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La bataille de Krina

Boubacar Doumba Diallo  Mercredi, 31 Octobre 2012 17:56

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DIALLO_Boubacar_Doumba_01Avant-propos

Ce récit de la bataille de Krina est tiré intégralement du livre : Soundjata, la gloire du Mali La grande geste du Mali-Tome2, Prolégomènes pages 13 à 17 de Youssouf Tata Cissé et Wâ Kamissoko. Il renferme des détails qui n’échapperont pas au lecteur attentif, détails d’une importance majeure face aux déclarations mensongères, voire révisionnistes de certains individus guidés par la haine et l’exclusion. C’est pourquoi j’ai trouvé que ce texte est d’actualité et mérite d’être porté à la connaissance de tous, notamment des jeunes générations. D’autres textes suivront inch’Allah.





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Youssouf Tata Cissé


La première bataille qu’a livrée l’armée de Soundjata s’est déroulée sur les terres de Krina, d’où son nom Krina kèlè, « guerre de Krina ».

La puissance des forces en présence était hors du commun. Lorsque les yeux de Soundjata tombèrent sur l’armée de Soumangourou, il crut que c’était un nuage et dit : « quel est ce nuage du côté de l’Orient ? » On lui dit : « C’est l’armée de Soumangourou. » Quant à Soumangourou, quand il aperçut l’armée de Soundjata, il dit : « Quelle est cette montagne de pierre ? » Car, dans sa pensée, c’était une montagne. On lui dit : « C’est l’armée de Soundjata, qui est à l’ouest de nous ».

C’est dans la plaine de Krina que bivouaqua l’armée de Soundjata, affirme Wâ Kamissoko, qui nous a déjà dit comment les Somonos de Kankan Sâro firent traverser le fleuve à ce chef de guerre et ses principaux lieutenants. Wâ Kamissoko nous raconte également l’accueil que le « Manden » réserva, dans Dakadjalan, à Soundjata.

Pour ce dernier, il fallait faire vite, car il ressortait des renseignements transmis par des espions postés entre Kalikoro et Samalén que Soumanworo Kanté rassemblait une formidable armée qui ne tarderait plus à se ruer sur le Manden comme une hyène affamée. L’élaboration d’une stratégie sans faille s’imposait donc. C’est de cela que discutèrent trois jours durant les grands chefs de guerre présents (notons que parmi ces derniers figuraient des Kakolos, des Soninkés, des Peuls, des Maures, sans compter les grands résistants de l’intérieur représentant les grands lignages, clans et confréries du pays).

Le plan de bataille suivant fut adopté lorsque les espions vinrent annoncer que les armées de Soumaworo arrivaient par la rive gauche du Niger :

1) Les chasseurs du Manden, sous le commandement de Tiramakan, se posteront dans les galeries forestières (kotou) bordant le fleuve, en compagnie de leurs chiens bien muselés ; leur mission étant :

  1. dès le signal de combat, lâcher leurs compagnons de chasse sur la cavalerie du Sosso, afin de désarçonner les cavaliers et de mordre les chevaux ;
  2. couper toute retraite à l’ennemi vers le nord en inondant des flèches empoisonnées les fantassins qui constituaient les arrières du Sosso.

2) Placés en direction des Monts mandingues, les Kamara du Sendougou auront pour mission de fondre sur l’ennemi tout en effectuant un léger mouvement tournant vers le nord, assurant ainsi la jonction avec les chasseurs de Tiramakan (ces deux armées, appelées « bras droit » et « bras gauche » de la bataille de Krina, étaient exclusivement composées de fantassins armés d’arcs et de flèches, de haches de jet et de dagues).

3) La cavalerie du Wagadou, sous le commandement de Soundjata lui-même, devra, quant à elle, bondir comme un lion en furie sur les gens du Sosso, désarticuler l’armée de Soumaworo en y faisant des coupes sombres (cette cavalerie portait le nom combien prestigieux de « poitrine de la guerre »).

4) Seront chargées d’appuyer l’action de la cavalerie deux armées dites ton koro bila, « placées sous la nuque » (placées sous le commandement de Nan Koman Djan et Fakoli, ces deux armées, qui comprendront le gros des fantassins, ne feront aucun quartier).

5) Postés çà et là dans des abris souterrains (taraba) renforcés par des rotins, dans le creux de grands arbres, à l’intérieur des grands bosquets, ou se déplaçant à la manière des chasseurs, des tireurs d’élite devront à tout prix abattre le plus grand nombre de chefs de guerre du Sosso reconnaissables à leur grande coiffure.

6) Enfin, comme lieu de ralliement, Soundjata choisit le grand plateau latéritique de Samalen, qui s’étend de la plaine bordant le Niger aux contreforts des Monts mandingues à la hauteur de Faraba situé huit kilomètres à l’ouest. Le souci de Simbo était de couper coûte que coûte toute retraite vers le nord à l’armée du Sosso, qu’il envisageait en cas de difficultés, d’affronter avec toutes ses forces réunies sur un champ de bataille restreint.

« Commencé vers neuf heures, le combat fut des plus meurtriers. Impatients d’en finir avant le crépuscule, les lanciers peuls se jetèrent à plusieurs reprises sur les gens du Sosso, comme des possédés ; ils payèrent un lourd tribut. »

A seize heures, on battit la trêve sur les tambours afin de permettre à chacun des camps en présence de soigner ses blessés et d’enterrer ses morts.

« Soyons plus que jamais vigilants, répétait sans cesse Fakoli à Soundjata, car mon oncle est plus malin que la Perdrix. »

(…)

« Les choses sérieuses commenceront avec le coucher du soleil, car nous combattrons cette nuit », déclara Soundjata à qui de solides forgerons massaient avec vigueur les jambes et le bassin, car une journée de cavalcades et de charges hargneuses avait soumis à rude épreuve les nerfs de l’ancien paralytique.

Au coucher du soleil, on apprit que les soldats du Sosso se dirigeaient par petits groupes vers les Monts mandingues, qu’ils escaladaient en suivant les gorges. On apprit également qu’au plus fort des combats Soumaworo, comprenant que toute retraite vers le nord était impossible, s’était dirigé vers Nâréna (…)

« Le Manden est sauvé », s’écria Soundjata, qui donna aussitôt l’ordre de pourchasser l’ennemi. On fit circuler les mots de passe en vue des combats de nuit, en même temps que ces mots d’ordre : « chacun derrière son chef ; pas d’actions intempestives et encore moins suicidaires ».

Soundjata, la gloire du Mali La grande geste du Mali-Tome2, Prolégomènes pages 13 à 17 de Youssouf Tata Cissé et Wâ Kamissoko.


Boubacar Doumba Diallo

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