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Au sujet de l’armée coloniale de l’Afrique noire
Papa Attigou Bah Jeudi, 28 Juin 2012 14:50
L'ambassade de France en Guinée invite les Guinéens à écrire l'histoire des anciens combattants africains. L’Union pour la démocratie et le progrès de la Guinée (UDPG) vous propose l’analyse politique d’une glorieuse page de l’histoire contemporaine de l’Afrique francophone.
En effet, une visite aux anciens combattants et leurs veuves dans les préfectures de Faranah, Kissidougou, Kankan et Mamou, vient d'être effectuée dans la période du 03 au 11 juin 2012 par une mission de l'ambassade de France en Guinée. Cette information est tirée d'un communiqué publié en date du 21 juin 2012. La délégation était composée du Capitaine Laurent Lauwers et du premier maître Sébastien Fortat pour l'ambassade de France, du lieutenant-colonel Angélique Kourouma pour l’État guinéen. À noter que la présence d'un ancien combattant ou d’un représentant de la structure étatique guinéenne des anciens combattants n'a pas été signalée parmi les membres de la délégation.
En plus des médicaments attribués aux ayants-droit, 223 familles ont reçu chacune un montant de 300'000 francs guinéens. Autrement dit, c'est une somme de 35 euros par famille qui est généreusement distribuée dans les quatre préfectures citées par le communiqué. La Guinée est composée de quatre régions naturelles. Les circonscriptions administratives sont au nombre de trente-trois. La logique voudrait que les vingt-neuf autres préfectures restantes reçoivent aussi la visite de cette délégation diplomatique.
Au-delà de ce geste humanitaire qui, de surcroît, est louable, l'ambassade de France nous propose d'écrire l'histoire de nos vaillants anciens combattants. Elle a raison. Les Africains doivent connaître leur histoire, l'écrire et l'enseigner. Sinon, elle s'exposera aux risques d'être falsifiée ou totalement méconnue notamment par la nouvelle génération que nous sommes. « La tradition orale est bien, mais l'écrit reste ». Ce dicton est une évidence.
En attendant les réactions du Professeur Djibril Tamsir Niane et de ses célèbres étudiants, de l’État français et de la République de Guinée, l'Union pour la Démocratie et le Progrès de la Guinée (UDPG) vous présente une analyse politique relative à l'engagement et la contribution des anciens combattants africains, lésés par l'histoire et les systèmes politiques.
QUI SONT CES ANCIENS COMBATTANTS QUE L'HISTOIRE TARDE À RECONNAITRE, RESPECTER ET RETABLIR DANS LEURS DROITS ?
Les anciens combattants, communément appelés les tirailleurs sénégalais, constituaient un corps de militaires appartenant à l’armée coloniale instituée au sein de l’Empire colonial français en 1857 et représentaient le principal élément de la force africaine. Ainsi, c’est Faidherbe, gouverneur général de l’Afrique occidentale française qui, en manque d’effectifs venus de la métropole pour faire face aux besoins générés par la colonisation, créa le corps des Tirailleurs sénégalais. Un décret fut alors signé le 21 juillet 1857 à Plombière-les-Bains par Napoléon III.
Au commencement, l’enrôlement des Africains dans la troupe coloniale intégrait des esclaves capturés dans des conflits internes et rachetés à leurs maîtres locaux, des prisonniers de guerre et des volontaires d’une grande diversité d’origines. Les sous-officiers provenaient généralement de la chefferie locale. Les tirailleurs sénégalais n’étaient pas nécessairement d’origine sénégalaise. Cette dénomination s’explique par le fait que le premier régiment des tirailleurs a été créé au Sénégal. Il appartenait aux grands ensembles de troupes coloniales.
En 1910, à la veille de la première guerre mondiale, le colonel Mangin dans son livre « La force noire » décrit sa conception d’une armée coloniale. De son côté, Jean Jaurès publie « L’armée nouvelle ». Dans cette publication, Jaurès exprime le besoin de chercher ailleurs des soldats que les Français ne pouvaient fournir en nombre suffisant en raison de la baisse de la natalité.
Entre 1914 et 1918, 200'000 « Sénégalais » de l’Afrique Occidentale Française (AOF) se battent dans les rangs français. Plus de 135'000 de ces vaillants soldats ont combattu en Europe.
Dans son discours lors de la célébration du 90e anniversaire de la bataille de Verdun, le président Jacques Chirac n’a pas manqué de rendre un fervent hommage à tous ces valeureux soldats morts pour la France, sans oublier les nombreux blessés et les invalides.
Pendant la guerre, les tirailleurs sénégalais ont été particulièrement efficaces partout. C’est le cas notamment à Ypres et Dixmude à la fin de 1914. Également lors de la prise du fort de Douaumont en 1916. A noter aussi la bataille du Chemin des Dames en avril 1917 au cours de laquelle on enregistre la perte de plus de 7'000 hommes sur 16'500 engagés.
L’attitude héroïque des tirailleurs sénégalais lors de la bataille de Reims avait conduit la ville à élever, en signe de reconnaissance, le monument aux héros de l’armée de l’Afrique noire. Celui-ci fut inauguré le 13 juillet 1924 par Edouard Daladier, ministre des Colonies d’alors.
Ce monument fut détruit en septembre 1940 par les Allemands. Il faut se souvenir que ceux que Léopold Sédar Senghor avait surnommé « les dogues noirs de l’Empire » sont toujours restés d’une exceptionnelle fidélité à la France.
Force est de constater que, comme lors de la première guerre mondiale, la France a utilisé ses colonies en réservoirs d’hommes pour son armée au moment de la seconde guerre mondiale.
Il est également nécessaire de rappeler que pendant le premier conflit mondial, les soldats africains ont été accusés d’exactions par les Allemands qui multipliaient des massacres racistes à leur endroit.
Dès le début de la deuxième guerre mondiale, l’armée d’Afrique est engagée dans les Ardennes, et en Norvège, dans l’opération de Narvik. Au lendemain de l’armistice du 25 juin 1940, cette armée compte 111'000 hommes. Les tirailleurs n’abandonnent pas la France. Les territoires africains ralliés à la France libre lui fournissent les soldats qui constituent les bataillons de marche de la première division française libre ainsi que le régiment des tirailleurs sénégalais du Tchad, de la colonne Leclerc. Les tirailleurs sénégalais du BM2 s’illustreront notamment à Bir Hakeim, ils participeront à la campagne de Tunisie, à la libération de la Corse, à la campagne d’Italie et notamment aux batailles de Monte Cassino, du Garigliano et à la marche sur Rome.
Lors de la campagne de France menée à partir du 15 août 1944 sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, on compte 260'000 hommes originaires d’Afrique noire. Débarqués sur les côtes de Provence, les militaires français prennent Toulon et Marseille. Ils remontent la vallée du Rhône, s’emparent de Belfort en novembre 1944. Au nord, la deuxième division blindée du général Leclerc libère Strasbourg.
Les dernières campagnes de l’armée d’Afrique se déroulent en Indochine et en Algérie. En Indochine, le corps expéditionnaire français eut 23'000 soldats tués, dont 4'500 Africains noirs et Nord-africains et 45'000 blessés dont 24'000 Nord-africains et Africains noirs. Le 15 août 1975, à Saint-Raphaël, est inauguré un monument à la gloire de l’armée d’Afrique. Des décorations ont été distribuées, des certificats de reconnaissance attribués, des drapeaux remis solennellement. Cependant, les pensions ont été l’objet de contentieux indignes et mesquins.
La sortie du film « Indigènes » dont le thème évoque l’important rôle joué par les troupes coloniales en Europe entre 1943 et 1945, a remué les consciences et obligé le parlement français de voter le 15 novembre 2006, une revalorisation des pensions des soldats des ex-colonies dans le cadre du budget des anciens combattants. 84'000 anciens combattants pourraient ainsi en bénéficier, à condition qu’ils se manifestent.
L’ambassade de France en Guinée représente ses ressortissants et son État dans notre pays. Elle a manifesté de bonnes intentions à l'endroit de nos anciens combattants. Les familles concernées et notre État sont priés d'effectuer les démarches nécessaires pour l'aider à diligenter ce dossier et améliorer le triste sort de nos vaillants tirailleurs « sénégalais ».
Papa Attigou Bah
Président de l’Union pour la démocratie et le progrès de la Guinée (UDPG)








