Mamadi Doukouré Lundi, 26 Août 2013 22:12
A cette question, les adversaires politiques du président de la République répondent catégoriquement non ! Certains adversaires de la scène politique nationale abondent également dans le même sens. Pourtant, la seule obsession du locataire du palais Sékhoutouréyah, c’est bien de s’offrir cette majorité. Sans laquelle lui et ses proches se savent plutôt en mauvaise posture pour les deux dernières années qui restent de son mandat. Pire, ils sont convaincus qu’avec un parlement acquis aux virulents et hargneux opposants qu’il a aujourd’hui en face, ce sont les derniers espoirs qu’il entretenait par rapport à sa réélection en 2015 qui s’en trouveraient littéralement ruinés. Mais au-delà de ces querelles politico-politiciennes, peut-il l’obtenir ? GuineeActu essaie d’en savoir un peu plus.
A la veille d’un scrutin comme celui du 24 septembre prochain et dans un pays qui n’a aucune tradition de sondage d’opinion, répondre à une telle question n’est pas une tâche des plus aisées. Cependant, au regard de la configuration du champ politique guinéen qui est fondamentalement ethno structuré, on peut s’y essayer. Avec tous les risques que cela peut comporter. Par rapport à l’échéance du 24 septembre, il y a d’abord une vérité que l’on n’a pas besoin d’aller chercher très loin : l’essentiel se jouera entre l’Union des forces démocratiques de Guinée de Cellou Dalein Diallo et le RPG-Arc-en-ciel du président Alpha Condé. On notera au passage que Nantenin Chérif n’a qu’un rôle formel. Il découle de cette première vérité que le leader de l’UFDG remportera la quasi-totalité des votes dans la zone de la Moyenne Guinée. Ses candidats pourraient notamment l’emporter haut la main dans les circonscriptions de Tougué, Koubia, Lélouma, Mali, Labé, Pita, Dalaba et Mamou. De même, en Haute Guinée, le parti présidentiel s’adjugera des suffrages à l’uninominal. On le crédite des faveurs des pronostics dans les préfectures-circonscriptions de Kankan, Kouroussa, Siguiri, Dabola, Faranah, Kissidougou et Kérouané, Mandiana. En gros, chacun des deux partis pourrait s’en tirer avec le même nombre de députés dans leurs fiefs respectifs.
Du coup, le défi sera pour chacun de réaliser des percées dans les deux autres régions. Il est à préciser à ce niveau que l’UFDG n’a pas de candidat à l’uninominal dans la région forestière. Mais le parti présidentiel a une telle adversité dans la zone qu’on ne peut lui prédire qu’au maximum entre un et deux élus : Lola et N’Zérékoré. Pour ce qui est de la Basse Guinée, les observateurs ne lui donnent des chances réelles qu’à Coyah et Boffa. De son côté, l’UFDG peut espérer avoir Gaoual, Koundara, Kindia, Boké, Fria et Télimelé. En Haute Guinée, il peut bien l’emporter à Dinguiraye. A l’arrivée, sur la base du scrutin à l’uninominal, l’UFDG pourrait alors récolter 14 députés contre 12 au RPG-Arc-en-ciel.
Qu’en est-il alors du scrutin à la proportionnelle ? Là également, on pense que les deux partis pourraient se retrouver sensiblement en tête avec des scores très proches, l’un de l’autre et se situant autour de 30 %. Avec le malaise généralisé dans lequel les Guinéens vivent aujourd’hui et le rejet du pouvoir qui en résulte, les analystes donnent néanmoins un léger avantage à l’UFDG. Les autres partis que constituent essentiellement l’UFR, le PEDN, la NGR, le GPT, le RDIG et l’UPG se partageant les menus 40 % restants. Or, avec 30 %, on n’a que 22.8 députés. Arithmétiquement, l’UFDG pourrait récolter de ce scrutin 37 députés. Tandis que le RPG-Arc-en-ciel pourrait s’en tirer avec 34 députés. C’est du moins ce qui pourrait sortir des circonscriptions à l’intérieur du pays. Pour ce qui est de la zone spéciale de Conakry, l’UFDG pourrait l’emporter à Ratoma et Dixinn. Alors que le RPG pourrait rafler la mise à Matoto (en raison de la division de l’opposition) et à Matam. Tandis qu’à Kaloum, c’est plutôt Baidy Aribot de l’UFR qui est en pole position.
Si les résultats qui sortiront des urnes au soir du 24 septembre prochain se révélaient conformes à ces prévisions, il resterait alors au parti présidentiel à trouver 22 députés pour espérer avoir la plus courte majorité de 58 députés. Avec d’éventuelles alliances à propos desquelles il ne faut jamais se prononcer par avance, c’est bien possible. Mais beaucoup pensent que les chances sont plus grandes pour qu’alors certains éléments de l’opposition puissent se retrouver pour faire renaître le front anti-pouvoir à l’hémicycle.
Comme on le voit donc, si les choses se passent de manière transparente, les chances pour que les vœux ardents du président Alpha Condé puissent se réaliser sont des plus minces. Et c’est pourquoi, il est à espérer que le crédo du scrutin équitable et honnête ne soit pas qu’un leitmotiv.
Mamadi Doukouré
pour GuineeActu