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L’Afrique francophone et la France : un mariage de désagrément
Chofor Che Vendredi, 17 Mai 2013 17:29
La France a colonisé une grande partie de l’Afrique jusqu’aux indépendances dans les années 1960. Certains analystes, comme Placide Moussounda de Nouvelle Afrique, soutiennent que l’Afrique francophone a très peu bénéficié de la France depuis l’indépendance.
Je suis de ceux qui ont toujours considéré la relation continue entre la France et l’Afrique comme suspecte et préjudiciable à la croissance et au développement du continent. Ma position s’est renforcée par une déclaration faite en 2006 par l’ancien président de la République française, Nicolas Sarkozy, pendant sa campagne présidentielle, lorsqu’il a pu déclarer « La France n’a pas besoin de l’Afrique ». Il se trouve que pendant la durée du mandat du président Sarkozy, les Africains francophones ont été rapatriés en nombre de France. Or, malgré une telle humiliation et l’expulsion des Africains francophones de la France, la présence française en Afrique reste importante.
Un autre domaine dans lequel l’Afrique francophone continue de souffrir du mariage avec la France est l’imposition du franc CFA, monnaie utilisée par les anciennes colonies françaises d’Afrique centrale. CFA signifiait originellement (franc des) Colonies françaises d'Afrique et désormais Communauté financière africaine. Le franc CFA représente aujourd’hui deux monnaies utilisées en Afrique et qui sont garanties par le Trésor français, dans la zone franc d'Afrique centrale (CEMAC) et la zone franc d'Afrique de l'Ouest (UEMOA). Bien que théoriquement séparées, les deux monnaies de la zone CFA sont effectivement interchangeables.
Selon l’ancien ministre français des Finances, René Pleven, le franc CFA a été créé le 26 décembre 1945 dans les colonies françaises afin de leur épargner une forte dévaluation, ce qui a facilité les exportations vers la France. Aujourd’hui, le bilan de la création du CFA est qu’il a nettement appauvri l’Afrique francophone. Cette monnaie est régie par trois banques centrales de l’Afrique francophone, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) située à Yaoundé, au Cameroun, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) située à Dakar, au Sénégal, et la Banque des Comores.
Les citoyens français qui constituent une partie du conseil d’administration des banques susmentionnées ont un droit de veto sur les décisions de ces banques, ce qui signifie que les décisions concernant le franc CFA sont influencées dans une très large mesure par les Français. La structuration et la composition des banques centrales rendent possibles un flot financier colossal de l’Afrique vers le Trésor public français. Cela signifie que les pays très pauvres d’Afrique financent la France. Il y aurait plus de 8000 milliards de francs CFA stockés en France. Cela signifie que des millions d’Africains sont privés de leurs revenus. Cela peut être perçu comme de l’esclavage monétaire, résultat du « mariage de désagrément » entre la France et l’Afrique francophone.
Le temps d’une nouvelle Afrique est venu. Cette nouvelle Afrique a besoin de se débarrasser du carcan du (néo)colonialisme qui continue de plonger le continent dans les égouts de la pauvreté. Sans doute est-il temps pour l’Afrique francophone d’avoir sa ou ses propre(s) monnaie(s), comme d’autres devises telles que le rand sud-africain. Permettre que les pays africains pauvres financent continuellement le Trésor français n’est pas la voie à suivre. Les Africains doivent en outre nourrir l’esprit des marchés libres et cesser de compter sur l’aide, notamment de la France.
Enfin, l’Afrique francophone doit lever les nombreuses barrières commerciales empêchant le commerce entre ses différents pays. L’Afrique francophone peut aussi mettre en place des mesures pour faciliter le commerce avec l’Afrique anglophone et bénéficier d’une relation fructueuse qui profiterait au continent dans son ensemble, plutôt que de s’appuyer sur un « mariage de désagrément » qui n’a rien fait, si ce n’est maintenir l’Afrique francophone et l’ensemble du continent dans la pauvreté.
Chofor Che
Analyste sur AfricanLiberty.org
Article originellement paru en anglais sur AfricanLiberty.org.
Publié en collaboration avec LibreAfrique.org
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Commentaires
Quelle place accorder aux questions de la dette Africaine, de la Mondialisation et la gouvernance globale pour comprendre la situation du continent? La France de De Gaulle est-elle la même que celle de Sarkozy (impérialisme, puissance, leadership) ou alors faut-il considérer le poids d'oncle Sam pour déceler le vrai colonialisme contemporain? En quoi LES français et LES africains sont-ils différents dans leurs sorts face aux puissances financières internationales? Comment interpréter le fait que la quasi-totalité des présidents africains francophones soient francs-maçons affiliés aux deux loges principales françaises (GO, GLNF)?
Pouvez-vous appuyer votre déclaration selon laquelle la partie anglophone de l'Afrique est plus avancée politiquement et économiquement mieux structurée par quelques comparaisons ?
J'ai bien lu cet article. C'est l'auteur de l'article qui s'est mal exprimé lorsqu'il dit que sa position s'est renforcée à partir d'une déclaration de Sarkozy lorsque celui-ci a déclaré que "La France n'a pas besoin de l'Afrique" pour considérer que les relations franco-africaine étaient suspectes et préjudiciables aux africains. Il aurait relevé une ambiguité dans le discours de Sarkozy et les relations franco-africaine, je comprendrais. Et c'est ce que j'ai voulu lui faire savoir.
Par ailleurs, je trouve aussi révoltant sinon plus que vous de voir la France dicter la loi aux africains. Mais que faire ? Nous sommes à la fois pauvres et incapables de nous entendre en famille. Dès lors, si la France ne nous tient pas par le ventre, elle profite de nos interminables quérelles intestines. Quand prendrons-nous conscience ? En tout cas pas pour demain, hélas !
Bien à vous !
Personnellement, je ne trouve que de vérités dans cet article . Il m'arrive très souvent de penser à quoi sert un intellectuel en Afrique, il est de notoriété publique que le franc CFA, n'a jamais servi à grand chose pour les africains, c'est une monnaie qui est au service du pays colonisateur . C'est la France qui décide pour cette monnaie, elle la dévalue quand elle le veut, les chefs d'Etat africains et les cadres africains ne travaillent que pour la France, la seule chose qui les intéresse est leur bien être et tant pis si leur continent avance ou pas . Il y a aucune comparaison possible entre l'Afrique francophone et anglophone, la partie dite anglophone est plus avancée politiquement et économiquement et mieux structurée . C'est révoltant de voir la soumissions des dirigeants africains à la France, la maitresse .
Votre article me paraît très léger à plusieurs points de vue :
1- Vous dites que la France a colonisé une bonne partie de l'Afrique jusqu'aux indépendances. Pouvait-il en être autrement ? Non. C'est un non sens car ces pays ne pouvaient pas être indépendants avant la fin de la colonisation.
2- Ensuite vous dites que selon Placide Moussouda, l'Afrique a très peu bénéficié de la France depuis l'indépendance. Selon vous à quoi l'Afrique devrait réellement s'attendre de la France sinon que demander à cette dernière de réparer son crime contre l'humanité qui a consisté à considérer les africains comme des sous-hommes et à les traiter tels quels.
3- Comment pouvez-vous baser vos convictions sur de simples déclarations politiques et sur le rapatriement de quelques africains pour dire que la France n'a pas besoin de l'Afrique ? Dites-moi quel est le seul pays occidental qui n'a pas besoin, ne serait-ce que pour ses matières premières, de l'Afrique ? Pourquoi la France soutient-elle la zone Franc ? Pourquoi les Français ont-ils tué Kadhafi ?
4- Il est vrai que de plus en plus des voix s'élèvent pour dénoncer les faiblesses de la zone Franc mais, en tant qu'analyste comme vous prétendez être, il faut le démontrer scientifiquement à l'appuie des données empiriques.
5- Par ailleurs, avoir ou ne pas avoir sa propre monnaie fait l'objet d'un débat doctrinal et idéologique. Chaque option a ses défenseurs et ses détracteurs, mais le déterminant reste et demeure la bonne gestion.
6- Vous dites que les africains doivent en outre nourrir l’esprit des marchés libres et cesser de compter sur l’aide, notamment de la France. On est d'accord qu'on ne peut pas compter sur l'aide. Mais ne savez-vous pas que beaucoup d'économistes commencent à démontrer que la mondialisation est asymétrique et défavorise les maillons faibles de la chaîne que sont les pays en développement ? Pensez-vous que l'économie des pays africains est fermée ? N'est-ce pas plutôt celles des pays développés qui subventionnent leurs producteurs pour contrecarrer les produits en provenance des pays pauvres ?
7- Vous dites enfin que l’Afrique francophone doit lever les nombreuses barrières commerciales empêchant le commerce entre ses différents pays. Pensez-vous qu'il n'y a pas de barrières dans la partie anglophone et lusophone de l'Afrique ? Aussi pensez-vous réellement qu'il y a barrière entre les différents pays africains en général ? Moi je dirais qu'il faut plutôt dire que les économies des pays africains sont si désarticulées à  tel point que leurs principales exportations sont constituées de matières premières destinées aux usines des pays occidentaux d'une part, et d'autre part, le manque d'infrastructures fait que les produits quittent difficilement leurs zones de production rurales pour atteindre leurs zones de consomation urbaines à l'intérieur d'une même économie, ce qui s'aggrave d'ailleurs si c'est vers un autre pays.








