Catherine Kaufmann Dimanche, 28 Juillet 2013 18:08

Partie tôt le matin de Lausanne le 27 mars 2013, avec Adjidjatou Barry Baud, présidente de l’ONG Solidarité Suisse - Guinée, nous atterrissons vers 15 h à l’aéroport international de Conakry.
40° me surprennent sur le tarmac et, avant notre passage à la douane, nous sommes accueillies par une délégation de quatre Messieurs qui nous escortent jusqu’au salon des ministres, tandis que les formalités administratives et la récupération de nos valises se font par le personnel.
Je fais la connaissance de Binta Barry la soeur, de Torodo la maman, des neveux, nièces, petits-enfants, etc… Une famille africaine élargie, c’est-à-dire nombreuse !
Adji apprend qu’une nièce « Bébé », 35 ans, est hospitalisée, dans le coma, depuis la veille.
Aussitôt les mallettes posées, nous nous rendons à son chevet à l’hôpital Donka où une dizaine de femmes sont là afin de soutenir la malade et sa mère.
Bébé décédera le surlendemain en laissant un petit garçon de 7 ans.
A ses obsèques, dans la cour, les salons et les chambres, beaucoup de femmes sont réunies, les hommes sont rassemblés un peu plus loin.
Je salue, enlace la maman, rencontrée auparavant à l’hôpital, lui murmure des mots encourageants et lui dis combien je partage son chagrin.
Conakry est bâtie sur une presqu’île au bord de l’océan Atlantique où palmiers, cocotiers, fromagers, mangroves, filaos abondent. Là, plusieurs ethnies se côtoient.
Lors de mes déplacements en voiture, j’ai la liberté d’observer l’état de la capitale et c’est navrant !
De rares avenues sont goudronnées, les caniveaux qui les longent sont des dépotoirs à ciel ouvert.
Les autres rues sont de terre brute, jonchées de monceaux de déchets de toutes sortes, principalement des plastiques ; elles sont criblées de nids d’autruche, de « gendarmes couchés » parfois si surélevés que les fonds de caisses les raclent au passage.
Cet indice dénonce la pauvreté régnante.
Les petits marchés colorés exposent une multitude d’articles, lesquels trouvent toujours preneurs.
A deux reprises je vais à la plage, transformée en terrain d’entraînement pour les clubs de foot et les sportifs.
Je n’ai rien vu d’aménagé pour le tourisme, l’accès à la baignade est rendu malaisé par la saleté et les rochers.
En présence d’Adji, j’ai l’opportunité d’assister à une mini représentation musicale donnée par une vingtaine de jeunes gavroches de la rue. Ils claquent leur djembé avec une belle énergie et un sourire éblouissant sur leur frimousse. Nos bravos et encouragements vont vers ces gosses démunis et ceux qui les prennent en charge, la journée, les alphabétisent et les occupent en musique.
Le matin du 3 avril, j’accompagne Adji au Palais du peuple et nous assistons aux « Journées de la femme politique guinéenne » organisées par le groupe de « Concertation des filles/femmes des partis politiques de Guinée ».
Puis à une conférence de presse où l’opposition guinéenne annonce une nouvelle marche pacifique le 18 avril suivant si le gouvernement ne change pas de position…
Visite de politesse chez des leaders politiques.
Un après-midi, un groupe de femmes du « Cercle des femmes associées pour l’environnement et le développement durable » reçoivent par les mains de Binta Barry un appui financier. Ce montant provenant de l’ONG Solidarité Suisse-Guinée va servir à alléger les grosses souffrances des femmes rurales car elles sont la couche la plus vulnérable de la Guinée.
La jolie petite Hassatou est née voici une semaine et selon la tradition musulmane, sa naissance est fêtée au cours de son baptême par ses parents, la descendance étendue, amis, voisins, personnalités religieuses et moi !
Adji en tant que tante, procède au rasage d’une mèche de cheveux qui est recueillie par une grand-mère. Une femme lave la tête du bébé avec une eau dans laquelle des feuilles de menthe et des noix de cola ont été trempés. Bénédictions et prières sont dites pour le nourrisson.
Au cours de cette cérémonie, un repas est servi aux nombreux convives.
Je suis présente lors d’une réunion de la société civile.
Un soir, nous sommes invitées dans un night-club en plein air. Je suis séduite par la voix de Riso Bangoura, le mari de Mariam, par les chansons et ravie de pouvoir faire danser mes pieds au rythme des instruments traditionnels de musique.
Le jeudi 11 avril à 9h30 avec une température de 36°, grimpée dans le 4x4 climatisé de Binta, conduit par un chauffeur, nous partons toutes les trois pour Dalaba.
La traversée de Conakry se passe bien, comme les gamins dans ma jeunesse, j’ai le nez collé à la fenêtre.
Une heure plus tard, j’aperçois à l’horizon le Mont Kakoulima, de vertes forêts et emprunte le « Pont des pendus ».
Nous franchissons Coyah, où se trouve la Compagnie des eaux de Coyah. C’est là que sont manufacturés des bouteilles et des sachets d’eau minérale ainsi que des boissons sucrées.
La traversée des villages est prudente car les animaux en liberté, les piétons allant dans tous les sens, sont des dangers potentiels à prévoir.
Dépasse Kouria, repère le Mont Gangan et à 15 heures nous sommes dans le Fouta Djallon où la légendaire fraicheur attendue affiche 40°.
A Kindia, nous mangeons une assiettée de riz-poisson à la terrasse d’un petit restaurant et dégourdissons nos jambes une trentaine de minutes.
La route est en déroute ! Défoncée, cassée, trouée et notre chauffeur roule prudemment.
Mes clichés, pris à travers la vitre du véhicule, sont souvent flous car trop de cahots.
Au bord de la chaussée, les vendeuses d’oranges se pressent aux portières des automobiles.
A Linsan, notre chauffeur s’arrête un bref moment afin de saluer une connaissance.
Malgré le délabrement des habitations, les petits commerces sont accolés les uns aux autres, les marchandises exposées à même le sol ou sur des tréteaux bas ; la population va et vient dans une atmosphère tranquille.
Nous enjambons le « pont frontière » qui délimite la Basse et la Moyenne Guinée.
A propos de pont, je rigole car ils sont presque tous sans parapet de sécurité et personne ne se formalise.
Arrivée à Dalaba à 18h. 350 km en 9 heures de route !
Nous sommes gentiment reçues chez une sœur de Torodo et c’est à l’aide de la bougie que nous nous toilettons, mangeons et nous couchons.
Vendredi matin visite de l’hôtel du « Fouta-Djallon » doté d’une magnifique terrasse avec une vue impressionnante sur la vallée Kollanguel. Binta me montre, malgré la brume, le village d’où viennent ses grands-parents maternels.
A la sortie de Dalaba, réputée pour ses délicieuses bananes, juste après le barrage, elle me pointe, sur la droite, la colline Kouradaka, le village de sa grand-mère maternelle.
Après quelques kilomètres, nous sommes dans l’herbeuse vallée de Tinka. Mes compagnes de voyage m’apprennent que de la parenté y vit encore.
Je perçois combien cela les remplit de joie de revisiter leurs origines.
Puis nous retrouvons la chaussée bringuebalante, pour les 100 derniers km en passant par Pita.
A 12h 45, je clique l’arche de « Bienvenue à Labé » franchie en deux heures vingt minutes.
Cette ville, dans le Fouta-Djallon, compte environ 250'000 habitants essentiellement peuls.
Elle est une plaque tournante commerçante grouillante d’activités et bien que les rues soient quasi « impraticables » la population n’en a cure et la vie s’écoule dans une cacophonie organisée.
Les mototaxis se faufilent partout, donnent des sueurs aux conducteurs de voitures, charrettes, brouettes et surtout aux piétons …
Les pilotes de ces deux roues prennent en charge un ou deux passagers qui coincent couramment encore deux enfants entre leurs genoux et aucune de ces têtes n’est casquée !
J’admire le long de quelques rues la majesté des flamboyants et le rouge écarlate de leurs fleurs donc que l’abondance de couleurs des bougainvilliers.
Je repense au Congo et au Maroc en contemplant de beaux jacarandas.
Visite de courtoisie à Gouba, village où les descendants de Binta et Adji ont vécu et où elles sont nées.
Un frère aîné leur restitue visuellement les emplacements des anciennes cases et ce retour aux sources est empreint d’émotions.
Révérences aux belles-sœurs et aux deux co-épouses de Torodo appelées aimablement les « marâtres ».
Les préparatifs du mariage d’une nièce, Aïssatou, occupent pleinement un groupe de femmes durant trois jours.
Transformer les épis de maïs, à l’aide de procédés rudimentaires, en une centaine de kilo de farine est un gros travail. Ensuite, l’étape longue et fastidieuse de la cuisson, d’une impressionnante quantité de légumes et viande, sur des feux de bois dans la cour et pour qu’au final, une centaine de convives se régalent.
Ici, comme dans tout le pays, l’eau est à disposition dans des seaux, l’électricité manque ainsi que le réseau Internet (je conserve mes cartouches d’insuline dans une glacière où la glace est rapidement transformée en eau).
Nos téléphones et batteries d’appareils (photos - ordinateur) sont à plats. Nous les confions à un garçon qui, grâce à un groupe électrogène, nous les rechargera.
Dans la nuit du 14, la première pluie tombe drue sans rafraichir l’air et, le 15 avril 2013 à 9h30, nous reprenons la route en sens inverse.
Courte halte à Dalaba, dire au revoir à la famille et faire provision d’un régime de bananes.
A Mamou, je m’achète un petit tabouret taillé d’une pièce dans un morceau de bois léger que je glisserai dans ma valise.
Comme à l’aller, je capture comme je peux, à cause des secousses, des images telles que le ravage dû aux feux lors du défrichage pour la préparation des sols aux cultures. Malheureusement, les feux se propagent, rien de les arrête, alors des pans entiers de collines et forêts sont détruits, une désolation !
Les camions et bus surchargés de denrées où sont parfois attachés au sommet, moutons, poules et encore de jeunes gars inconscients du danger. Sans parler des taxis-brousse avec le coffre ouvert qui optimisent les places pour deux ou trois clients supplémentaires.
Des autos renversées sur le bas-côté des talus, incitent notre chauffeur à slalomer précautionneusement entre les nids de poule, repérant les restes de goudron sans âge et de ce fait à amortir un peu les soubresauts!
Les embouteillages nous attendent dans la banlieue de Conakry et, à 20h30, le véhicule stoppe dans la cour de la propriété. 450 km en 11 heures, sans incident. Merci Seigneur !
Je suis touchée par l’excitation de joie des petits qui crient autour de moi : Tantie Catérine, tantie Catérine ainsi que par les visages rayonnants des plus grands.
Une caresse de bonheur sur mon cœur de grand-maman affamé d’affection.…
J’ai aimé écouter combien tout le clan a soigné et veillé Torodo, l’année passée, lorsqu’après un AVC suivi d’un mois de coma, elle s’est rétablie.
Maintenant, elle passe ses journées entourée et chouchoutée par Binta et la douce Mariam, ses filles ainsi que par tous les autres.

Lui souhaiter le bonjour, la bonne nuit, lui pinceauter un orteil en passant près d’elle, c’est cadeau !
Consciente de la fragilité de la vie, j’en apprécie chaque instant…
Dimanche 21 avril, l’heure du départ est là.
Va me manquer l’animation de la cour …
Cet espace familial où tant activités sont accomplies, à l’ombre du généreux manguier et du cocotier comme la cuisine, lessive, lecture, jeux d’allumettes, Sudoku, contes, discussions, partages d’idées, étude du Coran, les prières et lieu de passage, à tout moment, de visiteurs…
J’ai chagrin à dire « au revoir » à Maman Torodo, au petit Alpha, aux trois Binta, aux Hadiatou, aux trois Mariam, El hadj, Edmond, Lamine, Abdoulaye, Madame Sylla, Fatou, le gardien … Tous maintenant font partie de moi car ils y ont laissé une empreinte dans un coin de mon cœur.
Vingt-cinq jours à cohabiter au sein de la maisonnée de la généreuse Binta !
Vingt-cinq jours, occupés par des sorties, des rencontres, des célébrations, vécues dans le respect, la bonne humeur, la compréhension et la tolérance me laissent recueillie et reconnaissante.
La chaleur constante de 30 à 41°, l’eau dans les récipients (merci aux porteuses d’eau), l’éclairage à la bougie, les caprices du diabète, le mauvais état des chemins, tout était supportable et j’ai affectionné à vivre cette authenticité guinéenne !
A l’aéroport, la séparation d’avec mes amies est rapide car des agents de sécurité nous bousculent.
Dans l’avion, je grelotte sous deux couvertures, un pull, plus un paréo autour du cou car la clim est trop forte, les hôtesses ne peuvent rien faire !
En arrivant à Genève le lundi matin il fait 6°, le nez et la gorge me chatouillent…
La routine du quotidien reprend ses droits, me reste… les souvenirs !
Merci Adji de m’avoir fait connaître ta grande et sympathique famille, tes amis et ta Guinée.
Lausanne, le 25 juillet 2013
Catherine Kaufmann
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