Imprimer

La maîtrise de soi et l’art d’écrire

Boubacar Doumba Diallo  Vendredi, 28 Décembre 2012 14:20

Facebook

 

DIALLO_Boubacar_Doumba_01Il y a quelques jours à l’occasion de mon anniversaire mes filles m’ont offert en guise de cadeau trois livres Le premier contient deux discours : celui de Malcom X du 3 avril 1964 intitulé « Le vote ou les fusils », suivi de « Nous formons un seul et même pays » de John Fitzgerald Kennedy du 11 juin 1963. Le second renferme trois discours : « Lançons la liberté dans les colonies » de Danton et Dufay du 4 février 1794, suivi de « La France est un arbre vivant » de Léopold Sédar Senghor du 25 janvier 1957, et de « La traite et l’esclavage sont un crime contre l’humanité », discours de Christiane Taubira du 18 février 1999. Enfin le troisième livre, intitulé « Tous les hommes sont frères » du Mahâtmâ Gandhi qui sera l’objet de cet article.

J’ai toujours été fasciné par la grandeur exceptionnelle du Mahatma et de sa doctrine de la non-violence qui fut le crédo du Dr Martin Luther King. Si je ne suis pas un partisan résolu de cette doctrine, la raison est très simple : je ne peux pas maîtriser ma colère, mon corps et mes sens. Le passage que je vais délivrer aux lecteurs concerne justement « La maitrise de soi » dans le métier du journalisme. Avec mes interventions fréquentes sur le Net, je me suis dit que je peux en tirer quelque chose afin d’essayer de nuire le moins possible. J’espère que d’autres lecteurs en tireront également profit pour le bonheur de tous.
 

GANDHI_Mahatma_04


« Je me suis mis à faire du journalisme, non par plaisir mais, tout simplement, parce que j’y ai vu un moyen de mieux remplir ma mission dans la vie. Je dois en effet apprendre aux autres à se servir de l’arme incomparable du
satyàgraha, qui est le corollaire direct de la non-violence et de la vérité. J’ai hâte de pouvoir démontrer qu’en dehors de la non-violence, il n’existe aucun remède pour les nombreux maux de l’existence. La non-violence est un remède assez actif pour faire fondre le cœur le plus coriace. Pour rester fidèle à mes convictions, je n’ai pas le droit d’écrire sous l’empire de la colère ou avec de mauvaises intentions. Je ne dois pas non plus tenir de propos frivoles et encore moins vouloir exciter la haine. Le lecteur n’a aucune idée de la discipline à laquelle je me soumets, semaine après semaine, dans le choix de mes sujets et de mon vocabulaire. C’est un excellent entrainement qui m’habitue à voir clair en moi et à jauger mes faiblesses. Souvent ma vanité me souffle une expression élégante, à moins qu’un sentiment de colère ne me dicte un mot sévère. C’est une rude épreuve mais un exercice profitable que d’avoir à extirper toutes ces mauvaises herbes. En lisant la jeune Inde, on peut être amené à penser que le texte est bien tourné et parfois, comme Romain Rolland, le lecteur pourra conclure : "Ce vieillard doit être un homme remarquable !" Eh bien, que tout le monde sache que cette expression est savamment cultivée. Le jour où ces qualités me seront devenues parfaitement naturelles, c’est-à-dire quand je serai incapable de nuire et que je n’aurai plus la moindre pensée sévère pour mon prochain, alors ma non-violence saura émouvoir le cœur de tous les hommes. Entre le lecteur et moi, il n’existe aucun idéal impossible ni aucune épreuve insurmontable. La somme d’efforts requise ne dépasse pas les possibilités de la nature humaine. Cette victoire-là est l’apanage de tout homme. Nous n’avons perdu notre paradis que pour avoir à le reconquérir.

De dures expériences m’ont appris à ne pas laisser s’exprimer ma colère. Et de même qu’en comprimant la vapeur, on obtient une nouvelle source d’énergie, de même en contrôlant ma colère, on peut obtenir une force capable de bouleverser le monde entier.

Ce n’est pas que je ne suis jamais en colère ; mais je ne donne pas libre cours à ma colère. Pour supprimer toute impulsion coléreuse, je m’efforce de cultiver la patience et, je dois dire en général, j’y arrive. Je me contente de contrôler ma colère aussitôt qu’elle se fait sentir en moi. Il serait vain de me demander comment j’y parviens. Il s’agit là d’une habitude que chacun doit cultiver et acquérir à force de constance. »

« Tous les hommes sont frères », Gandhi pages 190-191


Boubacar Doumba Diallo

AAA_logo_guineeactu_article 

Facebook