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Alpha/Sékou : un présumé démocrate s’inspire d’un tyran-né !

Ibrahima Soumah  Lundi, 15 Octobre 2012 15:42

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« Je vais reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée. » C’est un président « démocratiquement élu » – pour ainsi reprendre l’expression sacrée et consacrée des flagorneurs – qui a lâché cette phrase fort controversée, inspirée de la gestion tyrannique du premier président de la Guinée indépendante. Alpha Condé, puisque c’est de lui qu’il s’agit, en quête de modèle d’homme politique charismatique depuis le soir même de son investiture, il y a deux ans, peine toujours à trouver ses marques. Il trouve à son corps défendant, qu’il est plus facile de copier celui-là même qu’il a toujours combattu. Plutôt aberrant !

Avec Barack Obama, les rêves que nourrissait le leader du RPG se sont vite effilochés : la verve, l’élégance, l’adresse et le ton professoral de l’Américain ne sont pas faits pour tout le monde. Encore moins si on est issu de l’Internationale socialiste. Avec Nelson Mandela, ça n’a pas du tout fonctionné. Encore plus si on est un homme haineux et rancunier à souhait, toujours en quête du bouc émissaire pour justifier l’injustifiable. Le président guinéen l’a compris à ses dépens, car l’emblématique vieil homme sud-africain est resté inimitable dans son rassemblement de tous les fils et filles de la nation arc-en-ciel. A préciser que : arc-en-ciel n’est pas Arc-en-ciel. Alpha Condé revient donc sur terre et au pays, la Guinée pour se rabattre: Ahmed Sékou Touré est de fait le modèle le plus inoxydable qu’il faille adopter. Le présumé démocrate s’inspire du tyran-né. Pour signer le slogan creux « Guinée is back ». Pour y arriver et à juste titre, pense le citoyen d’honneur de Pinet, il faut après tout « reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée. »

Une vive polémique a accompagné cette phrase choc. Tant et si bien qu’au simple fait d’évoquer le nom de Sékou Touré, c’est l’émoi chez certains Guinéens, le mépris et le déni chez d’autres, notamment chez les Guinéens qui ont subi dans leur chair et leurs âmes les affres du régime autocratique du « Responsable suprême de la révolution ». Si certains pensent donc que l’expression d’Alpha Condé recouvre en son sein une vive controverse, chez d’autres, connaissant réellement l’actuel président, pas question de se poser mille et une questions : les visées nocives du « combattant pour la démocratie » s’adaptent bel et bien à ce genre de dérives. Pour peu que l’on analyse un peu les actes et autres gestes de l’ancien citoyen de Pinet, dans le Sud de la Guinée. C’est pourquoi, il sied bien pour notre part de tenter d’apporter superficiellement un éclaircissement pour les plus jeunes n’ayant pas connu Sékou Touré, l’homme au mouchoir blanc, à la verve et au verbe dont il a fait sa marque de fabrique. Décryptage :

  1. Sékou Touré a laissé une Guinée où tous les prétendants au pouvoir avaient été éliminés. Il faisait et défaisait les carrières, afin de s’assurer loyauté absolue et fidélité à toute épreuve. Alpha Condé le sait. C’est pourquoi, il a tenté sans trop réussir à museler l’opposition – les balles réelles sur la voiture de commandement de Lansana Kouyaté, les gaz lacrymogène au domicile de Cellou Dalein Diallo, etc. –, oubliant que ce qui était possible au temps du goulag tropical ne l’est plus en ce 21e siècle où le monde se globalise et où l’économie se mondialise. Condé y a donc laissé ses plumes. Même s’il ne s’avoue pas encore vaincu.
  2. Sékou Touré a laissé une Guinée où les germes du fameux « complot peul », imaginé par lui-même pour se débarrasser des membres influents de cette ethnie, a sérieusement exacerbé les clivages ethniques entre notamment Peuls et Malinkés. Sékou Touré a brisé des vies. Alpha Condé s’en inspire toujours. Ses premières sorties contre les commerçants peuls en disent long sur ses réelles visées pour cette ethnie. Même s’il s’en défend : « Le copinage et l’ethnocentrisme ne font pas partie de mes méthodes » (JA, mai 2011). Et d’ajouter : « J’ai été longtemps président de la FEANF et je suis un militant de l’union africaine ? Ce n’est pas à mon âge – 76 ans – que je vais commencer une carrière tribaliste. » Alpha Condé est un tribaliste par essence et en puissance. Ceux qui lui sont inféodés le savent pertinemment. Parce qu’ils en parlent en groupe restreint. La chasse au faciès en Haute Guinée inspirée de Condé et de ses maîtres à penser, restera pour longtemps gravée dans la mémoire collective des Guinéens.
  3. Sékou Touré a laissé une Guinée bâtie sur le parti unique qui pousse chacun à épier l’autre, pire qu’un régime soviétique. Il est évident que le parti unique est générateur de dictature. Qui ne se souvient encore du rapport secret concocté par un certain Kiridi Bangoura programmant l’extinction de l’électorat de l’adversaire de Condé au second tour de la présidentielle ? Jamais la Guinée n’aura connu autant d’agents secrets. Décidément, Alpha Condé est un bon élève des cours tristement célèbres légués par Sékou Touré.
  4. Sékou Touré a laissé une Guinée où les droits de l’homme et les libertés publiques sont restées à jamais un luxe. On lui attribue d’ailleurs une lourde responsabilité dans le bilan négatif en matière de droits de l’homme et de l’affairisme ambiant. Victime qu’il était d’une parano alimentée par des supposés ou réels complots. Là aussi le président guinéen est bien inspiré. Le seul exemple, le présumé attentat contre sa résidence privée à Kipé suffit pour illustrer les faux complots du leader du RPG. La suite, chacun la connait, car de nombreux militaires et civils, dont des hommes politiques et des commerçants peuls, ont payé le plus lourd tribut, alors que le dossier est vide. L’objectif d’Alpha Condé, chacun l’a compris, était de procéder, comme son inspirateur, à la purge et à l’élimination. Il veut assurer de fait un contrôle total des affaires du pays. « Les mauvaises habitudes prises sont telles que je dois tout surveiller et tout vérifier. Je ne tolère aucune velléité et ai l’œil sur tout. »
  5. Sékou Touré a enfin laissé un pays à économie étatisée à outrance mais aussi un pays potentiellement riche et absolument pauvre dont quelque 2 millions de citoyens ont dû s’exiler. L’exil ? Bah Oury de l’UFDG en sait quelque chose. Ainsi que d’autres gros opérateurs économiques peuls et bien d’autres Guinéens. Certains de la diaspora jurent ne point revenir tant que la Guinée est gérée d’une main de fer par Alpha Condé et sa tribu.


Ibrahima Soumah

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