Boubacar Doumba Diallo Dimanche, 05 Février 2012 17:12
Introduction
A l’instar des autres livres révélés, le Coran recourt souvent au langage symbolique pour expliquer l’origine de l’aliénation de l’homme et des antagonismes en vue de l’hégémonie, antagonismes qui ont fréquemment secoué et ébranlé les diverses sociétés humaines. L’allégorie relative à la tentation d’Adam par Iblis depuis le Paradis relate ainsi comment l’homme est devenu aliéné à de faux dieux.
Satan en s’adressant à Dieu déclare : « vous m’avez créé à partir du feu et Adam à partir de l’argile, je lui suis [donc] supérieur ». Ainsi Satan effectue à son soi-disant avantage une comparaison entre lui et Adam et cherche donc à établir sur cette base, des rapports inégalitaires. Par la même occasion, il instaure un culte des « essences » supérieures dont le culte de la « race » en est une variante. Ce faisant Satan devient étranger et s’éloigne de Dieu. Il se voit donc maudit et chassé du Paradis. Se posant en rival d’Adam, il cherche à le séduire et à l’égarer en lui suggérant : « tu peux devenir éternel si tu le veux » Obnubilé par cette suggestion de devenir éternel et tout puissant à l’égal de Dieu, Adam s’approche de l’arbre défendu et du même coup s’oppose à Dieu auquel il désobéit. Il renonce ainsi provisoirement au Tawhid en adoptant un principe dualiste conducteur de sa pensée et de son action. Adam se retrouve aussi chassé du Paradis et se voit contraint de vivre sur la terre, où lui-même et sa descendance instaure en leur sein des rapports de forces conduisant à l’oppression, aux conflits et à la guerre. Certes, Adam se repent et Dieu accepte son repentir et l’invite à se libérer de son aliénation par des efforts intellectuel et manuel. Les rapports de forces sont devenus, du fait de cette première aliénation, la base de la vie humaine. C’est alors que les mythes et les dieux se multiplient tant et si bien que l’homme se retrouve enchainé à des faux dieux qu’il a lui-même inventés.
Dans le Coran, le Tawhid constitue une méthode de développement proposée à l’homme pour lui permettre de se désaliéner et de rompre avec l’idolâtrie en se libérant de tous ces faux dieux dont les formes matérielles et immatérielles changent au cours du temps et à travers l’espace.
Ce sont ces faux dieux et ces mythes, illustrés par « le fruit défendu » que l’homme ne doit pas adorer.
Dans cet article, nous allons essayer de traiter spécialement de certains mythes sociopolitiques.
1- Le mythe de la « race » et ses succédanés
Le mythe de la « race » figure parmi les plus anciens mythes. Comme le montre l’allégorie coranique rappelée au début de cet article, il est aussi vieux que l’homme lui-même. Ce mythe a revêtu divers formes dans l’histoire. Et comme il était dès le départ à l’origine de l’antagonisme entre l’homme et Satan, il demeure encore de nos jours la toile de fond de la plupart des guerres, des conflits et des antagonismes.
Le Coran présente Satan comme l’inventeur de ce mythe. En d’autres termes, à travers le langage symbolique, il fait comprendre à l’homme que tous ceux qui veulent dominer les autres, commencent par postuler une différenciation inégalitaire, parfois raciale pour justifier leur domination aux yeux des dominants et des dominés.
Les dominants n’hésitent pas à se considérer de « race divine » dans certaines circonstances.
A côté du mythe de la « race », on rencontre d’autres mythes semblables tels que l’ivoirité. Prétextant être occupants d’un certain territoire antérieurement à d’autres groupes de personnes, les premiers ont tendance à se croire détenteurs de certaines prérogatives et d’un « titre foncier divin ».
D’autres groupes de personnes prétendant que leur territoire abrita la capitale d’un grand empire disparu depuis plusieurs siècles se croient supérieurs et donc, sont seuls aptes à commander.
Les uns et les autres oublient que :
L’une des fonctions des mythes est de faire en sorte que l’homme vive dans le passé.
2- Le culte des traditions des ancêtres
Le culte de la tradition des ancêtres en particulier, impose de vivre de manière conforme à celles des plus lointains ancêtres, c’est à dire qu’il tend à rendre rigides et solidifiés les rapports sociaux. Le Coran comporte de nombreux versets consacrés à la dénonciation de ce culte et de ces mythes.
Ainsi non seulement le Coran insiste sur les effets pervers de cet attachement aux croyances et idées ancestrales, mais il révèle que ce culte est imposé par les privilégiés et les couches sociales dominantes souvent alliés aux hommes de loi et ceux régentant la religion.
Les privilégiés acceptent très rarement le message révélé. Si parfait soit-il, ils le rejettent et justifient leurs privilèges, leurs injustices, la corruption qu’ils imposent aux autres, notamment aux déshérités au nom de la tradition des ancêtres. Par exemple, le déclin de l’Islam commence avec les Ommeyades , par la corruption des princes avides de pouvoir et de richesses qui firent de la religion un instrument de puissance et de domination. C’est le cas encore de nos jours où l’attachement aux valeurs ancestrales se traduit dans les sociétés musulmanes par l’intégrisme islamique qui se veut une lecture littéraliste et fossilisée du Coran et des hadiths notamment. Le droit ou Fiqh vieux de plusieurs siècles et conçu pour le Proche Orient est transposé dans nos sociétés modernes sans aucun changement. Pire l’effort de réflexion ou l’Ijtihad opposé au dogmatisme, à la fermeture et à la suffisance est condamné catégoriquement par l’imam Hanbal qui bâillonna en outre les motazalites .Le motazalisme courant philosophique se forma dès la première moitié du second siècle de l’Hégire. D’après Henri Corbin « Leur doctrine est centrée sur deux principes :à l’égard de Dieu ,principe de transcendance et de l’unité absolue ;à l’égard de l’homme, principe de la liberté individuelle entraînant la responsabilité de nos actes. » C’est ainsi que l’imam Hanbal, soucieux d’une orthodoxie stricte et vétilleuse s’opposa de toutes ses forces au motazalisme et par une inflation de hadiths réussit à stopper la tradition créatrice de l’Islam. Ce repli devait lourdement peser sur toute l’évolution ultérieure de l’Islam en le réduisant à l’archaïsme et à l’enfermement sur soi. Il fut le partisan le plus acharné de la « fermeture de l’Ijtihad » à la différence d’Ibn Taymiya qui se contenta de le canaliser ou de l’oligarchiser. Cette attitude servait avant tout les despotes en arrêtant tout progrès et toute nouveauté de peur qu’elle ne trouble l’ordre établi. C’est le point de départ de la sombre et longue nuit du taqlid, c’est-à-dire de l’imitation.Un sage africain disait que « le taqlid menait droit à l’Enfer ».
L’Ijtihad est au mieux oligarchisé par son successeur Ibn Taymiya. L’imam Hanbal est le précurseur d’Abdel Wahab, le maître et l’idole de tous les conservateurs, le père du wahabisme qui légitime les pouvoirs outranciers de la monarchie saoudienne, fidèle alliée des U.S.A. Il acceptait le hadith disant que « le roi est l’ombre de Dieu sur la terre » et ajoutait après l’Imam Malek : « Soixante jours de domination d’un maître injuste valent mieux qu’une nuit de rébellion contre la loi ».
Quant à la société occidentalisée, l’attachement aux valeurs ancestrales fonde la société de consommation pour qui l’individu doit avoir des désirs les plus forts possibles et trouver les moyens de les satisfaire. Cette perspective qui nie les valeurs absolues pousse à la loi de la jungle. C’est une conception héritée des sophistes de la Grèce Antique depuis la Renaissance prométhéenne européenne.
On note également dans plusieurs sociétés africaines l’introduction à une assez grande échelle notamment au niveau des élites embourgeoisées les us de la société de consommation. Signalons également le retour en force du paganisme dans presque tous les milieux .Il se manifeste de façon très nette dans les zones où sévissent des conflits armés.
Bref, c’est ce que j’appelle l’imitation des modèles du passé et la croyance aux traditions ancestrales.
3- Le culte de la personnalité
Un autre mythe fort répandu à travers le monde est celui lié au « charisme » des chefs qu’on retrouve dans tout culte de la personnalité. C’est aussi une grande source d’aliénation. Afin d’accréditer le caractère divin du chef, un lien de parenté est même parfois institué entre l’homme et Dieu. Dans l’antiquité égyptienne, grecque ou perse, les exemples foisonnent à travers les rois et les grands conquérants. Mais il y a aussi le cas de certains saints qui se réclament parfois d’une parenté avec Dieu.
Les juifs ont dit : « Ozaïr est fils d’Allah » et les chrétiens ont dit « le messie est fils d’Allah ».
Cette relation privilégiée avec Dieu ne se limite pas seulement aux saints. Parfois elle s’étend à des peuples entiers. C’est ainsi que le Coran déplore que les juifs et les chrétiens se disent « enfants de Dieu » et « peuple élu ».
« Or les juifs et chrétiens disent : « Nous sommes les enfants de Dieu et ses amis ».
L’homme a tendance à s’identifier à des personnes et à des chefs qu’il érige au-dessus de lui comme des absolus. Il devient ainsi esclave de ces absolus qu’il a lui-même forgés. L’Islam, le Christianisme, le Marxisme, etc.… n’échappent pas à cette aliénation.
4- Le culte de l’autorité
Le culte de l’autorité, dont le mythe du guide n’est qu’une variante, est un des cultes les plus anciens.
Obéir aveuglément à l’autorité fut longtemps considéré comme un acte sacré. De nos jours en dépit des apparences, les choses n’ont pas tellement changé. Bien au contraire, les autorités se sont multipliées et l’obéissance aveugle est partout de règle.
Paraphrasant le Coran, on peut dire que les partis se multiplient et que chacun d’eux est « ébloui de ce qu’il a ».
Au sein de chaque parti, à tendance monolithique, le mythe de l’autorité se renforce. Dans la ligne du Tawhid, se révolter contre le mythe de l’autorité est une nécessité et constitue un acte d’adoration. L’autorité appartient à Dieu seul et personne ne la partage.
"…En dehors d’Allah, nul souverain et nul auxiliaire".
Les régimes oppresseurs, les groupes ou clans qui détiennent le pouvoir affirment que Dieu le leur a accordé.
Dieu n’accorde pas la souveraineté aux tyrans bien au contraire, Dieu invite les peuples à la leur arracher conformément à la logique du Tawhid.
5- Le mythe des mythes
Mais le mythe des mythes est celui du pouvoir que confère la force. Le Coran prévient et l’Histoire en témoigne, les puissants dans leurs antagonismes, se détruisent les uns les autres. Chaque puissance devenue pouvoir s’éblouit jusqu’à l’aveuglement, s’imaginant éternelle et capable de dominer les autres à tout jamais.
A titre d’exemple, le Coran mentionne les deux superpuissances du VIIème siècle : l’empire Perse et l’empire Romain et prévoit leur anéantissement. Le Coran cite différents autres peuples anéantis. Le peuple ’Ad convaincu de sa puissance proclamait :
« Qui est dans ce monde plus puissant que nous ? »
Dieu est plus puissant qu’eux et victimes de leur illusion, les ’Ad ont disparu.
De même les empires pharaonique, romain et perse ont disparu, remplacés par d’autres qui ont disparu à leur tour. A chacun son tour… A notre époque, l’empire britannique, l’empire français se sont écroulés, et plus récemment l’empire soviétique a implosé. Des signes d’affaiblissement des USA apparaissent au grand jour malgré son statut de superpuissance.
D’autres nations commencent à émerger à leur tour comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.
Le Coran a mis en garde et à maintes reprises rappelé à toute puissance planétaire de méditer sur le sort funeste de ceux qui furent forts, puis anéantis.
D’une manière concise, cette mise en garde aux puissants et aux puissances de la terre s’énonce comme suit :
« Puis après la force, Il assigne la faiblesse »
Plus près de nous, après la disparition du régime du Parti-Etat du PDG et la fin de celui de l’autocrate Lansana Conté, ceci constitue une sévère mise en garde à la nouvelle dictature naissante du clan RPG et de ses alliés ,mais aussi un carton jaune à tous ceux qui veulent accéder au pouvoir en vue de continuer avec le despotisme .
Wa salam !
Diallo Boubacar Doumba