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L’homme qui en savait trop

Boubacar Doumba Diallo  Mardi, 18 Décembre 2012 18:47

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DIALLO_Boubacar_Doumba_01Le vendredi 09 décembre 2012, Hadja Aïssatou Boiro a été abattue froidement par des hommes revêtus de l’uniforme de l’armée guinéenne. Elle était la directrice nationale du Trésor où elle excellait par sa rigueur, son intégrité. Quelques semaines auparavant elle avait démasqué un réseau qui s’apprêtait à détourner des milliards de francs guinéens. Elle continuait à recevoir des menaces et sa hiérarchie n’a pas jugé utile de lui donner une garde rapprochée. Madame Boiro était-elle au courant d’autres magouilles financières ? Jusqu’à ce jour l’enquête n’a pas livré son verdict sur les commanditaires et le commando de la mort. Quels terribles secrets d’Etat détenait Hadja Aïssatou Boiro pour qu’elle soit exécutée d’une façon aussi horrible ? Ceci démontre éloquemment que l’on ne s’attaque pas impunément aux intérêts de la mafia qui régente les affaires de ce pays.

Cette triste tragédie me rappelle étrangement un fait survenu en Guinée en 1970-71 lors de l’agression portugaise et des règlements de compte qui ont suivi. Je vais rappeler ces faits. Ils sont extraits du livre de l’historien guinéen Ibrahima Kaké : Sékou Touré, le héros et le tyran.


Sékou Touré supplie les militaires : Tuez-moi, mais ne me livrez pas au peuple !

Avant d'aller se mettre provisoirement à l'abri, Sékou a eu le temps de prendre peur. Aux environs de 2 heures du matin, alors qu'il est encore au palais présidentiel, entouré d'un petit groupe de proches, il voit arriver précipitamment Zoumanigui Kékoura, commandant de la gendarmerie nationale et le général Noumandian Keïta, accompagnés de certains officiers; Sékou Touré, immédiatement, croit à un coup d'Etat monté à la faveur du débarquement. Il perd son sang-froid et lève les bras en l'air. Il supplie les militaires: «  Tuez-moi mais ne me livrez pas au peuple. Ne me faites pas honte ». Les officiers répondent: « Non, président, nous venons chercher les clefs des magasins de munitions. » Et ils partent avec les clefs en question. Car Sékou, en effet, craignait trop les militaires pour leur laisser des munitions à disposition... Plus tard, le général Noumandian Keïta racontera la scène à son vieil ami, le sage El Hadj Sinkoun Kaba, qui lui dira: « Vous auriez dû improviser un coup d'Etat, l'arrêter. Vous avez eu tort, bien tort. » 

Avec une certaine tristesse dans les yeux, une certaine émotion dans la voix, il ajoutera : « Maintenant il vous tuera tous ! Il n'épargnera aucun de vous» Effectivement, Sékou Touré fera arrêter et exécuter ces témoins gênants en juillet 1971, après un délai qui démontre surtout sur quelle durée la répression consécutive aux événements de novembre 1970 s'étendra.


J’ai tenu à rapprocher ces deux faits pour illustrer combien il peut s’avérer dangereux d’accéder à certains secrets, notamment d’Etat !

Ces deux anecdotes ne relèvent pas de l’imaginaire comme dans les trois mousquetaires ou le comte de Monte-Cristo du grand romancier historique Alexandre Dumas. Mais ce sont des faits réels qui inspireront sans doute un jour Doumba pour écrire une nouvelle qu’il espère intituler : l’homme qui en savait trop.

Was salam !


Diallo Boubacar Doumba

 
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