand ne s’est accompli en Guinée sans l’alliance des grandes ethnies du pays et rien, absolument rien de grand ne se fera en Guinée dans la division, l’exclusion et la discrimination. Il faudra absolument l’apport de tous les groupes ethniques du pays, sans exclusion aucune ! Aucune ethnie n’est supérieure à l’autre. Nous sommes tous égaux.

La Guinée est une terre d’accueil et de refuge et cette spécificité a fait que notre pays est l’un des territoires au sud du Sahara où le brassage ethnique a été le plus poussé et le plus facile. Ce qui fait que la race guinéenne est l’une des plus belles en Afrique. La date d’arrivée et la période d’occupation de la terre ne donne aucun droit supplémentaire à un quelconque groupe car nous sommes tous venus d’ailleurs et ce faisant nous avons soit bousculé les groupes que nous avons trouvés en place, soit nous nous sommes fondus parmi eux.

Le processus de formation de la nation guinéenne était bel et bien en cours au lendemain de l’indépendance mais il a été arrêté et remis en cause par Sékou Touré qui a été le premier à défaire le tissu social guinéen. Toutes les victimes de son régime, de sa répression sanglante et barbare l’ont été à cause de leur attachement indéfectible à l’unité nationale : Diawadou Barry, Barry Ibrahima dit Barry III, Fodéba Kéita, Kaman Diaby, Boubacar Telli Diallo, Magassouba Moriba, Loffo Camara, Mohamed Kassory Bangoura, Karim Bangoura, Bama Marcel Mato, Gnan Félix Mathos, Alioune Dramé et tant d’autres ont disparu dans le goulag guinéen parce qu’ils étaient de fervents défenseurs de l’unité nationale. Sékou Touré savait qu’il n’aurait jamais pu assumer un pouvoir personnel et sans limites sans avoir au préalable fait éliminer tous ces dignes fils qui travaillaient inlassablement pour que la nation guinéenne soit une réalité et non une métaphore.

C’est pourquoi l’annonce faite par Alpha Condé de ramener la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée a alerté tous les témoins de l’histoire de cette révolution multiforme et globale. Le « président démocratiquement élu » veut réussir là ou Sékou Touré a échoué. Il avait déjà promis qu’il allait régler « l’équation Peul en Guinée » et aussitôt installé au pouvoir, il menace ses opposants en proclamant que « bientôt on ne parlera plus de l’Opposition ».

Alpha Condé veut radicalement « changer » la Guinée en faisant une « révolution » dont lui seul connait les tenants et les aboutissants. Mais contrairement à Sékou Touré, il évite soigneusement d’utiliser le mot « révolution » tant discrédité en Guinée. Alors il parle de changement, de son changement à lui qui aura lieu vaille que vaille. Pour ce faire, son régime a mis en place une politique basée sur l’ethno-stratégie pour diviser les Guinéens. Une telle politique a fini de « libaniser » le pays en différentes communautés : les Baga dont il faut absolument défendre la culture sans mentionner que c’est Sékou Touré qui a mis fin aux rites et coutumes Baga en Guinée. Les Soussou qui constituent un réservoir de voix dans lequel il est facile de puiser. Les Peuls des foulasso, « ces éternels récalcitrants » qu’on pourra désormais neutraliser avec les habitants des Roundè. En Haute Guinée, le clan des Cissé organise des retrouvailles à Cisséla pour magnifier leur contribution à l’humanité. Les Condé, forts de leur patronyme, se retrouvent à Takoura pour eux aussi magnifier leur contribution à l’humanité. Les Wassoulounké intronisent leur empereur avant eux aussi de magnifier leur contribution à l’humanité. Bientôt ce sera le tour des Kéita, qui se disent détenteurs légitimes du pouvoir, et les Kouyaté, maitres de la parole et détenteurs du balafon sacré ou encore les Camara, détenteurs de la terre et qui se disent les plus nombreux. En Forêt, les conflits intercommunautaires ont déjà causé plusieurs morts à Zowota, Koulé, Nzérékoré. Mais où allons-nous, M. le Président ?

Alors si nous ne dénonçons pas l’ethno-stratégie en cours dans notre pays, les populations seront perdantes. Seuls Alpha Condé et ses amis en sortiront gagnants comme Sékou Touré a profité de la division de notre peuple pour se maintenir au pouvoir jusqu’à sa mort. En définitive, nous aurons tous perdu et les dictateurs auront gagné. Il faut qu’on leur dise que la Guinée est une et indivisible sinon nous serons la risée de la communauté internationale. Regardez un peu l’air moqueur des ambassadeurs étrangers à qui nous tentons d’expliquer nos problèmes : « Je ne peux pas faire la différence entre Peul, Malinké, Soussou et Forestier. Pour moi c’est la même chose. » Cela comme pour dire « Pour moi, vous êtes tous des nègres » (passez-moi l’expression).

Nous devons savoir qu’aujourd’hui encore comme hier, il y a deux camps qui s’affrontent : le camp de ceux qui refusent de vivre sous la dictature, les démocrates qui veulent que les Guinéens toutes ethnies confondues vivent ensemble, luttent ensemble, dans la paix et la prospérité pour relever les défis du développement. Et le camp des socialo-communistes qui acceptent la dictature, qui veulent l’émiettement du tissu social guinéen et qui pour cela n’hésitent pas à recourir à la force, la violence, l’intimidation et les arrestations arbitraires de toute sorte.

C’est pourquoi nous devons résolument supporter l’opposition qui est aujourd’hui le seul rempart contre la dictature. Je suis convaincu que ni Cellou Dalein Diallo, ni Sidya Touré, ni Lansana Kouyaté et ni aucun autre leader de l’opposition ne laissera la Guinée sombrer dans l’anarchie, les troubles sociaux et la division. Ces leaders-là travaillent dans le sens de l’unité nationale.

Et c’est pourquoi aussi nous devons exiger du professeur président Alpha Condé l’organisation des élections communales et communautaires et le respect des accords du 3 juillet. Nous devons exiger le respect scrupuleux du calendrier électoral. Nous devons exiger que les auteurs de crimes soient poursuivis et jugés, y compris les loubards du RPG qui ont osé déshabiller et bastonner un citoyen en brousse. Que les familles des victimes soient dédommagées. Que les restes des disparus de la répression sanglante du PDG soient rendus à leurs familles. Nous devons exiger que les Guinéens soient traités de la même façon devant les tribunaux. Que cesse l’exclusion, la discrimination, la division et que les droits de tous soient respectés. Et qu’on mette fin à l’ethno-stratégie !

Nous devons faire comprendre au camp des socialo-communistes que ces revendications sont non-négociables car faisant partie des droits inaliénables de notre peuple.

Pour terminer, rappelons ceci au ministre Alhassane Condé, au service de son maitre et principal artisan du « Manden-Djallon » : quand les Soussou doutent de la bonne foi et de la sincérité d’une personne, ils lui disent : « I woulé ! I woulé Fou » !

J’y ajouterai ceci : « Kono woulé bara gnon ! »


Diallo Thierno Sadou


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