Thierno Fodé Sow Jeudi, 30 Juin 2011 17:04
Le gouvernement s’est entêté : le fichier électoral sera intégralement revu. Le dernier verrou vient de sauter. Avec lui, l’espoir de nombreux partis politiques d’opposition dont l’UFR, l’UFDG, la NGR, etc. Apparemment, avec ou sans ces formations politiques, les législatives auront lieu avec un fichier revu et corrigé. Quitte à opter pour la chaise vide dont on craint les contours. Ceux qui ont su bien mesurer la politique de la chaise vide expérimentée et longtemps adoptée au plus fort du règne de Lansana Conté, n’auront manifestement pas tellement apprécié cette éventuelle position en passe d’être choisie par des ténors de la classe politique.
Une situation qui inquiète et qui risque de ramener la Guinée de longues années encore en arrière. Certes, c’est une bonne alerte à l’endroit des marchands d’illusions, mais elle est loin d’être l’unique solution de sortie de crise. Il faut en effet, craindre que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets en Guinée : que de partis légitiment un législatif qui serait plutôt décrié, car antidémocratique. Vu la violation de certaines dispositions de la Constitution et du code électoral. Qui ne se souvient encore du rôle joué par un certain Mamadou Bhoye Barry de l’Union pour le progrès national (UPN) ? Ce seul candidat s’est en effet fertilisé sur le terreau du boycott de l’opposition guinéenne et qui a tout simplement légitimé la présidentielle de décembre 2003 à l’issue de laquelle – sans aucune surprise – Conté a gagné encore avec 95,6 % des suffrages exprimés.
Et les législatives du 11 juin 1995, remportées encore par le PUP et contestées par l’opposition, avec pour conséquence la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale ? Cette Assemblée avait été retardée on se rappelle après la création, le 4 juillet, d’une Coordination de l’opposition démocratique (Codem) regroupant douze partis de l’opposition qui refusent de siéger. En octobre, les choses finissent toutefois par rentrer dans l’ordre. Comme un effet de contagion, les législatives, prévues à l’origine à la fin de 2000, mais reportées en raison des attaques de rebelles sierra léonais et libériens, se tiennent finalement le 30 juin 2002, mais boycottées par la majorité des partis de l’opposition, à l’exception de l’UPR : la majorité présidentielle rafle 90 sièges, contre 24 pour l’opposition. Cette année-là , c’est l’UPR qui a légitimé ou équilibré le parlement.
De longues décennies après, ces relents hantent l’esprit de certains leaders politiques. Et l’on craint de vivre les mêmes scénarios. Notamment avec les partis opposés à la révision totale du fichier électoral. Il reste à savoir si le boycott de plus en plus avancé par certaines formations politiques n’aura pas de conséquences fâcheuses sur leurs propres électorats respectifs. D’où la nécessité de faire preuve de bon sens et de subtilité.