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Analyse de la variation du nombre de bureaux de vote : l’opposition a-t-elle raison de s’inquiéter ?

L'oeil de GuineeActu  Lundi, 16 Septembre 2013 13:58

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CENI_01L’opposition guinéenne en général et son leader, Cellou Dalein Diallo en particulier, ont-ils raison de s’inquiéter au sujet de la variation du nombre de bureaux de vote entre 2010 et 2013 ? Rumeurs mises à part, l’analyse des données de la CENI même, telles que publiées dans le rapport de l’Union Européenne sur la présidentielle de 2010 et des statistiques de Sabari-Waymark parues le 6 septembre 2013, montre de fortes raisons de se soucier de la transparence des activités de la CENI.

L’analyse en question se base sur les variations dans les régions administratives, en considérant Kankan et Faranah comme favorables au pouvoir et Labé et Mamou comme favorables au principal parti d’opposition. S’il est vrai que le brassage actuel de la Guinée ne permet pas de déterminer, avec précision, les affiliations politiques d’une préfecture, encore moins d’une région, les données peuvent indiquer des tendances clairement en faveur de l’une ou de l’autre des deux parties.

Entre le premier et le second tours de la présidentielle de 2010 déjà, il y a eu des variations phénoménales dans la création des bureaux de vote (voir la page 44 du rapport de l’UE). Par exemple, la région de Kankan avait bénéficié d’une explosion de bureaux de vote. La préfecture de Mandiana avait acquis une augmentation de 101 %, Kérouané 99 %, Siguiri 50 %, Kouroussa 45 % et Kankan 35 %. La région de Faranah aussi avait eu entre 25 % (Dabola) et 48 % (Faranah). Par contre, dans la région de Labé il y avait même eu des diminutions. À elle seule la préfecture de Lélouma avait perdu 64 bureaux de vote du premier tour, ce qui représentait une baisse de 25 %. La plus grande hausse dans la région de Labé était de 11 % pour Mali ; Tougué n’avait eu que 10 % de plus et Labé 7 %. Dans la région de Mamou aussi, les augmentations étaient des miettes de 8 %, 5 % et 1 % pour Mamou, Pita et Dalaba respectivement.

Mais cependant, comme on le verra dans le tableau ci-dessous, en fin de compte ces variations étaient plus ou moins acceptables si l’on considère le rapport entre les bureaux de vote et le nombre d’électeurs. C’est pour cette raison que notre analyse se sert des nombres de bureaux de vote au second tour de la présidentielle de 2010 comme repère.

Quelles variations voit-on donc entre ce second tour de la présidentielle de 2010 et les législatives de 2013 ?
 

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Dans le tableau, on remarque d’une part que le nombre d’électeurs a augmenté avec les mêmes tendances. La région de Kankan a bénéficié de la plus forte hausse (31 %), devançant même Conakry et N’Zérékoré, et Faranah a eu 25 % de plus. Quant à Labé, avec sa hausse de 15 %, elle n’a même pas la moitié de Kankan. De son côté, Mamou n’a que 9 % de plus, même pas le tiers de Kankan. En plus de cette explosion du nombre d’électeurs, Kankan et Faranah ont reçu de fortes augmentations en bureaux de vote : 24 % et 19 % respectivement. Au même moment Labé et Mamou sont « dans le rouge » : toutes les deux ont perdu des bureaux de vote par rapport au second tour de la présidentielle, et elles sont les seules à en perdre. Mamou a perdu un bureau de vote et Labé en a perdu 43.

En fin de compte, le rapport électeurs-bureaux de vote montre que Kankan et Faranah sont nettement favorisées. Elles sont les seules à avoir moins de 400 électeurs par bureau de vote. La moyenne pour ces deux régions est de 50 électeurs au-dessous de la moyenne nationale (425 électeurs par bureau de vote).

Dans la réalité, les preuves de ces anomalies se manifestent régulièrement. Par exemple, la forte augmentation du nombre d’électeurs dans certaines localités se justifie par des cas fictifs ou des cas où des électeurs sont enregistrés plusieurs fois. Après leur dernière réunion le dimanche 15 septembre, le leader de l’opposition a fait la révélation suivante à un de nos confrères :

« La distribution des cartes d'électeurs a été une bonne chose, dans la mesure où elle a permis de confirmer les énormes problèmes enregistrés pendant ces opérations. Nous avons vu des électeurs avec 4 à 5 cartes d'électeurs : le même nom, la même photo avec des bureaux différents. Ce ne sont pas des cas isolés ; nous avons dénombré beaucoup de cas. »

N’y a-t-il pas en tout ceci des raisons de s’inquiéter et de demander des corrections ? En fait, cette analyse n’a porté que sur les bureaux de vote à l’intérieur du pays ; par manque de données, rien n’est dit des Guinéens de l’étranger. On connait le nombre d’électeurs et le nombre de bureaux de vote pour la présidentielle de 2010 mais pour ces législatives de 2013 la CENI ne parle pas d’eux dans ses statistiques.

Puisque l’opposition semble favorisée par le vote des Guinéens de l’étranger, au départ le pouvoir voulait simplement les écarter. Il a fallu des dizaines de décès de nos compatriotes et des centaines de blessés dans des manifestations publiques pour qu’ils soient inclus dans le scrutin. On les a bien inclus, en fin de compte, mais en réalité la même tendance à l’intérieur du pays se manifeste à l’extérieur. Un autre confrère a récemment révélé que 2 500 électeurs vivant au Sénégal étaient absents de la liste électorale. Quelle en est la raison ?

De toutes les façons on sait qu’au second tour de la présidentielle de 2010 il y avait 163 bureaux de vote à l’étranger pour 127 767 inscrits et les plus grands nombres d’électeurs se trouvaient en Côte d’Ivoire (23 381), au Sénégal (22 574), en Gambie (12 160) et en Sierra Léone (10 611). Pour expliquer la baisse au Sénégal, on prétend que certains sont rentrés au pays. Cela ne suffit pas ! Il faut, avant toute discussion, que Sabari Waywark publie les statistiques des bureaux de votes des Guinéens de l’étranger aussi.

Bref, dans les conditions actuelles, il apparaît que ces élections n’ont pas de sens.


L’œil de GuineeActu


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