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« Formation rapide » : ces non-formables qui polluent le primaire !

Thierno Fodé Sow  Dimanche, 21 Avril 2013 21:28

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SOW_Thierno_Fod_3_01Non-formables ! Savez-vous ce que c’est ? Ce sont en effet ces enseignants ou supposés tels qu’on ne peut vraiment pas former. Faute d’aptitudes avérées à apprendre : lire, écrire, compter, communiquer, etc. afin de mieux pouvoir le restituer aux enfants dans la plus grande pédagogie. Le pré-universitaire est bien malade, pour ne pas dire tout le système éducatif guinéen, du primaire jusqu’au supérieur.

Les écoles nationales d’instituteurs (ENI) de Labé, Dubréka, Conakry et ailleurs avaient produit il y a bien belle lurette, des enseignants ayant relativement le niveau requis. Avec un cycle de trois ans ponctué de stages pratiques. Mais ça, c’est une autre histoire. Ce minimum de sérieux s’est vite effiloché avec la nouvelle donne : il y a plus ou moins de rigueur dans le recrutement hasardeux et … la formation – de quelques semaines en lieu et place des trois ans – dite « rapide ». Conséquence : des personnes, certaines déjà édentées, qui sont sorties depuis le temps des CER de Sékou Touré, se retrouvent dans l’enseignement du primaire. Souvent avec des identités, diplômes et autres papiers falsifiés. Dans un français approximatif, difficilement déchiffrable, ces non-formables souillent manifestement le système éducatif, notamment le primaire. Ces produits de la « formation rapide » reflètent le manque de sérieux et le laisser-aller dont se sont rendus coupables nombre de gouvernements et partenaires qui se sont succédé en Guinée.

Au-delà des infrastructures, ces non-formables font honte. Quand on parcourt leurs cahiers de préparation, on tombe des nues. Quand on les suit en classe, ceux qui parviennent à articuler, vous donnent le dégoût d’envoyer votre enfant à l’école. Quand vous voyez leur écriture au tableau, vous chercherez l’auteur au CP2. Ces non-formables sont loin d’être des modèles pour les enfants du primaire. Dans certaines écoles, on constate un doublon de ces catastrophes dans des classes. Ni le DPE, ni le DCE, encore moins les autres cadres locaux de l’éducation n’ont la force de dédoubler certains dits « recommandés ». En sortant de cette « formation rapide », ces non-formables dont la plupart ont déjà perdu les aptitudes de l’écriture dans un cahier quadrillé, à plus forte raison sur un tableau noir ou vert, contribuent dangereusement à vider chez les tout-petits, les quelques rares acquis qu’ils ont.

Par où sont passés tous ces centres de formation continue des maîtres ? Des séances de formations ponctuelles pour des enseignants pourront-elles combler le manque de niveau constaté chez de nombreux sortants de la « formation rapide » ? Comment allier aujourd’hui, besoin urgent en maîtres et formation de qualité ? N’est-il pas temps de mettre de la rigueur dans le recrutement des enseignants, loin de toute corruption rampante ? A quoi ont servi les grandes conclusions issues des rencontres sur le système éducatif guinéen ? Autant de questions qui assaillent le système dans son ensemble mais qui méritent qu’on y réfléchisse afin de redorer le blason et le niveau de l’enseignement au primaire (le secondaire et le supérieur sont loin d’être épargnés). La gangrène est là, malgré tous les projets et programmes de l’Education. Des réformes s’imposent toujours. Au-delà des discours. Le changement tant prôné, on en convient, passe aussi par là.


Thierno Fodé Sow

 
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