Heinan Goba Jeudi, 26 Septembre 2013 20:43
Comme si s’en était fini pour les Guinéens, au mutisme du chef de l’Etat s’est ajoutée mercredi, l’attitude du gouvernement qui laisse entrevoir qu’il ne mesure pas la gravité de la situation. Plutôt que de chercher à mettre au pas la CENI pour qu’elle organise une élection juste, équitable et acceptée de tous, le gouvernement saute sur un article de presse qui fait état de l’imminence d’un coup d’Etat. Le ministre de la Sécurité qui n’a pas joué son rôle au début de la semaine, en fait son chou gras. Il parle d’étranger en connivence avec des politiciens guinéens perdus pour semer du désordre en Guinée. N’hésitant pas à minimiser les services secrets guinéens par rapport à leurs homologues occidentaux. Pendant que son homologue de la Formation technique et professionnelle, Porte-parole du gouvernement appelle les mêmes politiciens à faire bloc derrière le gouvernement pour déjouer un complot qui vise le pays.
Pourquoi ne pas créer les conditions d’une élection transparente ? Au lieu de croire en ceux qui disent que « la période des élections sera propice à des manifestations qui vont servir de couverture à des opérations ciblées, menées par les mercenaires », comment ne pas chercher à éviter ce qui peut conduire à ces manifestations ? Si aucune place n’est laissée au doute, en ce qui concerne les élections, ceux qui veulent prendre prétexte d’une mascarade pour semer du trouble, verront-ils des gens pour les accompagner ? Le gouvernement a intérêt à jouer son rôle de garant de la sécurité des personnes et de leurs biens. La CENI quant à elle, est prévenue. Pour, l’ancien premier ministre Jean Marie Doré, elle sera responsable en cas de trouble consécutif à une élection truquée.
Il est vrai que les affrontements de lundi et mardi derniers ont dépassé tout entendement. Des maisons et véhicules incendiés. Alors qu’il n’y avait aucun appel à manifester. Et malgré les appels au calme, de part et d’autre. Laissant croire au début de la tentative de déstabilisation du régime décrite par Le Canard Enchainé, un journal français. La Guinée est en danger, s’accordent les services secrets français et américains cités par le journal mais qu’est-ce qui prouve que le pouvoir en place n’a pas demandé à nos confrères de donner du crédit à cette thèse qu’il a toujours soutenue lorsqu’il est mis en difficulté par l’opposition ? Après avoir abandonné les pauvres citoyens à la merci des voyous, le gouvernement ne cherche-t-il pas à détourner de lui l’attention des observateurs ? Ne s’agit-il pas de la part du pouvoir, d’une manœuvre visant à diaboliser toute manifestation de mécontentement au lendemain du scrutin du 28 septembre, étant donné qu’il y aura bien des raisons de s’insurger ?
En attendant de voir clair, le moins qu’on puisse dire est qu’une contradiction dans le texte américain, l’une des sources de nos confrères enlève un peu de crédit à ces informations.
Il est écrit : « Le texte américain, intitulé "Note sur les questions de sécurité en Guinée" et daté du 13 septembre, évoque le " financement de partis d'opposition" et le "recrutement de milices peules", ethnie supposée hostile au président, Alpha Condé. Le contexte des prochaines élections législatives (28 septembre), ajoute-t-il, sera propice à "de violentes manifestations de masse à Conakry et dans d'autres villes". Ces mouvements pourraient "servir de couverture à des opérations ciblées, menées par les mercenaires". »
Même le 28 septembre est entre parenthèses, il y a contradiction. Le texte est daté du 13 septembre et parle d’élections législatives du 28 septembre. Pourtant, à la date du 13 septembre, les législatives était prévues pour le 24 septembre. C’est à la date du 21 septembre qu’un accord a été signé pour le report des élections à la date du 28 septembre.
Ce qui est paradoxal, par ailleurs, c’est le fait que Benny Steinmetz, l’homme supposé être le cerveau de cette tentative de déstabilisation de la Guinée n’est pas inquiété. Pourtant la France dont il est citoyen a un arsenal juridique qui réprime ce genre d’infraction. On parle souvent « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Pour quelle raison la justice française n’a-t-elle pas pensé à mettre en examen Benny Steinmetz depuis que ces informations ont été déclassifiées et que les journalistes ont pu le consulter ?
L’avenir nous édifiera.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu