Thierno Fodé Sow Jeudi, 27 Octobre 2011 18:49
Ibrahima Kassory Fofana GPT, allié d’Arc-en-ciel et Sidya Touré UFR, allié de "Cellou Dalein président" sont les deux candidats qu’une coordination double a choisis pour représenter la région naturelle de la Basse Côte. Des choix qui ont de part et d’autre provoqué une levée de boucliers au sein même de cette partie de la Guinée. Destins croisés des 2 candidats ‘’uniques’’ au centre d’une vive polémique qui perdure.
Ils ont un parcours différents, même s’ils sont tous les deux anciens hauts commis de l’Etat sous le long règne de Lansana Conté. Sidya Touré lui, a passé une bonne partie de sa vie administrative à Abidjan. Ce technocrate de 66 ans est marié et père de 4 enfants. Licencié en droit des affaires et diplômé de l’école nationale du Trésor de Paris, il débute sa carrière professionnelle en Côte d’Ivoire, en qualité de d’Inspecteur du Trésor en 1972, avant d’être nommé Sous-directeur du Trésor. Premier ministre de la République de Guinée de 1996 à 1999, son passage fut très remarqué, soutiennent ses proches militants expliquant que, durant son mandat, il redonna l’eau et l’électricité au pays, assainit le fichier de la Fonction publique et renoua avec l’Union européenne.
En un an, poursuivent-ils, Sidya Touré eut accès à 258 millions de dollars de financement. De plus, il obtint en 1996 un programme formel avec le FMI pour que la Guinée accède au statut de PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) et puisse ainsi bénéficier d’une aide financière. Il sera vite limogé après les présidentielles de 1998. Le 20 mai 2000, il est élu président de l’UFR. Sidya Touré est candidat aux élections présidentielles de la République de Guinée alors prévues le 27 juin 2010. Il est perçu pour beaucoup d’adversaires comme un homme prétentieux. Cela, même si, à un moment donné, il renvoyait en lui les espoirs et les rêves les plus fous. La 3e place avec 15,6% des suffrages lui était revenue au premier tour de la dernière présidentielle. Très vite, il s’emballe et fait descendre des femmes dans les rues, accusant le président de la transition Sékouba Konaté d’avoir un parti-pris. Dans une interview accordée la même semaine à des medias étrangers, Sidya Touré affirmait sans ambages : « C’est sur instruction du président de la transition Sékouba Konaté que la CENI (ndlr : organe chargé d’organiser les élections) a réintégré les voix du RPG d’Alpha Condé qui n’auraient pas dû être prises en compte ». Sans aucune preuve tangible, Sidya Touré n’avait point semblé mesurer la gravité de ces déclarations à l’emporte pièces et les conséquences qu’elles pouvaient engendrer sur le processus en cours. Pourtant, auparavant, le même Sidya Touré martelait ceci : « Je suis pacifique. Mon parti n’est pas violent et en 10 ans nous n’avons pas connu de problème. » Où était donc passé ce pacifisme ?
Au second tour de la présidentielle, Sidya Touré s’allie à Dalein Diallo. Ce geste qui a vite soulagé les pro-Dalein a en revanche provoqué une dislocation de l’UFR. Laquelle dislocation n’aura pas du tout favorisé, nous dit-on, le report des voix en faveur du leader de l’UFDG, presqu’assuré de faire carton plein. Depuis, apparemment, c’est la débâcle. Du moins c’est ce que laisse croire le parti au pouvoir autour duquel gravitent entre autres Rougui Barry, Ousmane Kaba, Capi Camara, Briqui Momo, Makalé Traoré, etc., lors de la dernière manifestation de rue, initiée par le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition dont est membre l’UFR, on a aussi accusé Sidya de n’avoir pas bien mouillé le maillot. D’intrigue en intrigue, quoi !
De l’autre côté, à Forécariah et ailleurs, Ibrahima Kassory Fofana améliore son capital sympathie. Cet ancien ministre des Finances de Conté a fait partie de la galaxie présidentielle avec une grande influence sur les décisions du pouvoir central. Il était donc de notoriété publique. Il a été limogé en 2000, bien que jouissant de l’admiration et d’un profond respect de la part du président paysan. Ibrahima Kassory Fofana faisait partie du cercle restreint de la présidence, partageant à souhait les intimités du vieux général. Des sources dignes de foi révèlent que Kassory étaient l’un des rares hommes qu’accompagnait Conté à l’aéroport, à chaque fois qu’il est question de voyage à l’étranger. Cette amitié a résisté au temps. Car, raconte-t-on, c’est grâce à Kassory ‒ fortement pressenti comme remplaçant de Kouyaté après les inimitiés de celui-ci avec Conté – que Lansana Conté aurait mis fin à la dernière menace d’expulsion dont était victime Chantal Colle dont les rapports étaient au plus mal avec l’ancien PM Kouyaté. Et comme chacun a son tour chez le coiffeur, nous dit-on, Lansana Kouyaté, après son limogeage, a été interdit de sortir du territoire national. En bon médiateur sous ses beaux jours, Ibrahima Kassory Fofana aurait défendu devant le camp présidentiel qu’il « serait contreproductif de restreindre la liberté de circulation d’un ancien PM. » Cette plaidoirie était tombée dans de bonnes oreilles. Et à chaque fois que l’homme était annoncé à la Présidence, poursuivent nos sources, Lansana Conté l’accueillait toujours auprès de lui dans le même canapé. Ce sont manifestement des signes de complicité et de rapprochement qui ne trompent point.
C’est pourquoi, les ministres en exercice qui l’apercevaient dans les couloirs de la Présidence étaient souvent saisis par une grosse frayeur et une kyrielle d’interrogations. Kassory ne saurait pourtant être clean aux yeux de ses détracteurs qui lui ont « toujours prêté une prospérité bâtie sur son passage à la tête de l’Etat. Mais l’homme a toujours mis au défi quiconque de prouver ces allégations, et d’avoir détourné un centime des caisses de l’Etat guinéen. » Ce qui est certain, Kassory a régné au moment où la Guinée n’était pas aussi malade de sa situation économique. Une raison de plus pour ses détracteurs de parler de subtilisation de fonds. Mais certainement dans la plus grande intelligence financière. De toutes les façons, il n’y a pas ce ministre de Lansana Conté qui s’est interdit de dilapider les fonds de la nation. Puisque tout était mis en place pour faciliter le vol et le détournement.
A l’approche de la dernière présidentielle, IKF crée son parti Guinée pour tous. Il battra campagne comme nombreux autres candidats. Mais il ne récoltera que moins de 1%. Il sera alors vite un des nombreux alliés de l’Arc-en-ciel d’Alpha Condé. IKF s’attendait certainement à être récompensé comme Ousmane Kaba, Bah Ousmane, Jean-Marc Telliano, Rougui Barry, Louncény Fall, etc. Mais, apparemment, c’est la désillusion. D’ailleurs Alpha Condé, au lendemain de son élection, a vite tranché au siège du RPG à Hamdallaye. C’est ainsi qu’à IKF et aux autres alliés, M. Condé avait lancé : « Je suis reconnaissant à l’endroit de vous tous qui avez participé à cette œuvre commune. Mais, je dois dire à chacun que nous ne nous sommes pas battus pour dire que c’est notre tour d’être à la table du festin. Il ne s’agit pas de dire que nous allons prendre la place des autres et que nous allons partager le gâteau entre nous. (…) Donc, tous ceux qui pensent qu’on s’est battu pour qu’ils aient des places, n’ont pas compris le sens de mon combat. »
Aux dernières nouvelles, on raconte qu’IKF n’est plus en odeur de sainteté avec le pouvoir de Conakry. Info ou intox ? Difficile de démêler l’écheveau. Ce qui est évident, il est perçu par l’autre coordination de la Basse Côte comme celui-là soutenu par un « petit groupe d’agitateurs et d’opportunistes qui n’attendent que des décrets ». Et la même coordination de rappeler que « La Basse Guinée a clairement choisi M. Sidya Touré, qui a obtenu plus de 15% malgré des fraudes avérées, (…). C’est celui-là, que le critère fallacieux d’appartenir au RPG veut exclure au profit d'un candidat qui n’a recueilli que 0.72% (NDLR, Kassory Fofana du parti Guinée pour tous). » Qui de Sidya Touré ou de Kassory Fofana aura-t-il le dernier mot, étant entendu que les Guinéens y compris les Basse-Côtiers ont plutôt besoin aujourd’hui d’une nouvelle génération de leaders? Plus personne ne le sait. Plus malin saura qui fera carton plein dans cette partie de la Guinée. En attendant, de choisir un seul et unique candidat, s’il le faut absolument, la Basse Côte se déchire sous le poids, pourrait-on dire, d’une certaine instrumentalisation à outrance. Et, apparemment, pour rien.
Thierno F. Sow
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