Mamadou Maladho Diallo Vendredi, 16 Décembre 2011 12:13
La grande compagnie minière anglo-australienne s’est engagée dans un projet d’extraction économique du minerai de fer de la concession du Nimba-Simandou en Guinée. Le Gouvernement Guinéen est le principal partenaire dans le projet et chacune des deux parties a des intérêts à défendre. Un contrat a été signé mais un débat contradictoire est actuellement en cours entre les deux parties concernant le transport du minerai. Le gouvernement guinéen cherche à obtenir la construction de près de 700 km de rail en traversant le pays, de meilleurs traitements financiers et d’autres avantages qu’il n’avait jamais obtenus avant alors que Rio Tinto a le défi d’exploiter ce minerai avec un maximum de profit dans le contexte d’une économie mondiale très bouleversée. Le but de ce papier est d’examiner les questions pertinentes et de conduire une brève analyse des risques pour donner des conseils aux deux parties.
Nous n’avons pas lu le contrat, en conséquence nous serons quelque peu spéculatifs sur certains points de vue. Cependant, nous avons en ligne de mire les questions évidentes et pertinentes.
Les plus évidentes questions du Guinéen lambda sont :
Examinons ces questions dans le même ordre.
1. QUE VEUT CHAQUE PARTIE EN JEU?
1.1 Du côté du gouvernement guinéen
La Guinée a un président nouvellement élu depuis décembre 2011 qui a promis de réduire la pauvreté dans le pays. Le pays est connu être parmi les 15 pays les plus pauvres du monde malgré ses réserves de ressources minières comme le fer, la bauxite, le diamant, l’or, etc., une très diverse et riche terre agricole, un beau paysage attractif pour l’éco-tourisme et une des régions les plus arrosées de l’Afrique de l’Ouest ayant de nombreux sites de barrages dont la construction génèrerait une énergie électrique propre. De ce fait, le gouvernement guinéen compte sur ces ressources minières pour obtenir les revenus nécessaires à la réduction de la pauvreté des Guinéens. En plus, à travers les projets miniers, le besoin de construire les infrastructures nécessaires au pays est très grand. Les moyens et voies de transports, les moyens et voies de communication, l’électricité et l’eau pour aussi bien les besoins domestiques qu’industriels, la création d’emplois pour donner plus de travail aux jeunes sont parmi les importants. C’est la raison pour laquelle le gouvernement guinéen s’attache à la construction d’un chemin de fer transguinéen long de 700 km allant de la zone minière au port de Conakry, de Rio Pongo (Boffa) ou de Benty (Forécariah) sur l’océan atlantique. Un tel projet pourrait générer de l’emploi et assurer la sécurité du minerai à transporter à travers le pays. Le gouvernement a aussi sollicité une plus grande part dans les revenus de la société en demandant plus de 30% de ce profit.
1.2 Du côté de la société minière Rio Tinto
La compagnie est l’une des plus grandes de son genre dans le monde. Elle a besoin de continuer sa croissance. En tant que société d’affaires, elle a évidemment besoin de générer du profit sur ses investissements. En outre, la compagnie ne souhaiterait certainement pas créer un mauvais précédent pour l’industrie minière. Travaillant dans le contexte de mondialisation, la compagnie n’a nullement intérêt à créer une tendance non viable. Le monde des affaires aime les garanties et le gouvernement guinéen doit l’offrir. Le système judiciaire étant peu fiable en Guinée, Rio Tinto aurait quelques soucis de sécurisation de ses investissements. Le pays ne disposant pas encore d’une assemblée législative, alors, la question de la légalité des engagements du gouvernement guinéen se pose. A quel degré ces contrats sont-ils sûrs ? Un sérieux débat a actuellement lieu concernant le transport et l’évacuation du minerai de fer. La compagnie a trois options en face. La première option est la voie du chemin de fer transguinéen allant de la carrière au port soit une distance d’environ 700 km. La seconde option est le recours aux bennes pour transporter le minerai par la route au port en Guinée. La troisième option est celle du recours à un port libérien avec des rails ou par la route.
2. DANS LE CONTEXTE ACTUEL, CES VŒUX SONT-ILS REALISTES?
2.1 Du côté gouvernement guinéen
La principale question posant un vrai défi au gouvernement guinéen est de choisir entre l’aspect économique et l’impact social du projet. Évidemment, à long terme, il n’y a pas de doute, les impacts politique, économique et social commandent le recours au transguinéen. Ceci permettrait d’une part au président de la République de satisfaire une promesse politique de campagne électorale. La construction de nombreuses infrastructures pourra avoir un impact positif à court, moyen et long terme d’autre part. La seule question qui mérite un débat reste le niveau de profit que le gouvernement sollicite de la compagnie. Ce niveau est-il réaliste face à la conjoncture économique mondiale actuelle ? Considérant les difficultés actuelles du monde des affaires sur le plan mondial, le gouvernement a intérêt de percevoir chaque penny légalement possible puisque de plus en plus l’aide internationale se fera rare et difficile à obtenir. Mais, la compagnie aussi sera tentée, à juste raison, de minimiser ses coûts et maximiser son profit. C’est là que réside le conflit d’intérêts. Chacun voulant tirer la couverture de son côté.
2.2 Du côté de Rio Tinto
Les options du Libéria seraient plus attractives en terme de profit aussi bien pour la compagnie minière que le gouvernement libérien et son peuple (?) à court terme si la paix et la sécurité demeurent stables dans la région.
En effet, cette option serait d’une plus courte distance à parcourir et peut-être moins difficile à réaliser. En outre, les infrastructures reviendraient au Libéria avec des taxes portuaires perdues pour la Guinée. Ces pertes de la Guinée seraient un gain pour le Libéria.
3. QUELS SONT LES RISQUES POUR CHAQUE PARTIE ?
Ceci n’est pas une classique analyse de risques qui exige une analyse des forces, faiblesses, opportunités et risques puis leur croisement. C’est plutôt une simple étude du sujet en se basant sur des faits identifiés et évidents de part et d’autre.
3.1 Du côté du gouvernement guinéen
En demandant trop à la compagnie, celle-ci sera tentée de vendre et plier bagages pour d’autres sites aux conditions plus attractives. Le monde étant de plus en plus ouvert et petit grâce aux technologies de l’information et de la communication, la compétitivité sera la clef passe partout. La Guinée ne doit pas seulement attirer des investisseurs, mais elle doit les garder. Étant donné que le niveau du profit est le mot de passe des affaires, le gouvernement guinéen sera forcé de revoir sa copie si nécessaire.
Cependant, vu la forte demande en fer et acier sur le plan mondial, le pays ne perdrait pas trop en sauvant ses réserves des mauvaises affaires où sa perte est trop évidente.
3.2 Du côté de Rio Tinto
En raison de la mal-gouvernance et du système judiciaire peu fiable, le climat des affaires est très mauvais en Guinée. La corruption et l’impunité sont élevées et aucune affaire ne peut être durable dans ces conditions. Actuellement, le pays n’a pas d’Assemblée nationale pour légaliser les contrats signés par le président ce qui les rend discutables voire annulables plus tard. En outre, le pays est fortement divisé suivant les lignes ethniques et le président n’a pas fait suffisamment d’efforts pour arrêter le phénomène. Ceci aura un impact négatif sur la mise en œuvre du projet. Le recrutement du personnel est aussi fait sur une base ethnique actuellement du côté du gouvernement, de ce fait, la compétence est à risque conduisant à des mauvais résultats vu et su que la société minière échappera difficilement à la contagion du mode de recrutement gouvernemental.
Par ailleurs, si les régions traversées par le chemin de fer ne sont pas satisfaites, il y de sérieux risques que leurs communautés sabotent la compagnie à tout moment par des barrages et des manifestations. Un autre facteur de risque est la longueur du trajet. Est-il économiquement soutenable ? A long terme je pense que oui !
Le recours à l’option libérienne pourrait aussi augmenter les risques pour la compagnie qui sera dépendante des deux gouvernements et de leurs relations. Chacun de ces trois éléments peut mettre un frein à la mise en œuvre du projet. Les politiques et les règlements étant différents d’un pays à un autre, la compagnie peut facilement se retrouver à genou. Par ailleurs, la région du Nimba et de Loffa County sont très fragiles en terme de sécurité. Souvent, des bandes de bandits armés émergent et déstabilisent la région. Or, sans la paix, il n’y a pas de travail. En outre, la compagnie doit réaliser que la Guinée et le Libéria ont en commun des communautés (Koniaka, Mano, Guerzé, Thoma, Kissi, Peul, Maninka, etc.) ayant des cultures et traditions communes signifiant que tout problème avec une communauté d’un côté pourrait se répandre sur la même communauté de l’autre côté. Ce qui veut dire en termes simples que Rio Tinto devra réfléchir sérieusement avant de se décider de choisir l’option libérienne surtout.
4. QUEL EST LE MEILLEUR MOYEN D’AVANCER ?
4.1 Du côté du gouvernement guinéen
Le gouvernement guinéen devra améliorer le climat des affaires dans le pays en commençant par la justice qui devra être indépendante du pouvoir et rester fiable c'est-à-dire impartiale. Puis, il devra mettre fin à la corruption et à l’impunité tout en assurant les services sociaux de base comme l’électricité, l’eau potable, les moyens et voies de transport, l’environnement sain et propre, des services sanitaires de qualité, un système éducatif basé sur l’excellence, les moyens de communication et enfin non des moindres, faire respecter la loi et les droits de l’Homme.
La paix, la sécurité, la stabilité du pays sont essentiels pour le monde des affaires. Le gouvernement devra l’offrir à tout prix.
Évidemment, il sera impossible de remplir les conditions mentionnées plus haut sans des élections législatives propres, libres et transparentes. Ceci à son tour nécessite un dialogue franc et ouvert avec l’opposition politique.
Puis, le gouvernement devra négocier avec tact tout en considérant les intérêts de l’autre partie. Ensuite le gouvernement devra être lui-même transparent avant de l’exiger de l’autre partie. Le gouvernement ne peut pas poursuivre avec un personnel non qualifié dans ses ministères surtout celui vital des mines et géologie qui fournit la plus grande part du revenu national.
Le gouvernement guinéen devra dialoguer de manière franche mais aussi ferme avec aussi bien la société minière que son homologue libérien en mettant en avant ses propres intérêts. Il n’y a pas de honte à défendre ses intérêts mais il faut savoir le faire. Parfois, il sera indispensable de laisser couler des bénéfices immédiats au profit d’autres plus importants plus tard.
Tout personnel négociateur du gouvernement devra savoir que: c’est l’intérêt du pays du début à la fin qui est à défendre pas celui personnel.
4.2 Du côté de Rio Tinto
La compagnie devra tenir compte des données de base du problème et le contexte comme décrit plus haut. Faute de quoi, une mauvaise solution sera choisie à court terme, des pertes de profit à moyen terme et la fermeture dans la région à long terme.
La compagnie et ses alliés devront travailler en réseau avec des sociétés d’investisseurs faisant des affaires dans le pays en vue de pousser pour des élections libres, transparentes et crédibles et de mettre la pression nécessaire pour obtenir que la justice rende le respect de la loi et des droits de l’Homme une réalité dans le pays. Un tel réseautage devrait encourager le gouvernement guinéen à créer et poursuivre un dialogue franc et constructif avec l’opposition politique qui pourrait tenir la législature de demain. C’est à ce prix que la stabilité, la sécurité et la paix seront garanties. Les compagnies et société étrangères devront faire des efforts de lobbying auprès de leurs gouvernement respectifs afin de faciliter la réussite de leurs affaires. Tony Blair était là la semaine dernière.
La société minière Rio Tinto devra peser les pours et contres avant de se décider sur le chemin à emprunter. L’économie seule ne devra pas être le paramètre de décision dans le choix entre les options de transport du minerai de fer Nimba – Simandou.
4.3 Des deux côtés
Ceci est l’affaire de tous et de chacun car elle peut conduire à l’échec de tous. Chacun devra considérer l’autre partie comme partenaire en se gardant de « mettre sur la plaie de l’autre, le piment qu’on ne souhaiterait pas avoir sur sa propre plaie ». Chaque partie devra travailler positivement vers la réussite des affaires qui doivent être profitables aux deux parties.
L’impact environnemental devra être le souci des deux parties. Le gouvernement guinéen veut la pérennité du projet ce qui est impossible sans un respect de l’environnement physique. La compagnie devra améliorer son image environnementale à travers le monde.
Les deux parties devront prendre en compte les besoins des communautés locales et celles traversées faute de quoi, elles ne vont simplement pas coopérer dans la mise en œuvre quelle que soit la stratégie adoptée.
Les faussetés ne seront pas profitables à long terme car elles viendront toujours au grand jour au mauvais moment.
5. CONCLUSIONS
Tous les efforts devront être faits pour maximiser le profit des populations guinéennes. Ce faisant, le chemin de fer transguinéen est incontournable. De ce fait, le facteur économique ne doit pas être le seul paramètre à considérer dans la prise de décision.
Les facteurs de risques sont plus grands dans l’option Libérienne du projet et de ce fait, cette option mérite une étude de faisabilité approfondie de la part de Rio Tinto avant de s’y aventurer.
Le gouvernement guinéen devra mettre en place des politiques attractives et un climat favorable aux affaires afin d’amener Rio Tinto à se décider de construire et le plus vite possible le chemin de fer transguinéen qui de facto va générer de l’emploi à partager entre toutes les communautés impliquées dans le projet. Ces communautés sont égales en importance pour la compagnie du début à la fin du chemin, car ce n’est pas la voie des airs qui aura servi à l’approvisionnement de ces sites en biens, en services et matériels de travail pour la mise en œuvre du projet. Ces communautés devront être traitée de manière égale afin que le profit leur parvienne d’une manière négociée et contractuelle.
Les efforts de lobbying par le réseautage avec d’autres compagnies ou sociétés travaillant en Guinée est incontournable dans la recherche de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans le pays de travail. Cela suscite des élections libres transparentes et crédibles en vue d’asseoir une Assemblée nationale représentative de toutes les sensibilités du pays, gage sûr de la paix et de la stabilité.
Labé, 12 décembre 2011
Dr Mamadou Maladho Diallo