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La domination programmée ‒ 1. En éducation

Mamadou Maladho Diallo  Lundi, 22 Octobre 2012 15:53

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DIALLO_Mamadou_Maladho_2_01L’actualité guinéenne est toujours dominée par le retour des anciennes pratiques de gouvernance (« Guinea is back » avait averti l’autre) et la discrimination ethnique qui prennent des proportions et des tournures pires qu’au temps du régime de Sékou Touré. Cela inquiète le Guinéen lambda du Fouta Djallon qui voit là une dangereuse domination mandingue programmée. Ces deux phénomènes s’observent aujourd’hui dans des domaines aussi divers que : l’éducation, le pèlerinage à la Mecque, le commerce, la fourniture d’électricité, la fourniture d’eau potable, l’administration, l’information et la communication, les infrastructures routières, les forces de défense et de sécurité, pour ne citer que ceux-là parmi tant d’autres.

Je me propose d’examiner ces cas en détail dans une série de textes en respectant l’ordre énoncé plus haut. Ce premier texte porte donc sur l’éducation.


L’éducation

C’est normal que dans un pays planifié, l’orientation des élèves soit faite par l’administration scolaire et que les cadres formés soient destinés à couvrir des besoins précis. En effet, sachant que le pays ou la région aura besoin de tel nombre de médecins, de pharmaciens, d’ingénieurs, de professeurs, de magistrats, etc., on oriente les enfants pour atteindre de tels objectifs chiffrés en tenant compte du coefficient de réussite. Évidemment, cela suppose que ces jeunes, une fois leur sortie, auront accès à ces emplois. Or, actuellement, comme autrefois, les orientations des élèves se décident par certains selon des critères inconnus du citoyen parent d’élève et des élèves. Une telle planification, même si elle existe, n’est pas à portée des parents d’élèves même les plus avisés. La situation guinéenne a trop changé ces dernières années. Le nombre de promotions de cadres ayant achevé leurs études et qui n’ont connu aucun emploi est énorme. De ce fait, on est en droit de dire que les formations ne suivent pas des planifications bien élaborées.

Aujourd’hui que le pays est géré sur une base discriminatoire officielle, il y a des raisons de se soucier que la clef de répartition ne suive cette discrimination faisant en sorte que la région du Fouta Djallon ou celles de la Forêt et de la Basse Guinée ne  pas lésées en certaines catégories de cadres. Je me souviens encore qu’en notre temps, sur 34 élèves de ma classe de terminale série B, il n’y a eu que trois médecins, dont un Malinké ‒ très souvent, des quotas réservés aux jeunes de cette région sont détournées par les gouvernants en postes au profit des leurs qui sont d’autres régions ‒, une pharmacienne, un ingénieur des mines et géologie et un ingénieur des ponts et chaussées. Pourtant les 7 premiers de la Guinée étaient sortis de cette classe. Tous les autres dont moi-même ‒ je fus orienté en mathématique et physique ‒ étaient orientés dans des facultés qu’ils ne voulaient pas. C’est ce système qui revient. La conséquence immédiate est le découragement de l’élève et de ses parents.

Étant donné que le gouvernement ne dispose pas de moyens pour donner un emploi à tous ses diplômés, il serait plus judicieux et souhaitable de laisser les étudiants faire les études dans des domaines que leurs parents et eux veulent.

En matière d’orientation, voici mon conseil à tout étudiant et /ou parent d’élève : que l’élève considère qu’il a son diplôme en main en faisant son choix ; et après ? Peut-il travailler sans l’État ? Si oui, son choix est judicieux. Sinon, c’est un diplôme de plus et un chômeur de trop dans la rue et les cafés.

Il serait donc souhaitable que l’État puisse offrir aux élèves des possibilités de formation dans les domaines de leurs choix comme aux USA ou ailleurs.

Mieux, du fait de ces orientations non souhaitées, soit certains abandonnent découragés ou leurs parents se lancent dans des courses pour des changements aboutissant toujours à la corruption et à la discrimination des non-nantis qui pourtant ne sont pas nécessairement les moins doués. Développons les germes de compétences qui se profilent au lieu de forcer la création d’autres.C’est mieux pour tous. Surtout que le ministre de l’Enseignement pré-universitaire s’est engagé publiquement pour une école d’élite. Le choix de l’option de l’élève est déterminant pour atteindre cet objectif. Comment peut-on bien faire ce que l’on n’aime pas ?

Une seconde préoccupation des parents d’élèves de cette région, puisque c’est là que je vis, c’est le déclin voire la fermeture des écoles faute de bons résultats, conséquence d’un mauvais voire d’un encadrement pédagogique insuffisant. La commune rurale de Yembèring-Mali ne me dira pas le contraire bien que mon village d’origine, Goumba, ait obtenu 15 bacheliers ‒ et tous ses fils et filles candidats aux examens de sortie de l’année furent admis là où ils avaient passé les examens ‒ cette année-là, dont trois avec mention en mathématiques mais ailleurs pas à Yembèring. Pourtant, Yembèring fut une des références nationales en matière scolaire depuis le temps colonial (1932, année de sa création).

Une troisième préoccupation est le retour en arrière en matière d’attribution des bourses scolaires. Il n’y a pas de transparence dans l’attribution des bourses scolaires. Des brillants enfants bien connus sont laissés pour compte puisqu’ils sont peuls pour donner la bourse à des enfants ayant des faveurs des gouvernants. Parfois, c’est la discrimination politique lorsque, comme l’ont écrit certains avant moi, c’est le parti au pouvoir qui décide qui a droit à la bourse ou pas comme cela semble être le cas des bourses de la coopération canadienne cette année. Pour couvrir la magouille, on donne les résultats du baccalauréat par ordre alphabétique pour ne pas faire apparaître les meilleurs. Est-ce vraiment à l’avantage du pays même si ces boursiers parvenaient à achever leurs études ? Quels cadres voulons-nous pour ce pays demain ? Est-ce la bonne manière de préparer les élites ?

Une quatrième préoccupation, non des moindres, est la naissance des universités ‒ ayant heureusement de bonnes infrastructures ‒ mais avec quels enseignants ! Qui sont les détenteurs de ces universités ? Qui finance ces infrastructures si belles ? Quels liens avec le ministère de l’Education ? De l’avis de certaines indiscrétions, la majeure partie de ces universités appartient à des gens d’une certaine ethnie qui ont eu la faveur du gouvernement à un moment ou à un autre (pas forcément maintenant), et le business établi entre ces universités et l’État ne serait pas anodin. Qui avait dit que la connaissance est une source du pouvoir ? Qui a juré que l’éducation guinéenne sera toujours dans les mains d’une seule ethnie ? On a souvenance des misères d’un certain Barry Diawadou (PSA), chassé de ce ministère par la fureur de général Diané Lansana qui l’accusait de donner toutes les bourses à son ethnie peule alors qu’il ne faisait que respecter les résultats des examens qu’on lui soumettait. « Guinea is back ! »

Une cinquième préoccupation des parents d’élèves se trouve dans les manuels pédagogiques. Regardez le contenu des livres d’histoire, de géographie et que sais-je encore, la magnification des Mandingues contre la minimisation des Peuls est de règle. Très peu de noms de villages ou de personnages peuls sont cités dans les livres du primaire. Par endroit, les faits historiques sont déformés. De grandes figures peules comme Alpha Yaya sont mises sous silence alors que d’autres Mandingues sont présentés en héros.

La question de l’éducation est une question de l’avenir du pays et des communautés. Sa gestion devrait tenir compte, plus que partout ailleurs, de la compétence et du souci pour l’intérêt supérieur de la nation et non des considérations ethniques. A défaut, c’est la bonne marche de la domination ethnique (mandingue) programmé.

Si le gouvernement continue sur cette voie, les populations de cette région n’auront pas le choix. Ils utiliseront leurs ressources financières et matérielles pour préparer la ressource des ressources, la ressource humaine, c’est-à-dire leurs enfants.


Labé, le 16 octobre 2012                                                             

M. Maladho Yembèring Diallo

 
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