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Guinée : du marxiste sanguinaire au socialiste complotiste

Boubacar Bah  Lundi, 09 Juin 2014 00:41

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BAH_Boubacar_ingenieur_2_01La Guinée indépendante depuis 1958 a connu un total de quatre (4) présidents de la république, président de transition exclu, ce petit pays aux grands événements comme disait un prêcheur est l’un des rares pays dont le peuple est presque sans espoir depuis 50 ans même si un dicton dit que c’est « l’espoir qui nous fait vivre ».

Nous faisons ici une analyse généralisée des régimes et présidents qui se sont succédé dans notre cher pays avec toute la négativité que ces régimes respectifs ont engendrée, et cette négativité a causé ce qu’elle a causé.

Dans cet article nous procéderons régime par régime (président par président) du premier au dernier.


1- Sékou Touré : le nationaliste anti-nation


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Il fut l’un des pionniers de l’indépendance du pays avec ces compagnons de lutte dont entre-autre Saifoulaye Diallo, Barry Diawadou, Barry III, pour ne citer que ceux-ci.

Il fut le 1er président de la Guinée en appelant le peuple de Guinée à voter « non » lors du referendum organisé par le gouvernement français le 28 septembre 1958, il lança cet appel lors de la venue à Conakry du général de Gaulle quelques semaines plus tôt, le général étonné par ce discours du leader du PDG (Parti démocratique de Guinée) qui est tout sauf un parti démocratique. Après ce discours le général de Gaulle répond par ces termes : « ils veulent l’indépendance, qu’ils la prennent ce 28 septembre et s’ils ne la prennent pas qu’ils fassent ce que la France veut… ».

Le règne de Sékou Touré commença ainsi avec une brouille avec la France qui œuvrera de tout ces moyens pour empêcher le nouvel Etat d’entrer à l’ONU ; un éminent travail diplomatique fut mené pour que la Guinée accède à l’ONU par le célèbre Diallo Telli qui fut le 1er secrétaire général de l’OUA (Organisation de l’unité africaine, désormais UA) et par d’autres intellectuels guinéens.

Ce nouveau régime nommé « révolution », révolution faite dans un pays qui n’en avait pas, ce régime mis en place où chaque personne est obligée de dire en voyant un supérieur « prêt pour la révolution », où chaque courrier administratif doit obligatoirement se terminer par ce fameux terme, le chef de cette révolution commença aussitôt à se débarrasser de ces compagnons de lutte qu’il trouvait assez influents et susceptibles de lui causer quelques ennuis.

Tout les influents du PDG furent sitôt accusés de complots visant à destituer le pouvoir (complot peul, complot de enseignants,…), des complots contre la révolution, ces derniers furent tous emprisonné dans le fameux Camp Boiro.

Raymond Marie Tchidimbo ancien archevêque de Conakry dit dans son livre « un prêtre dans les geôles de Sékou Touré » tous les opposants politiques de Sékou Touré se retrouvaient en diète dans ce camp qui paraissait être un simple camp de la garde présidentielle.

Parmi les victimes de ce camp citons l’ancien secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli qui y meurt le 1er mars 1977.

Ingénieur Alseyni René Gomez (rescapé du Camp Boiro) dans son livre « parler ou périr » dit : « qu’en décembre 1961 à l’arrivée des détenus arrêtés dans le cadre du complot des enseignants, il y avait déjà trois (3) bâtiments avec des portes en bois abritant trente (30) cellules de 3m sur 3.50m ; et de cette date à février 1962 quarante six (46) nouvelles cellules furent construite mais plus exigües (1.50m sur 3.50 ».

Un article de Mr Abdoulaye Bah disponible sur ce lien : La mort des détenus politiques en Guinée est secrète, parle des assassinats, tortures organisés au Camp Boiro, et surtout aussi des complots parlant de dysenterie… pour cacher faire croire à l’opinion que les détenus meurent de maladie et ne sont pas assassinés.

Dans les années 60 l’opposant Ghaly Sow est arrêté, emprisonné et exilé. Selon Amnesty International 50.000 personnes auraient été assassinées de 1958 à 1984 dans ce Camp Boiro. A noter que le sanguinaire Sékou Touré était fan de Lénine, donc…

Notons enfin que Barry Diawadou surnommé « père de l’indépendance » fut fusillé dans la nuit du 27 mai 1969 par ce régime plus que sanguinaire.


2- Lansana Conté : le héros devenu dictateur
 

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Le 26 mars 1984, Ahmed Sékou Touré meurt et une semaine plus tard, le 3 avril, le CMRN prend le pouvoir avec à sa tête le colonel Lansana Conté, accueilli par une liesse populaire car il promettait de l’espoir pour ces populations meurtries par 26 ans de dictature et de régime de fer du génocidaire Sékou Touré. Arrivé au pouvoir le colonel Conté libéralise l’économie, il préfère les Américains aux Soviétiques contrairement aux marxiste Sékou Touré.

En 1985 des dizaines de militaires furent assassinés suite à un supposé coup d’Etat contre le CMRN dont entre autre Diarra Traoré, Abdourahmane Kaba, Sidy Mohamed Keita, … et personne ne sait depuis où sont enterrés ces militaires.

En 1990 il adopte une nouvelle constitution, en 1992 il instaure le multipartisme, de 1993 à 2003 le régime se radicalise, Lansana Conté renoue avec certaines pratiques de Sékou Touré, il fait arrêter et emprisonner de nombreux opposants, il soumet au peuple un referendum en 2003 qui casse la limitation du nombre de mandats du président de la République.

A partir de là les choses changent ; il triche et gagne les élections de 1993 et de 1998, en 2003 l’opposition boycotte les élections, en 2003 il gagne les élections avec 95.63% des voix face à un pseudo opposant qui sera nommé ministre quelques mois après.

Le bilan économique depuis 1984 est catastrophique dans ce pays immensément riche et où les gens sont immensément pauvres, qui possède la moitié des réserves mondiales de bauxite, de l’or, du diamant…

En 2006-2007 des grèves générales paralysent le pays et le général cède une fois face aux revendications des syndicats et de la société civile en nommant un premier ministre dit de consensus.

En 2008 le général Conté meurt en laissant derrière lui un pays agonisant avec la multiplication des trafics de drogue et une inflation qui augmente de jour en jour.


3- Dadis Camara : très bouillant mais nul


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Le capitaine Moussa Dadis Camara prit le pouvoir avec son CNDD le lendemain du décès du général Lansana Conté en perpétrant une fois encore un coup d’État contre un cadavre.

Accueilli par une liesse populaire, la société civile, les partis politiques, les diplomates et même la presse ont d’abord cru que c’était l’homme qui allait enfin régler la situation précaire de la population. Il fut d’abord installé au camp et non dans un palais. Il met automatiquement à la retraite une vingtaine de généraux, se fait filmer en permanence par la RTG, promettant en arrivant au pouvoir qu’il ne va jamais se présenter comme candidat aux prochaines élections disant que l’ambition du pouvoir ne l’a jamais animé. Mais quelques mois plus tard il changea d’avis et menaça de se présenter aux prochaines élections car il était guinéen comme les autres candidats.

Il effectue en septembre 2009 une visite à Labé avec un impressionnant arsenal militaire, visite selon lui qui visait à défier des communautaristes et montrer à l’opinion nationale et internationale que le Fouta était avec lui.

Quelques jours plus tard, le 28 septembre suivant, l’opposition organisa un meeting géant au stade du 28 septembre pour protester contre la candidature du chef de la junte, le stade se rempli de fond en comble, une dispute commença entre les opposants politiques et Tiègboro Camara membre de la junte, quelques minutes plus tard des militaires de la garde présidentielle, des gendarmes, des miliciens… firent irruption dans le stade, tirèrent à balles réelles et ce fut un carnage ; des dizaines de femmes violées, des opposants molestés et battus à mort ; les militaires tirèrent à bout portant sur les milliers de personnes amassées à l’intérieur du stade et tuèrent plus de 157 personnes. Le chef de la junte nie toute responsabilité qu’il rejette sur les opposants qui selon lui ont conduit leurs militants à la boucherie ; donc il savait que son armée n’était composée que de bouchers ? Il affirme pour se dédouaner qu’il ne contrôle pas cette armée.

En février 2010 une instruction est ouverte et de hautes personnalités de l’armée et de la gendarmerie inculpées dont le Colonel Pivi (inculpé en juin 2013), le lieutenant-colonel Moussa Tiègboro Camara (inculpé en février 2012), le lieutenant Toumba et tant d’autres, mais depuis ces inculpations personne d’entre eux ne sont poursuivis et certains d’entre eux continuent d’occuper des postes de responsabilité.

En décembre 2009, le capitaine Dadis convoque Toumba qui refuse de venir parce qu’il sait que tout va être mis sur lui. Le chef de la junte décide d’aller le chercher lui-même mais arrivé une bagarre s’engage et  Toumba atteint d’une balle à la tête le capitaine Dadis qui est aussitôt convoyé au Maroc pour des soins intensifs, et depuis il vit au Burkina Faso.

Après sa chute un accord fut signé à Ouagadougou entre tous les protagonistes de la vie politique guinéenne, accord qui prévoyait une courte transition dirigée par le général Sékouba Konaté (numéro 2 de la junte), Jean Marie Doré de l’opposition comme Premier ministre, et des élections présidentielles dans quelques mois.


4- Alpha Condé : aussi socialiste que complotiste


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Ces élections qui auront lieu le 27 juin 2010 donnent au premier tour les résultats suivants : Cellou Dalein Diallo 43.69%, Alpha Condé 18.25%, Sidya Touré 13.02%…, au terme du deuxième tour Alpha Condé fut déclaré vainqueur avec 52.52% des voix. Le camp adverse rejeta ces résultats et déposa des recours auprès de la Cour suprême qui après avoir vérifié les recours de l’opposition ajouta 307 voix pour Alpha Condé. Le leader de l’UFDG (parti perdant) reconnut les résultats pour prix de la paix.

Quelques mois plus tard en juillet 2011 un soi-disant coup d’État visant à assassiner le président est annoncé par les médias, coup d’État simulé qui visait à anéantir certaines personnes.

Avec son slogan « Guinea is back » (la Guinée revient en arrière) et ces propos qui disait qu’il reprend la Guinée ou Sékou Touré l’avait laissé, il recommence à vrai dire, les mêmes complots que Sékou Touré surtout que les images de sa résidence privée le lendemain de l’attaque montraient la toiture de la maison sorti vers l’extérieur ce qui laisse supposer que les tireurs tiraient de l’intérieur comme l’avait annoncé un avocat de la défense lors du procès des accusés.

Des gens tous de l’UFDG ou supposés tels furent arrêtés et Bah Oury vice-président de l’UFDG, Diallo Sadakâdji très proche de l’UFDG à l’époque et Tibou Camara secrétaire général de la présidence de la République lors de la transition furent présentés comme les instigateurs de ce coup d’Etat et tous trois sont en exil depuis. Des civils et militaires furent arrêtés, un de procès fut organisé et certains furent condamnés à la prison à perpétuité, d’autres à vingt ans de réclusion criminelle…

Alpha Condé remanie très récemment son gouvernement en y nommant des propagandistes comme Moustapha Naité, en y maintenant d’autres comme Bantama Sow qui est un propagandiste, fuyard de médias hors-pair, en maintenant un Premier ministre qui n’a même pas de bilan à présenter. Il se fout enfin de ce peuple en disant que ce nouveau gouvernement est un gouvernement de mission.

La semaine dernière enfin son ministre de l’Administration Alhassane Condé affirme « Si Cellou Dalein n’est pas content, il n’a qu’à aller en Somalie » propos très grave qui sous-entend que Cellou et toute sa communauté ne sont pas de guinéen mais des Somaliens, propos ethnocentrique qu’un ministre de la République ne doit pas avancer sans être démis de ses fonctions dans un pays de droit, le nouveau Zorro de l’UFDG Ousmane Gaoual Diallo a répondit en qualifiant Alhassane Condé d’alcoolique en ces termes : « S’il nous insulte, on va l’insulter. Désormais, on va répondre au coup par coup. Je ne pense pas qu’il mérite quelque respect que ce soit ». Et depuis l’UFDG a porté plainte conte le ministre Condé.

Espérons que ce ministre sera puni par la justice suite à ces propos et que de tels propos ne se répéteront jamais surtout au sein d’un gouvernement.

Ajoutons enfin aux dérives d’Alpha Condé, ce que j’ai appelé les épidémies sous la troisième République dans un article que j’ai récemment publié et disponible sur ce lien Guinée : la 3e République ou l’ère des épidémies.


Elhadj Boubacar Bah


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