Aissatou Barry Samedi, 08 Juin 2013 21:08
C'est volontairement que je me suis inscrite sur ce réseau social pour être à votre écoute, partager vos préoccupations et proposer des esquisses de solutions.
Nous, vos aînés, avons failli à notre mission : celle de sauvegarder vos libertés individuelles et de vous garantir la quiétude sociale. Nous ne vous léguons qu'un Etat anarchique en désuétude. J'en assume ma part de responsabilité, dans ce chaos social qui régit notre pays, la Guinée.
Ceci est la vérité, et comme le disait un philosophe, « la vérité n’obéit pas », c'est en quoi elle est libre et rend libre.
La politique suppose une bonne éducation nous dit Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social. La politique est l'art d'administrer une société, d'y maintenir la paix sociale et d'y mettre des institutions justes et efficaces.
Hobbes aussi pense que chacun voulant sa sécurité, il faut un pouvoir fort qui empêche l'homme d’être un loup pour l'homme.
Pour Rousseau, cette politique ne doit être justifiée ni par la nature, ni par l’intérêt, ni par la force... elle est morale et accomplit l'homme qui est volonté, raison, conscience, sentiment et non simplement besoin et passion.
La politique est un moyen pour l'homme de se faire, non de se corrompre.
Vous les jeunes, je vous exhorte de suivre le courant de la paix, et réfléchissez si vous voulez instaurer votre politique sur les iniquités anarchiques ou si elle doit vous servir à vous libérer de ceux qui sont pris par le système. C'est votre choix et votre avenir en dépendra.
Dans cet Etat instable, où chacun pense d'abord à soi et à sa famille, lorsque les lois renforcent les forts et affaiblissent les faibles, les uns triment, les autres trinquent, pour survivre, on doit adhérer ou se faire agréer, vous devez vous méfier du séduisant contrat d’adhésion qu'on vous propose.
Écoutez votre raison, sans préjugés, et cultivez les vertus qui feront de vous demain des hommes éduqués et cultivés sans lesquels aucune sécurité n'est garantie. Ce serait regrettable de suivre nos chemins balisés de violence alors que Dieu nous a octroyé des facultés de discernement.
Ces vertus commencent par la tolérance. Le problème de tolérance ne se pose que dans les questions d'opinion.
Tolérer c'est renoncer à une part de son pouvoir, de sa force, de sa colère sans que cela ne soit perçu comme de la faiblesse.
La tolérance est l'apanage de l'humanité nous dit André-Comte Sponville. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d'erreurs. Je vous déconseille de répéter nos erreurs, les conflits sont inévitables car la différence d'opinion en appellera souvent, évitez plutôt les conflits qui entretiennent la haine, prônez le dialogue et prêchez la paix.
Je vous cite Voltaire : un roseau couché par le vent dans la fange dira-t-il au roseau voisin couché dans un sens contraire : rampe à ma façon, misérable, ou je présenterai requête pour qu'on t’arrache et qu'on te brûle ? Humilité et miséricorde vont de pair et ajoutées à la pensée, mènent à la tolérance.
Aucun humain, aucune institution, aucun gouvernement ne saurait forcer un individu à penser autrement qu'il ne pense, ni à croire vrai ce qui lui parait faux. N’est-ce pas ce qui engendre les conflits mondiaux et attisent les guerres ?
On aimerait souvent que le monde pense comme nous mais hélas, on peut empêcher un individu d'exprimer ce qu'il croit, mais non de le penser. Ou bien il faut supprimer la pensée elle-même.
Nos philosophes avaient vu juste quand ils ont affirmé, je cite : « Il n y a pas d'intelligence sans liberté du jugement, ni de société prospère sans intelligence ». L'histoire des pays totalitaires montre que ces écueils entre lesquels ils peuvent, certes, naviguer longtemps, les amènent droit à un naufrage imprévisible sur le long terme. L’intolérance rend bête, comme la bêtise rend intolérant. La vérité s'impose à tous, certes, mais n'impose rien.
Les hommes ont souvent tendance à croire que le fait de tolérer est une faveur, ce qui est contraire à la notion de respect de la liberté commune qui donne droit à la liberté d'expression, d'opinion, de croyance... elle ne demande pas à être tolérée mais respectée et protégée.
Toutes ces recommandations restent caduques si elles ne s’accommodent pas à cette grande vertu appelée : AMOUR.
Elle ne brille en Guinée, que par son absence, d'où l’éclatement de toutes les autres vertus et la décadence de nos vies. On ne peut protéger que ce qu'on aime et quand on aime on protège, nous vos aînés n'avons pas aimé ce pays. Les inégalités sociales à elles seules en disent long. L'histoire vous le prouvera. L'amour est le contraire de la force, nous ne vous avons appris que la force et l’écrasement. De la famille jusqu'au sommet de la nation, nous utilisons la force pour écraser et nous écrasons pour prouver notre force. Paverse nous dit : « Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force ».
Sans amour que peut-on devenir et que restera-t-il de nos vertus ? Le manque d'amour ? Voilà la définition de l'enfer !
Je vous mets en garde contre tout dirigeant qui ne met pas le consensus au-dessus de la querelle.
Méfiez-vous de tout dirigeant ou aspirant à diriger qui, comme Dieu, ne met pas en avant un amour gratuit et sans intérêt pour vous et pour votre pays.
Bien à vous.
Aissatou Barry (Nene Aye)
Suisse
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