Abdoul Baldé Dimanche, 05 Janvier 2014 18:31
L’immense majorité des Guinéens sait désormais que le clan des Condé, installé à Sékhoutouréyah et qui a pris en otage notre pays en violant ses lois, n’a qu’une et une seule ambition : se partager le pays et ses richesses.
Ce clan ne tient sa « légitimité » que de ses amis de la « nouvelle Françafrique » qui détiennent les réalités de son pouvoir.
Alpha Condé se cramponne à un pouvoir, qu'il veut à vie, au mépris de toutes les règles démocratiques.
La Françafrique, nouvelle version, est constituée par une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, organisée en réseaux ou lobbies et polarisée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide au développement.
Le terme évoque aussi une confusion et une familiarité domestique louchant vers la privauté.
La logique de cette ponction est la proscription de toute initiative hors du cercle des initiés. Ce système autodégradant se recycle dans la criminalisation. Il est naturellement hostile à la démocratie.
Le président Jacques Chirac, interrogé un jour hors micro sur l’évolution démocratique du continent africain, disait : « Il faut bien que les dictateurs africains gagnent les élections, sinon ils n’en feront plus ».
Avec Alpha Condé, nous sommes dans ce cas de figure.
Il n'y a pas de surprise en cela, car les réseaux françafricains n’aiment ni le jeu des élections libres, ni l’indépendance de la justice.
Leur principale stratégie est de court-circuiter les compétitions électorales afin d’écarter brutalement les concurrents sérieux. Il est inutile de détailler ces forfaitures, souvent commises grâce aux conseils de certains constitutionnalistes français.
Plus d’une vingtaine de réseaux politiques, d’officines mafieuses, de filières occultes se partagent aujourd’hui le gâteau africain.
Leur seule préoccupation est l’exploitation effrénée des pays africains. Les profits sont énormes.
Pour parvenir à leur fin, ils utilisent tous les moyens: corruption, meurtres, manipulation et guerre. Dans ces conditions tous les coups tordus sont permis et l’impunité est assurée.
La Guinée n'y a pas échappé car le pays est un Eldorado minier qui attire toutes les convoitises.
Deux réseaux françafricains opèrent actuellement en Guinée : le réseau de M. Bolloré et celui de M. Bernard Kouchner, associé à des groupes anglo-américains.
Premier producteur mondial du papier pour livres et cigarettes, Bolloré est aujourd’hui le second conglomérat françafricain, après Elf-Total, hors concours.
L'histoire de M. Bolloré commence en 1991 par la mainmise sur l’armateur Delmas-Vieljeux. Son groupe impose son hégémonie dans le transport maritime en Afrique, élargit son domaine aux ports, aux chemins de fer, aux axes routiers terrestres.
Ensuite, il reprend le groupe Rivaud qui abritait simultanément la banque du RPR et cent mille hectares de plantations coloniales. Il fait un tabac dans la cigarette et étend ses concessions forestières avant de rentrer en force dans le négoce de cacao et celui du coton. Depuis lors, il ne cesse d’accroître ses positions de rente ou de monopole partout en Afrique francophone.
Et comme l’appétit vient en mangeant, il adopte un profil très aventureux. Il rachète alors le groupe de transport SAGA de Pierre Aïm. Ce qui lui ouvre une véritable caverne d'Ali Baba où il aura pour voisins immédiats des dictateurs africains, les moins fréquentables, tels que Sassou N’Guesso, Paul Biya et Idriss Déby, goulus de transactions illégales.
Dans ce milieu profitable, mais dangereux, il renforce ses liens avec le monde des services secrets. Il fait souvent recours aux services de l’ex patron de la direction des renseignements militaires français (DRM) de l’époque.
Mais il s’associe surtout à un certain haut cadre retraité des services de gendarmerie, un autre homme au carnet de relation françafricaine exceptionnellement fourni.
Évidemment si l’on se donne la peine d’aller « investir » en Afrique, c’est qu’on y escompte plus d’impunité et de profits qu’en France.
Cet allié des Sassou, Déby, Biya, et consorts n’hésite jamais à manier l’encensoir : « J’ai pour eux (les potentats africains), en tout cas ceux que j’ai eu l’honneur de rencontrer, une grande admiration et une grande affection. Le travail qu’ils font est extraordinaire. Ils sont en train de faire accomplir en trente ans ce que l’Europe ou un pays comme la France a mis deux cents ans à faire. »
M. Bolloré n’en fait-il pas un peu trop ?
Passant d’une exploitation relativement discrète à une captation boulimique, greffée de guerres civiles, ne risque-t-il pas de subir une réaction de rejet généralisée ?
Ses affaires sont tellement florissantes en Afrique qu’il est surnommé aujourd’hui « LE DERNIER EMPEREUR D’AFRIQUE ». Certes flatteur pour lui, mais catastrophique pour nous Africains. Car, en effet, dans ce système mafieux, le peuple n'est pas autorisé à demander des comptes à ses dirigeants.
Voilà en quelques mots l’homme auquel le Sieur Alpha Condé a certainement déjà vendu notre port. C’est ce qu’on appelle dans le jargon économique un retour à l’investissement.
Depuis son investiture, Alpha Condé continue de terroriser toutes les grandes sociétés en place afin de leur soutirer des millions de dollars pour son enrichissement personnel d’une part et, d’autre part, les rétrocéder à ses bienfaiteurs connus de tous.
Il faut bien commencer à payer ses dettes.
C’est un secret de polichinelle de dire que Mr Bolloré avait des visées sur le port de Conakry.
Le 8 mars 2011 les bureaux de Necotrans sur le port de Conakry sont réquisitionnés par la force publique et cadenassés sur ordre d’Alpha Condé qui résilie le contrat de ladite société et le transfère par décret au groupe de son ami M. Bolloré.
Pour faire valoir ses droits Necotrans demande un arbitrage international toujours en cours, et saisit le tribunal de commerce de Nanterre pour obtenir des dommages et intérêts de M. Bolloré.
Le tribunal ne lui accorde que 2 millions au titre des investissements réalisés qui ont surtout bénéficié à M. Bolloré.
Belle bataille judiciaire en perspective.
Mais M. Bolloré est un ogre insatiable. Il désire maintenant qu’Alpha Condé lui vende le port autonome de Conakry. Tout laisse croire qu'il obtiendra de son obligé ce qu’il désire.
Les Guinéens se demandent aujourd'hui pour quelles raisons Alpha Condé est si prompt à accéder au moindre désir de M. Bolloré en Guinée.
Par exemple l’attribution manu militari de notre port aux dépens de Necotrans, pourtant opérateur portuaire à Conakry avant que Bolloré ne s’intéresse à notre pays, est très préoccupante.
Nos compatriotes devraient se poser un certain nombre de questions relatives aux liens entre M. Bolloré et Alpha Condé dans notre pays.
Que cache cette bienveillance si particulière d’Alpha Condé pour M. Bolloré ?
J’invite tous les patriotes guinéens à se poser cette question et à y réfléchir sérieusement.
On peut comprendre qu’un entrepreneur cherche à avoir des contacts avec les décideurs d’un pays auquel il s’intéresse.
Mais les rapports entre Alpha Condé et M. Bolloré sont d’une toute autre nature, loin du nécessaire contact qu’un chef d’entreprise peut avoir avec les autorités pour les besoins de son entreprise. Car en Guinée, M. Bolloré est à lui seul un pouvoir politique plus écouté que notre fameuse nouvelle « Assemblée nationale ».
Est-ce normal ?
Alpha Condé semble avoir vendu notre port à M. Bolloré, même s’il ne le reconnaît pas publiquement.
Quel est exactement l’engagement qu’Alpha Condé a pris avec M. Bolloré sur les ressources de notre pays au point que toutes les prétentions de M. Bolloré sur ces ressources deviennent aussitôt des ordres exécutables et exécutés ?
Les Guinéens sont intrigués par l’obstination de M. Bolloré à vouloir contrôler tous les accès portuaires maritimes de la sous-région.
Alpha Condé semble être un pion essentiel de ce dispositif qui ne présente aucun intérêt pour l’immense majorité des Guinéens.
Bien au contraire, si notre port devient la propriété de M. Bolloré, ce serait un vrai abandon de souveraineté de notre pays entre les mains d’un privé.
Or M. Bolloré est loin d’être un philanthrope et rien n’indique qu’il est disposé à avoir une bienveillance particulière à l’endroit de l’Afrique Noire.
La preuve ?
Aucun Noir africain ne siège dans son comité exécutif alors que l’essentiel des profits qu’il réalise viennent de l’Afrique noire.
J’attire l’attention des Guinéens sur le point suivant : dans la logique de M. Bolloré, lorsqu’il deviendra propriétaire publiquement proclamé du port de notre pays, il ne gardera que 200 personnes de l’effectif actuel.
Soit 25% de l’effectif et les 75% seront licenciés. Eux et leurs familles seront réduits à la mendicité.
Alpha Condé tirera vraisemblablement des profits financiers importants de cette opération.
Mais est-ce de cette façon qu’un Président exprime son attachement à ses compatriotes ?
Dans tous les cas ce serait une bien singulière façon de gérer le pays en rendant ses enfants misérables. Je souhaite que tous les Guinéens réfléchissent sur ce point.
Son ami François Soudan lui avait posé cette question (JA N°2628 du 22 au 28 mai 2011) : « La polémique soulevée par la concession au groupe de M. Bolloré du terminal à conteneurs du port autonome de Conakry se poursuit. On vous reproche maintenant d’avoir accordé à M. Bolloré l’exclusivité sur l’ensemble des opérations portuaires, ce qui en fait de facto un monopole privé. Qu’avez-vous à répondre ? »
Voici la réponse qu'avait donnée Alpha Condé : « Que tout cela est faux. Le directeur général du port a cru bon de signer avec le groupe Bolloré une convention d’assistance concernant la gestion du port autonome conventionnel et ce sans en informer le ministre des Transports. Quand nous nous en sommes aperçus, nous avons immédiatement annulé cette convention. M. Bolloré ne gère que l’activité conteneurs, le chemin de fer et un port sec, c’est tout. Pour le reste il n’est pas demandeur ».
C’est connu, Alpha Condé est un bonimenteur.
Qu’a-t-il dit d'officiellement de vrai et d'incontestablement vrai, depuis 3 ans ?
A-t-il même dit vrai quand il déclarait qu’il était temps de dire la vérité ?
Alpha Condé ment comme il respire. Il ment comme un arracheur de dents. C’est Pinocchio, plus il ment, plus son nez grossit.
Quelqu’un qui n’a pas hésité à mentir sur ses origines, hésitera-t-il à mentir pour s’accaparer des biens du pays à son seul profit ?
J’en doute fort.
La Guinée est devenue pour Alpha et son clan une vache laitière qu’ils traient sans même penser à la nourrir.
Alpha Condé, ses amis, ses copains, ses coquins, ses parrains et ses larbins ont fait du pouvoir qu’ils représentent la risée de l’Afrique.
Ils ternissent ainsi l’image de ce pays qu’ils ne cherchent qu’à asservir.
Les Guinéens n’ont d’autre choix que de se donner la main pour chasser cette caste de petits affairistes qui travaillent dans l’unique souci de casser notre pays.
Nous avons le devoir patriotique de nous approprier la terre de nos ancêtres.
Sur ce, je vous souhaite une très bonne année 2014.
Dr. Abdoul Baldé